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Le langage

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Introduction :

La question fondamentale qui se pose à propos du langage est celle de son origine. Si l’on observe les animaux dans leur cadre naturel, ceux-ci utilisent une forme de langage, constituée de quelques signaux. Ce langage est lié à la transmission de données entre congénères (par exemple avertir de la présence d’un prédateur). Ici, le langage constitue une fonction vitale. Il se définit comme moyen de communication. Ce langage est naturel.

Concernant l’être humain, le langage désigne plus généralement un système de codes et de signes. La langage se déploie en différentes langues, multiples, chacune très complexe et très particulière. Ces langues évoluent. Certaines de nos paroles présentent un intérêt vital, d’autres non. On peut alors se questionner sur les sources de la diversité des langages humains.

D’où vient le langage humain ? Tire-t-il son origine de la nature ou de la culture ? D’un côté, le langage pourrait être né de notre nature primitive et avoir évolué dans des formes différentes selon les peuples, au fur et à mesure de l’histoire. Mais d’un autre côté, le langage peut aussi avoir été mis en place par convention, c’est-à-dire par un accord réfléchi entre les hommes.

Tout d’abord, nous verrons la théorie naturaliste du langage selon Rousseau qui défend l’idée que le langage est d’origine naturelle. Puis, nous étudierons la théorie conventionnaliste du langage selon Platon, pour qui le langage est d’origine conventionnelle.

La théorie naturaliste du langage selon Rousseau

Rousseau a écrit un livre inachevé, l’Essai sur l’origine des langues. À propos de l’origine du langage humain, il y écrit : « La parole, étant la première institution sociale, ne doit sa forme qu’à des causes naturelles. » C’est par la parole, et non par la loi ou la morale, que les hommes ont pu se réunir et s’organiser pour la première fois.

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Définition

Parole :

La parole désigne le langage oral, à la différence du langage écrit.

Pour Rousseau, les premiers hommes se reconnaissent comme êtres sensibles : un homme voit son semblable souffrir et sent naturellement sa douleur. L’homme qui s’est cassé une jambe, par exemple, gémit, pleure, crie.

  • Ce langage est naturel, il n’a pas besoin d’être appris.

Voir l’autre gémir, pleurer, crier, c’est comprendre immédiatement qu’il souffre. Cette compréhension de l’autre n’a pas besoin d’apprentissage, de loi ou de morale. Seul, l’homme exprime ses sentiments, et en compagnie d’autrui, il les communique. La parole, mais aussi le geste, sont les moyens spontanés de l’expression et de la communication.

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À retenir

Autrement dit, le langage est lié au toucher, à la vue, à l’ouïe, à l’odorat, et au goût.

Ces sens provoquent des réactions de plaisir, de dégoût ou de douleur, d’approbation ou de refus. La parole exprime ces réactions sensibles de façon plus ou moins articulée : « poua ! », « haaa ! », « hmmm… ».

  • L’invention du langage n’est donc pas due à la raison mais à l’instinct.
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À retenir

Par conséquent, la parole est d’abord une expression de notre propre sensibilité et un moyen de comprendre la sensibilité de l’autre.

Cette sensibilité étant la même pour tous les hommes, selon Rousseau, les moyens de son expression sont également les mêmes, et c’est tout naturellement que la parole de l’autre a une signification.

Mais alors, qu’est-ce qui distingue les humains des animaux, que Rousseau reconnaît aussi comme êtres sensibles et communicants ? Les animaux ont des besoins – se nourrir, se reproduire, protéger leur descendance – et les hommes ont des passions – l’amour, la colère, la joie.

Certes, les hommes ont également des besoins mais l’invention de la parole repose d’abord sur les passions, et non sur les besoins. Rousseau écrit : « les passions arrachèrent les premières voix. » En effet, ces « premières voix » ne sont pas provoquées par la faim, car la faim disperse les hommes : chacun va chercher à se nourrir de son côté. Il n’est pas nécessaire de parler pour cueillir et manger un fruit ou pour pécher et faire cuire un poisson. Au contraire, les passions et les sentiments rapprochent : l’amour pour l’autre se manifeste par une parole et un geste tendre, et on repousse celui qui nous agresse par un cri de rejet et un geste vif.

Rousseau va plus loin dans son analyse : selon lui, l’homme s’est mis à chanter avant de parler dans une langue articulée. Les gémissements et les cris sont des mélodies qui s’ignorent. Les soupirs produisent involontairement des notes. Les plaintes sont déjà des complaintes, c’est-à-dire ici que, métaphoriquement, les plaintes sont pareilles à des chansons exprimant le malheur ou la tristesse. Les inflexions de la voix sont des chants naturels. L’art lui-même relève d’une musicalité naturelle de la voix.

