Introduction du dossier :
Pierre Mendès France et Charles de Gaulle, tous deux opposants au régime de Vichy, prennent des chemins politiques différents au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Leur influence sur la vie politique française est majeure et va être à l’origine de deux courants de pensées : le mendésisme et le gaullisme. À partir de 1946, les deux hommes politiques tous deux critiques de la IVe République vont connaître des fortunes diverses. Pierre Mendès France, président du Conseil1 et député, est favorable à un Parlement fort et un pouvoir présidentiel qui lui sois soumis. Quant à Charles de Gaulle, il considère que le président de la République doit posséder des pouvoirs importants afin de mener à bien sa politique, le Parlement devenant une simple chambre législative auquel le président de la République doit rendre compte de sa politique. Ces deux visions politiques vont alors s’affronter.
1. Président du Conseil : Il s’agit du nom donné au chef du gouvernement pendant la IIIe et la IVe République.
Mendésisme :
Courant de pensée politique issu des points de vue et des agissements de Pierre Mendès France. Sont notamment mis en avant un attachement au régime parlementaire, une vision moderne de la démocratie (faire de la démocratie un véritable « état d’esprit », donner plus d’importance à la participation citoyenne), une rigueur intellectuelle et morale dans l’exercice politique.
Gaullisme :
Courant de pensée politique issu des idées et des actes du général de Gaulle. Sont notamment mis en avant une volonté d’indépendance sur la scène internationale, un exécutif fort avec une certaine personnalisation du pouvoir (le Président incarne la nation) pour répondre à une volonté d’efficacité et de rassemblement.
Personnages clés
a. Charles de Gaulle (1890-1970)
© Bundesarchiv, B 145 Bild-F010324-0002, Steiner, Egon (CC-BY-SA 3.0)
Charles de Gaulle était un homme politique français. Militaire de carrière, il devient le chef de la France Libre durant la Seconde Guerre mondiale puis du Gouvernement provisoire de 1944 à 1946. Après une longue traversée du désert, il fonde la Ve République en 1958, ce qui lui permet de devenir président de la République jusqu’en 1969.
b. Pierre Mendès France (1907-1982)
Pierre Mendès France était un homme politique français. Il a profondément marqué la vie politique française. Il fut député, résistant et ministre notamment sous le Front populaire. Lors de son mandat de président du Conseil du 18 juin 1954 au 23 février 1955, son action politique fut décisive dans le règlement de la guerre d’Indochine.
Document 1 : Deux parcours différents sous la IVe puis la Ve République
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IVe République (1946 – 1958) |
Ve République (1958 – en cours) |
Parcours politique du général de Gaulle |
1946 – 1958 : traversée du désert |
1959 – 1969 : président de la République |
Parcours politique de Pierre Mendès France |
946 – 1958 : député de l’Eure
954 – 1955 : président du Conseil |
1967 – 1968 : député de l’Isère |
Document 2 : Les raisons de l’échec de la IVe République selon Pierre Mendès France
« La IVe République a fait faillite parce qu’elle a trahi la démocratie et ses lois. Les habitudes démagogiques, le pouvoir des lobbies, le manque de courage des hommes politiques, le recours persistant à des modes de scrutin frauduleux, la violation continuelle des engagements électoraux comme des promesses faites aux peuples d’outre-mer, voilà les vraies causes des échecs subis. C’est donc contre cela qu’il faut réagir et trouver des remèdes, des protections. Ce n’est possible qu’en renforçant les liens qui unissent le peuple de ce pays aux institutions chargées de parler en son nom. »
Pierre Mendès France, Œuvres complètes, tome IV, Pour une République moderne 1955-1962, Paris, Gallimard, 1987, pp. 436-443
Document 3 : L’avis de Pierre Mendès France sur la Ve République
Pierre Mendès France fut un opposant résolu à la Ve République qu’il accusait d’affaiblir le pouvoir de l’Assemblée nationale.
