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Le thème de l'honneur dans Hernani

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Introduction :

L’Honneur castillan, sous-titre de Hernani, souligne l’importance du thème de l’honneur dans la pièce. Si l’Espagne du XVIe siècle est un cadre propice au déploiement de cette thématique, c’est que l’aristocratie au pouvoir y maintenait alors un code de l’honneur, hérité du Moyen Âge et de ses chevaliers. Les trois principaux personnages masculins mis en scène par Hugo, Hernani, don Carlos et don Ruy Gomez, respectent un tel code, tels les personnages des chansons de geste qui ont passionné les auteurs romantiques et largement inspiré l’auteur de Hernani en 1831 puis de Ruy Blas en 1838.

Nous verrons dans un premier temps quelles furent précisément les sources d’inspiration de Victor Hugo et en quoi ces œuvres accordaient une large place à l’honneur. Puis, nous étudierons comment et à quels moments de l’action les personnages masculins de Hernani sacrifient leur libre arbitre au respect d’un tel code. Enfin, nous montrerons les fonctions dramatiques de l’honneur, thème qui sous-tend toute l’œuvre, de son point de départ à son dénouement.

Les sources d’inspiration de Victor Hugo

En 1811, alors qu’il est âgé de 9 ans, Victor Hugo part avec sa mère et son frère rejoindre son père, le général Léopold Hugo, à Madrid en Espagne. Au cours de ce séjour qui dura presque un an, le jeune Victor se prend d’intérêt pour ce pays et son histoire ; il perfectionne aussi son espagnol, ce qui lui permettra de découvrir la littérature espagnole dans sa langue originale.

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À retenir

Ses goûts le portent plus spécialement vers le théâtre du XVIIe siècle (siècle appelé « l’âge d’or espagnol ») et vers la littérature médiévale.

C’est ainsi qu’il lit le théâtre de Calderón de La Barca (1600-1681) et le Romancero General, qu’il cite d’ailleurs dans la préface de Hernani : « Il [l’auteur de Hernani, lui-même donc] n’ose se flatter que tout le monde ait compris du premier coup ce drame, dont le Romancero General est la véritable clé. »
Le Romancero General est une compilation de « romances » ou courts poèmes écrits en castillan à partir du XIVe siècle et tirés des chansons de geste du Moyen Âge.

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Définition

Chanson de geste :

Une chanson de geste est un récit écrit en vers et qui raconte des exploits guerriers appartenant au passé ; « geste » vient du latin gesta qui signifie « les choses accomplies ».

Mais les influences de Victor Hugo ne sont pas seulement espagnoles. Dans la suite immédiate de la préface, il fait référence à des dramaturges et à des titres précis du XVIIe siècle français. Il écrit : « Il prierait volontiers les personnes que cet ouvrage a pu choquer de relire Le Cid, don Sanche, Nicomède, ou plutôt tout Corneille et tout Molière, ces grands et admirables poètes. »

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À retenir

Or, le point commun entre les romances espagnoles et les trois pièces citées, toutes de Pierre Corneille, est que ces œuvres exploitent les mêmes thèmes : le romanesque, l’amour, l’héroïsme et l’honneur.

Si le nom de Molière, auteur de comédies, peut étonner ici, il faut surtout songer à sa pièce Dom Juan (1665), inspirée d’une pièce espagnole de Tirso de Molina intitulée El Burlador de Sevilla y comvidado de piedra (Le Trompeur de Séville et l’invité de pierre, 1630).

Don Juan est un noble débauché et séducteur qui ne respecte ni son père, ni dieu, ni le serment du mariage. De plus, il a tué un homme, le commandeur, dont il avait abusé la fille.

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Définition

Commandeur :

Chevalier dans un ordre militaire ou religieux.

À la fin de la pièce, la statue du commandeur s’anime pour se venger et entraîner le héros vers les abîmes de l’Enfer.

  • Cette intervention surnaturelle fait penser à celle, spectrale, de don Ruy Gomez à la fin de Hernani : lui aussi venge son honneur en poussant à la mort l’homme qui lui a enlevé celle qui était à la fois sa fille, eu égard à la différence d’âge, et sa future épouse.

Par ailleurs, Le Cid de Corneille est une des pièces préférées de Victor Hugo ; elle a pour personnage principal don Rodrigue (dont le surnom est le Cid) qui, pour venger son père d’un affront infligé par don Gomès qui l’a giflé, tue celui-ci en duel. Or, don Gomès est le père de Chimène, que Rodrigue aime et dont il est aimé en retour. Ce meurtre risque d’empêcher toute union entre Chimène et lui. Mais c’est par obéissance au code de l’honneur que Rodrigue s’exécute à la demande de son père.