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À retenir

La parole est donc notre premier moyen d’expression et de communication. C’est aussi la forme originelle (c’est-à-dire première) du langage.

Pour ces deux raisons, elle constitue d’abord une « institution naturelle » – pour reprendre une expression de l’Essai – avant d’être une institution sociale.

Cependant, ne faut-il pas distinguer langage primaire et langage articulé ? Entre un « Grrrr » de colère et l’idée de colère, n’y a-t-il pas une différence de langage ?
Même si nous n’avons pas abandonné tout langage naturel, force est de constater que le langage que nous apprenons en premier, dans notre éducation, est un langage codifié et conventionnel.

La théorie conventionnaliste du langage chez Platon

Dans le dialogue de Platon intitulé le Cratyle, le personnage d’Hermogène défend une approche conventionnaliste du langage.

  • Autrement dit, le langage relève d’une convention, d’un accord, d’une culture.

Cratyle, Hermogène et Socrate discutent de l’origine et de la nature du langage, en particulier du langage écrit.

Le dialogue entre ces trois penseurs porte précisément sur la question : qu’est-ce qui fonde la justesse d’un mot ? La thèse de Cratyle, à laquelle Hermogène s’oppose, est la suivante : le signifiant, c’est-à-dire le mot, est une reproduction du signifié c’est-à-dire la chose que le mot désigne.

Les mots ont une origine naturelle car leur forme rappelle la chose qu’ils nomment – par exemple, l’idéogramme chinois ressemble a son signifié. Ou encore, la sonorité d’un mot est la copie d’un son naturel, comme pour les onomatopées (« boum », « toc toc », « splash », « cocorico »).

Mais Hermogène contredit Cratyle. D’abord, il n’est pas possible de réduire le langage à une langue particulière ou à des onomatopées. De plus, il est très rare qu’un signifiant ressemble à son signifié. Et même dans ce cas, il ne ressemble à son signifié que de façon très approximative. Enfin, une onomatopée se prononce différemment selon les langues : par exemple « cocorico » se dit « kikeriki » en allemand et « cock-a-doodle-do » en anglais.

  • Les mots ne sont donc pas justes par nature.
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À retenir

Ainsi, c’est par convention que le langage est correct.

À l’origine du langage, les hommes cherchent à se mettre d’accord sur la façon de désigner telle ou telle chose, et sur ce que les mots veulent dire. Autrement dit, si en français nous nommons « vache » une vache, c’est qu’à l’origine lointaine du mot « vache », les hommes ont décidé de nommer la vache ainsi et pas autrement. Au fond, comme pour les théorèmes et les définitions en mathématique, ceux-ci sont justes parce qu’ils sont unanimement admis.

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À retenir

Pour Hermogène, le langage résulte de décisions rationnelles, d’un accord entre les hommes. On appelle cela le conventionnalisme.

Cet accord est le fondement des langues. Le personnage dit : « Je suis certain que la rectitude d’une dénomination n’est pas autre chose que la reconnaissance d’une convention ».

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Exemple

Ainsi, dès l’origine du mot « table », ce mot est correct parce qu’on a décidé qu’on appellerait cette chose « table » et que tout le monde était d’accord, les créateurs du mot comme ses usagers.

En théorie, il suffirait, pour appeler la table autrement, de décider d’un autre signifiant et d’en informer la population. Hermogène dit : « quel que soit le nom qu’on assigne à quelque chose, c’est là le nom correct ».

Dès lors, ce n’est pas la nature qui donne à la chose son nom mais la loi humaine, comme s’il existait des législateurs pour les mots. Une fois que le « législateur des mots » a réalisé son travail, l’usage que nous faisons de ces noms prouve notre adhésion implicite à leur définition originelle et au sens qui leur est donné. Nous prenons l’habitude de telle ou telle appellation, par coutume.

Au cours du dialogue, Socrate, même s’il n’est pas complètement d’accord avec Hermogène, pousse la comparaison : le mot est inventé par l’Homme comme le meuble est inventé par l’artisan.

  • L’Homme fabrique le mot, il est l’artisan des mots.
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À retenir

Ainsi, c’est l’Homme qui donne aux mots leur signification et non la nature. L’origine du langage n’est pas la nature, qui est extérieure à l’Homme, mais l’Homme lui-même, sa raison propre.

Conclusion :

Cependant quelques questions persistent. L’une à propos de l’idée de Rousseau : s’il a raison, si notre langage est naturel et si nous provenons tous de la nature, alors pourquoi n’avons-nous pas tous le même langage ? Et une autre question, cette fois à l’adresse d’Hermogène : si le langage est culturel, alors pourquoi ne nous mettons-nous pas d’accord sur l’utilisation d’une seule et même langue ?