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Un roman réaliste : Madame Bovary, Gustave Flaubert

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Introduction :

Publié en 1857, Madame Bovary fait de Gustave Flaubert l’un des représentants principaux du réalisme au XIXe siècle, mais aussi le père du roman moderne. En effet, Flaubert s’inspire des romanciers réalistes précédents comme Balzac et Stendhal, en gardant la même volonté de décrire avec exactitude le caractère des personnages et les milieux dans lesquels ils évoluent. D’un autre côté, Flaubert renouvelle profondément certains aspects du réalisme tel que défini dans la première moitié du XIXe siècle, par le choix des thèmes qu’il traite aussi bien que par les procédés littéraires qu’il met en œuvre dans l’écriture du roman.

Cette double dimension, réaliste et moderne, sera abordée dans ce cours. Après avoir résumé les étapes principales du récit dans une première partie, nous examinerons les raisons pour lesquelles Madame Bovary peut être considéré comme un roman éminemment réaliste. Enfin, nous nous demanderons quels éléments thématiques et stylistiques font de ce roman une œuvre novatrice.

Les étapes principales du récit

  • Première partie

Composé de trois grandes parties divisées en chapitres, le roman débute par un portrait de Charles Bovary. Absente de l’incipit, madame Bovary n’apparait qu’au chapitre II, ce qui surprend d’emblée les attentes du lecteur. Charles Bovary est un collégien « d’une quinzaine d’années environ », timide et maladroit. Son accoutrement et son comportement grotesques suscitent les moqueries de ses camarades. Dès les premières lignes du récit, Charles apparait comme un antihéros.

Étouffé par l’influence envahissante de sa mère, il entreprend des études de médecine. Ses capacités intellectuelles limitées ne lui permettent cependant pas d’obtenir son diplôme. Il doit donc se contenter du titre d’officier de santé. Charles Bovary se plie aux exigences de sa mère, et épouse une riche veuve, vieille et laide, après avoir emménagé à Tostes, une petite commune normande. Il rencontre alors Emma Rouault à la ferme des Bertaux, où il soigne la jambe cassée du père Rouault. Charles Bovary n’est pas insensible aux charmes d’Emma, et la mort soudaine de sa première femme lui permet de multiplier ses visites à la ferme. Il s’éprend de la jeune femme et celle-ci ne le repousse pas, mais la faiblesse de caractère de Charles Bovary l’empêche de la demander en mariage.

Le père Rouault doit donc prendre l’initiative et accorde à Charles la main de sa fille. Suit une longue et minutieuse description de la noce, qui se déroule à la ferme des Bertaux. Dès le lendemain, le jeune couple s’installe à Tostes. Commence alors la médiocre et ennuyeuse vie conjugale, qui mènera Emma Bovary à sa perte. Contrairement à son mari, cette dernière n’est pas heureuse. Elle ne peut se satisfaire de cette union paisible, si éloignée de ses rêves romantiques d’adolescente. Charles aime et admire sa femme, mais il est incapable de combler ses attentes. Sa conversation est « plate comme un trottoir de rue », il se contente d’un quotidien monotone, il ignore et se désintéresse complètement des sujets romanesques auxquels rêve Emma, de plus en plus tenaillée par l’ennui.

C’est alors que le couple reçoit une invitation à se rendre au château de La Vaubyessard, où le marquis d’Andervilliers donne un bal. Cette soirée est pour Emma un émerveillement. Le luxe et le raffinement l’étourdissent, et le vicomte avec qui elle danse la subjugue. Cette image fugitive du bonheur rend encore plus amères la morosité et les désillusions de son quotidien. Voyant sa femme dépérir et espérant lui changer les idées, Charles décide de déménager à Yonville, un gros bourg non loin de Rouen. Au moment de leur départ, Emma est enceinte.

  • Deuxième partie

La deuxième partie du roman débute par la description de Yonville, un lieu fictif imaginé par Flaubert. Charles et Emma y font la connaissance de M. Homais, le pharmacien du bourg, de l’abbé Bournisien et de Léon Dupuis, un jeune clerc de notaire. Léon Dupuis et Emma se plaisent immédiatement. Ils parlent de leur ennui, de musique et de littérature, au cours d’une conversation où se succèdent les clichés romantiques. Puis, la vie terne et sans relief des Bovary se poursuit à Yonville, jusqu’au terme de la grossesse d’Emma. Elle désire un garçon, mais accouche d’une fille qu’elle nomme Berthe, un prénom qu’elle a entendu lors du bal au château. Puis, elle place l’enfant en nourrice.

Tiraillée entre son amour grandissant pour Léon et ses devoirs d’épouse et de mère, Emma Bovary repousse finalement le jeune clerc de notaire, tout en haïssant son mari. Cette insatisfaction et ces dilemmes conduisent Emma à tomber malade. « Las d’aimer sans résultat », Léon fait ses adieux à Emma et part étudier le droit à Paris. Peu après, celle-ci fait la connaissance de Rodolphe, un riche gentilhomme fermier, séducteur cynique (c’est-à-dire sans scrupules). Il perçoit immédiatement la mélancolie et l’insatisfaction d’Emma, et décide d’en profiter. Il parvient aisément à la séduire lors de l’épisode des comices agricoles, l’un des plus célèbres du roman. Envoûtée par ses déclarations et ses paroles charmeuses, qui lui rappellent les romans sentimentaux qu’elle affectionne, Emma devient la maîtresse de Rodolphe au cours d’une promenade dans les bois.