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À retenir

Les intrigues du Cid et de Hernani ont pour point commun de représenter un fils qui doit venger son père, quitte à sacrifier sa propre existence. Le Cid et Hernani sont deux jeunes guerriers volontaires et courageux dont l’action est mue par le désir et la nécessité de lutter pour préserver l’honneur de leur famille, et donc le leur.

Le Cid est d’ailleurs cité à trois reprises dans Hernani, à chaque fois par don Ruy Gomez :

« Quand nous avions le Cid et Bernard, ces géants
De l’Espagne et du monde »

Vers 222-223

« le Cid, cet aïeul de nous tous »

Vers 237

« Voici don Galceran de Silva, l’autre Cid. »

Vers 1135

Dans Hernani, les trois rivaux (Hernani, don Carlos et don Ruy Gomez) respectent le code de l’honneur. Ce respect se manifeste de différentes manières.

Les manifestations du code de l’honneur dans Hernani

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À retenir

C’est don Ruy Gomez qui, dans une réplique de la scène 3 de l’acte I (v. 217 à 247), énumère les valeurs morales que doivent respecter les nobles dignes de leur titre.

En effet, il vient de surprendre chez lui, la nuit, don Carlos, dont il ne connaît pas encore l’identité, et Hernani en compagnie de doña Sol et il s’indigne. Pour faire la remontrance à ces deux intrus, il oppose le comportement de ces jeunes nobles, des « félons » (traîtres), à ceux d’autrefois : le Cid et Bernard, deux héros légendaires de l’Espagne. Il vante ainsi :

  • le respect des vieillards (« honorant les vieillards » v. 224 ; « ces hommes-là portaient respect aux barbes grises » v. 227) ;
  • le respect des femmes (« protégeant les filles » v. 224) et du sacrement du mariage (« […] faisaient agenouiller leur amour aux églises » v. 228) ;
  • la force et le courage physique (« C’étaient des hommes forts et qui trouvaient moins lourds / Leur fer et leur acier que vous votre velours. » v. 225-226) ;
  • l’honnêteté et le respect de la parole donnée (« ne trahissaient personne » v. 229 ; « S’ils voulaient une femme, ils la prenaient sans tache, En plein jour, devant tous, et l’épée, ou la hache, Ou la lance à la main. » v. 231-233).

Le mot « honneur » est employé à deux reprises par le vieil homme, la première fois pour rappeler que le respect de ces valeurs doit être guidé chez les nobles par le désir et le devoir de « garder l’honneur de leur maison » (v. 230) ; quant aux jeunes hommes qu’il a devant les yeux, ils « volent l’honneur des femmes » dans le dos de leurs maris (v. 236). Être fourbe et peureux (« les yeux tournés vers leurs talons, / Ne fiant qu’à la nuit leurs manœuvres infâmes » v. 234-235), est la marque d’une « noblesse usurpée » (v. 239).

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À retenir

La vraie noblesse allie donc la noblesse de titre et la noblesse de cœur : le discours de don Ruy Gomez fait résonner l’écho des propos de don Louis, le père de don Juan, à l’acte IV, scène 4 de Dom Juan et le festin de pierre de Molière. Être noble, ce n’est pas seulement être né noble, c’est aussi se comporter comme un noble en obéissant à certaines règles.

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Astuce

Le code de l’honneur prend racine dans la fierté d’appartenir à une certaine lignée. Il se manifeste dans l’admiration portée à ses ancêtres et dans la volonté de préserver leur mémoire en s’opposant à tout ce qui pourrait lui porter atteinte.

Cette vénération des anciens apparaît à l’acte III de Hernani qui se déroule dans la galerie des portraits de la famille de don Ruy Gomez (famille de Silva). Quand celui-ci découvre que le mendiant à qui il a accordé l’hospitalité est en fait Hernani et qu’il est tenté de se battre en duel avec lui, il parle aux images de ses ancêtres comme s’ils étaient toujours vivants et présents et il les prend à témoins (scène 5, vers 1063 à 1079). À la scène 6, au roi qui lui demande de lui livrer Hernani, il présente longuement chaque portrait (v. 1132-1178). Il a juste avant caché Hernani derrière l’un de ces tableaux (v. 1105). Il finit sa présentation par son propre portrait (v. 1179-1182), refusant de déchoir par rapport à tous ses ancêtres en livrant au souverain celui qu’il a accueilli chez lui, comportement contraire au code de l’honneur.

C’est aussi le respect de ses ancêtres qui entraîne le désir de les venger : Hernani est prêt à donner sa vie pour venger son père, mis à mort par le père de don Carlos. Il veut le tuer lui-même et ne pas laisser faire un autre. C’est pourquoi il laisse s’échapper le roi quand il risque d’être pris par des Montagnards et lui offre son manteau pour faciliter sa fuite (acte II, scène 3). De même, don Ruy Gomez, dont Hernani a sali l’honneur en lui volant l’amour de doña Sol et en s’introduisant chez lui à deux reprises, le laisse partir accomplir sa vengeance (acte III, scène 7) et, du même coup, laver l’honneur de doña Sol et le sien : «  Mais veux-tu m’employer à venger ta nièce et sa vertu ? » (v. 1283-1284).