« Or, loin de retourner vers la démocratie, on s’en éloigne plus encore. On ne rend pas le pouvoir au peuple : on affaiblit plus encore les moyens dont il dispose pour faire prévaloir ses volontés.
Les organes essentiels de la nouvelle Constitution, nous savons que ce sont : le président de la République, d’abord, élu par un suffrage inversement proportionnel, le Premier ministre, le Conseil constitutionnel, le Sénat. Organes qui n’émanent pas du peuple et qui peuvent cependant paralyser, en toutes choses, l’Assemblée nationale, seule expression directe du suffrage universel. […]
La multiplicité des précautions prises contre l’Assemblée, élue du suffrage universel, révèle, chez les rédacteurs du texte, la volonté de refouler la démocratie. C’est contre la démocratie que ces précautions sont prises. C’est contre elle que l’Assemblée est rabaissée, diminuée, matée.
Pierre Mendès France, Œuvres complètes, tome IV, Pour une République moderne 1955-1962, Paris, Gallimard, 1987, pp. 436-443
Document 4 : Le général de Gaulle s’exprime sur sa vision du Parlement
Dans ce discours prononcé à Épinal, le général de Gaulle appelle à rejeter la Constitution de la IVe République adoptée par l’Assemblée nationale où le président de la République a un pouvoir politique faible en comparaison de ce qu’il souhaiterait.
« Il nous paraît nécessaire que le Gouvernement de la France en soit un, c’est-à-dire une équipe d’hommes unis par des idées et des convictions semblables, rassemblés pour l’action commune autour d’un chef et sous sa direction, collectivement responsables de leurs actes devant l’Assemblée nationale […]. Il nous paraît nécessaire que le Parlement en soit un, c’est-à-dire qu’il fasse les lois et contrôle le Gouvernement sans gouverner lui-même, ni directement, ni par personnes interposées. Ceci est un point essentiel et qui implique, évidemment, que le pouvoir exécutif ne procède pas du législatif, même par une voie détournée qui serait inévitablement celle des empiétements et des marchandages. Le Parlement doit comporter deux Chambres : l’une prépondérante, l’Assemblée nationale, élue au suffrage direct, la seconde, le Conseil de la République, élue par les Conseils généraux et municipaux, complétant la première, notamment en faisant valoir, dans la confection des lois, les points de vue financier, administratif et local qu’une Assemblée purement politique a fatalement tendance à négliger. »
Charles de Gaulle, discours prononcé à Épinal le 29 septembre 1946
Document 5 : Le rôle du président de la République d’après Charles de Gaulle
Lors du référendum de 1962, Charles de Gaulle obtient des Français que le président de la République soit élu au suffrage universel. Trois ans plus tard, en 1965, il est élu président de la République.
« Tout d’abord […] il ne faut pas que le Président soit élu simultanément avec les députés, ce qui mêlerait sa désignation à la lutte directe des partis, altérerait le caractère et abrègerait la durée de sa fonction de chef de l’État. D’autre part, il est normal chez nous que le président de la République et le Premier ministre ne soient pas un seul et même homme. Certes, on ne saurait accepter qu’une dyarchie1 existât au sommet. Mais justement il n’en est rien. En effet le Président qui, suivant notre Constitution, est l’homme Nation, mis en place par elle-même pour répondre à son destin ; le Président qui choisit le Premier ministre, qui le nomme ainsi que les autres membres du gouvernement, […] le Président qui arrête les décisions prises dans les Conseils, promulgue les lois, signe et négocie les traités, […] est le chef des armées, nomme aux emplois publics […] ; le Président est évidemment seul à détenir et à déléguer l’autorité de l’État. »
Charles de Gaulle, conférence de presse du 31 janvier 1964
1. Double pouvoir exercé par deux personnes ou deux groupes.
Quelle différence remarquez-vous entre les parcours politiques de Pierre Mendès France et du général de Gaulle entre 1946 et 1969 ? (doc. 1)