Madame Bovary a franchi le pas de l’adultère et s’en réjouit : « J’ai un amant ! un amant ! », s’exclame-t-elle. Mais l’enthousiasme et l’amour ardent de la jeune femme deviennent vite encombrants aux yeux de Rodolphe, qui finit par lui témoigner de l’indifférence. Déçue, Emma retrouve un peu d’estime pour son mari. Avec le pharmacien Homais, elle l’encourage à opérer le pied bot d’Hippolyte, le garçon d’écurie, pensant qu’une telle opération apportera à son mari un certain prestige dans le milieu médical. Malheureusement, c’est un terrible échec : le pied d’Hippolyte doit être amputé. Emma méprise Charles plus que jamais, et se tourne à nouveau vers Rodolphe. Elle lui offre des cadeaux qui la mettent au bord de la ruine. Rodolphe rompt malgré tout définitivement leur relation et une fois de plus, Emma sombre dans la maladie. Pour la distraire, Charles l’emmène voir un spectacle à Rouen. Là-bas, elle revoit Léon Dupuis, le clerc de notaire.

  • Troisième partie

Dans la troisième partie du roman, Léon devient très vite l’amant d’Emma. Elle cède à ses avances dans la fameuse scène du fiacre, scène qui a fait scandale à la parution de l’ouvrage. La jeune femme invente divers stratagèmes pour se rendre le plus souvent possible à Rouen retrouver Léon. Parallèlement, son besoin de luxe ne cesse de croître, et ses dépenses deviennent exorbitantes. Elle s’endette très gravement auprès du commerçant Lheureux. Menacée de saisie et abandonnée de tous, sauf de son mari qui ne se doute toujours de rien, elle pénètre dans l’arrière-boutique du pharmacien Homais et ingurgite de l’arsenic. Emma Bovary meurt après une longue et douloureuse agonie, décrite dans les moindres détails. Après avoir trouvé dans les papiers de sa femme les preuves de son infidélité, Charles Bovary, désespéré et ruiné, meurt de chagrin, laissant la petite Berthe orpheline.

Un roman réaliste et moderne

Plusieurs éléments du récit indiquent clairement qu’avec Madame Bovary, Flaubert veut inscrire son roman dans le mouvement réaliste. Dans le milieu géographique et social au sein duquel se déroule l’histoire, comme dans les caractères des personnages, l’auteur cherche à adhérer au plus près à la réalité observable.

  • Par un travail de documentation extrêmement fouillé et des descriptions minutieuses, Flaubert poursuit l’objectif premier de tout roman réaliste : la fidélité au vrai, à ce que sont vraiment les choses et les êtres.

Cet objectif est révélé par le sous-titre du roman : « Mœurs de province ».

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Définition

Mœurs :

Les mœurs sont l’ensemble des conduites admises dans un milieu social à une époque donnée.

Le cadre de Madame Bovary est donc constitué de la campagne et des petites villes de Normandie, telles qu’elles existent au moment où Flaubert compose son roman. Le repas des noces de Charles et Emma donne lieu à des descriptions longues et précises du comportement des paysans normands et de leurs vêtements, dont la qualité plus ou moins grande témoigne d’une certaine appartenance sociale. Ainsi, Madame Bovary peut être qualifié de roman social, puisqu’y sont représentées les différentes classes de la société normande sous la monarchie de Juillet, celle de Louis-Philippe, entre 1830 et 1848 :

  • la classe paysanne ;
  • les nobles, lors de l’épisode du bal au château de la Vaubyessard ;
  • la bourgeoisie aisée, incarnée par Rodolphe, le premier véritable amant d’Emma ;
  • la bourgeoisie commerçante, représentée par Homais et Lheureux, le marchand à qui Emma ne cesse d’emprunter de l’argent ;
  • les professions libérales ;
  • et la petite bourgeoisie avec Léon, le clerc de notaire, et Charles Bovary, qui est officier de santé.

Les objets et les discours traduisent également d’authentiques manières de vivre, propres au lieu et à l’époque. L’épisode des comices agricoles, par exemple, décrit fidèlement cette cérémonie qui avait réellement lieu dans les campagnes, et durant laquelle se succédaient les discours à la gloire de l’agriculture, les distributions de prix et les banquets.

Les descriptions de Flaubert empêchent toute idéalisation, et soulignent volontairement ce que ces « mœurs de province » peuvent avoir d’ordinaire, voire de médiocre.

  • Yonville, le bourg où s’installe le couple, n’offre aucun intérêt particulier. Il ressemble à toutes les petites villes de la province normande. L’ennui et la monotonie y règnent principalement, et ses habitants se caractérisent souvent par leurs conversations insignifiantes et pleines de clichés, c’est-à-dire de banalités et d’idées reçues.