Comme on l’a vu, le lien d’hospitalité comporte des devoirs de celui qui ouvre sa maison envers celui qu’il a accueilli. C’est pourquoi, à l’acte III, don Ruy Gomez refuse de livrer son rival Hernani au roi afin qu’on ne puisse dire à son sujet : « Ce dernier, digne fils d’une race si haute / Fut un traître et vendit la tête de son hôte. » (v. 1181-1182).

Une autre loi morale empêche un noble de se battre en duel avec un homme qui n’est pas du même rang. C’est pourquoi don Carlos refuse de se battre contre Hernani qui n’a pas encore retrouvé ses titres de noblesse (acte II, scène 3). Il est fait allusion aussi à cette règle dans l’acte III, scène 7 : don Ruy Gomez serait prêt à l’outrepasser pour se battre en duel contre Hernani (« Noble ou non ! pour croiser le fer avec le fer, / Tout homme qui m’outrage est assez gentilhomme ! » v. 1252-1253) mais celui-ci refuse à cause du grand âge de don Ruy Gomez : un duel doit opposer deux combattants de même valeur.

Enfin, le respect de la parole donnée est primordial. Hernani meurt à la fin de la pièce alors que tous les dangers qui le menaçaient ont disparu parce qu’il a promis à don Ruy Gomez de lui sacrifier sa vie (acte III).

Le code de l’honneur a donc une grande influence sur les comportements des personnages de la pièce. Il a aussi des fonctions dramatiques essentielles.

Les fonctions dramatiques de l’honneur

Tout d’abord, l’honneur est ce qui enclenche l’action. Si l’attachement qu’avait probablement Hernani pour son père n’est jamais évoqué par le jeune homme, c’est qu’il n’est pas à l’origine de son désir de vengeance.

  • C’est son sens de l’honneur qui lui dicte de tuer Carlos et qui lui a imposé une vie de hors-la-loi ; même ses sentiments pour doña Sol ne peuvent l’en détourner.

Il cherche même parfois à décourager la jeune femme en lui faisant entrevoir un avenir commun bien sombre. L’amour ne constitue donc qu’une intrigue secondaire dans la pièce. C’est ce même sens de l’honneur qui est la cause de la rivalité et de l’hostilité de don Ruy Gomez pour Hernani qui lui a volé l’amour de doña Sol.

  • Les relations entre les trois personnages masculins principaux sont donc régies par les mêmes valeurs.
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À retenir

De plus, le respect du code de l’honneur entraîne des conséquences sur le développement de l’intrigue et sur son rythme. La pièce, en effet, pourrait être bien plus courte si, à plusieurs reprises, l’un des trois rivaux n’en reportait pas le dénouement parce qu’il se conforme à une règle morale. Ainsi, les ennemis se retrouvent plusieurs fois face à face et pourraient donc en finir en se battant jusqu’à ce que l’un d’eux trouve la mort.

Mais ces duels sont empêchés :

  • à l’acte I, Hernani et don Carlos sont empêchés de se battre par l’arrivée de don Ruy Gomez. Don Carlos, dont l’identité a été dévoilée entre temps, sauve la vie d’Hernani en le faisant passer pour un homme de sa suite. Il se justifie par le fait qu’il « répugne aux trahisons » (v. 378). En effet, le roi a trouvé une excuse pour expliquer sa présence, de nuit, chez le vieil homme : il prétend en effet être venu l’informer de la mort de son grand-père Maximilien Ier. Mais Hernani n’a pas de prétexte à présenter et don Carlos refuse de le dénoncer ;
  • à l’acte II, scène 3 (v. 581-583), Hernani reporte le duel avec don Carlos car il craint d’être devancé ou rejoint par les rebelles Montagnards et il souhaite un duel digne de ce nom, seul à seul avec le roi ;
  • à l’acte III, scène 7, il refuse de se battre avec don Ruy Gomez parce qu’il est trop vieux et que le combat ne serait pas équitable.

Le dénouement est donc plusieurs fois reporté. Mais c’est tout de même encore le code de l’honneur qui l’entraîne : le respect du pacte passé avec don Ruy Gomez à l’acte III cause la mort d’Hernani et de doña Sol ainsi que celle de don Ruy Gomez lui-même.

Conclusion :

L’honneur est donc bien le thème principal de la pièce : c’est surtout le sens de l’honneur et le respect de ses lois, quelles qu’elles soient, qui motivent le comportement des personnages principaux. C’est lui aussi qui est à l’origine de l’action dont il retarde le dénouement tout en en étant la cause. En ce sens, le sous-titre de la pièce éclaire donc parfaitement l’intrigue.