La volonté d’exactitude de Flaubert l’amène à dépeindre sans aucune indulgence cette Normandie qu’il connaît si bien, pour y être né et y avoir grandi. Mais Flaubert ne s’est pas inspiré seulement de ses observations personnelles. Comme pour tous ses romans, il a effectué une vaste recherche documentaire, qui lui permet de décrire avec un maximum de vraisemblance certains épisodes clés de son roman. C’est le cas notamment de l’opération du pied bot d’Hippolyte, ou de l’agonie d’Emma après qu’elle ait ingéré de l’arsenic. Pour que ces deux épisodes soient conformes à la réalité, Flaubert a dû lire plusieurs ouvrages scientifiques, comme en atteste sa correspondance et les très nombreuses notes préparatoires du roman, qui sont aujourd’hui conservées dans les archives de l’écrivain.

Si cette conformité au réel et ce souci de vraisemblance font de Madame Bovary un roman éminemment réaliste, d’autres aspects de l’œuvre apparaissent comme radicalement nouveaux, et marquent une rupture claire avec la tradition romanesque telle qu’elle était à l’époque de Flaubert. Cette rupture est perceptible en particulier dans la dimension satirique et ironique du roman.

  • La satire des milieux provinciaux, paysans ou bourgeois, ainsi que l’ironie, permettent à Flaubert de prendre ses distances à la fois avec le romantisme, qui a encore une influence certaine en ce milieu du XIXe siècle, mais aussi avec les grands prédécesseurs du roman réaliste, comme Stendhal et Balzac.

Contrairement aux romantiques, Flaubert refuse de voir dans la province un refuge favorable à une vie proche de la nature, un havre de paix garantissant la sérénité et le bonheur. Pour Emma Bovary, la campagne reste le lieu de l’ennui et de la déception, le lieu de la médiocrité qui l’empêche de réaliser les rêves qu’ont nourri ses lectures de jeunesse. Pour les personnages de Balzac par exemple, la province est le point de départ d’une conquête victorieuse, ainsi que l’endroit où l’on vient se consoler en cas d’échec. Rien de tel chez Flaubert. Ses personnages sont littéralement embourbés dans la terre de leur pays natal. Ils ne font que rêver au bonheur que pourrait leur offrir la ville, et qui demeure inaccessible d’un bout à l’autre du roman.

Balzac et Stendhal mettaient en scène des êtres d’exception, aux destins extraordinaires. Les personnages de Flaubert, au contraire, sont incapables d’échapper à leur condition, et ne se nourrissent que d’illusions. C’est sur cette incapacité et ces illusions que le narrateur exerce son ironie froide. Cette ironie très particulière, qui consiste à tout dévaloriser (personnages, coutumes et systèmes de valeurs) s’exprime à travers des techniques d’écriture et un style propres à Flaubert, et qui font de Madame Bovary une œuvre fondatrice, ouvrant la voie au roman moderne.

En effet, dans le roman réaliste traditionnel, le narrateur est invisible et omniscient. Il sait tout des personnages, même leurs pensées les plus secrètes. Chez Flaubert, le point de vue n’est plus objectif. Les descriptions passent par le filtre de ce que perçoivent et ressentent les personnages. Par conséquent, le lecteur voit et entend ce que voient et entendent Emma, Charles, Rodolphe ou Léon, selon leur humeur et la situation dans laquelle ils se trouvent. Par exemple, la petite Berthe contemplée par Charles est charmante et gracieuse. Vue par Emma, elle est laide. Le bal au château n’est quant à lui décrit qu’à travers les yeux d’Emma.

C’est par ce regard que le lecteur comprend ce qui la fascine : le luxe, l’aristocratie, l’élégance. Flaubert répand son ironie dans cette distance entre les illusions d’Emma et la réalité morne de sa vie provinciale, dans le contraste entre ce que le lecteur sait de l’existence ordinaire d’Emma, et la façon qu’elle a de se forger une fausse image d’elle-même. Comme s’en amuse Flaubert dans une lettre écrite pendant l’élaboration de son roman : « ce sera la première fois que l’on verra un livre qui se moque de sa jeune première et de son jeune premier ».

  • Cette variation des points de vue définit un certain réalisme inauguré par Flaubert : le réalisme subjectif.
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Définition

Réalisme subjectif :

Le réalisme subjectif consiste à décrire les êtres et les choses à travers une conscience particulière, c’est-à-dire un « je », une subjectivité.

  • Ce procédé sera amplement utilisé dans le roman moderne.

Conclusion :

Par son souci de la vraisemblance et sa fidélité à la réalité sociale et psychologique qu’il décrit, Flaubert appartient à la lignée de romanciers qualifiés de réalistes par l’histoire de la littérature. Toutefois, le regard amer, ironique et souvent pessimiste qu’il porte sur les « mœurs de province » de sa Normandie natale, aussi bien que les innovations stylistiques qu’il introduit dans son roman, font de Madame Bovary une œuvre résolument moderne qui marquera l’évolution de l’art romanesque, et ce jusqu’à nos jours.