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L'ère maoïste : retrouver la puissance par la révolution (1949-1976)

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Introduction :

Au XIXe siècle, le contact avec les impérialismes européens a profondément déstabilisé l’Empire du milieu de la dynastie Qing (1644-1912). La révolution chinoise de 1911 aboutit à l’abdication de l’empereur Puyi et à la fin du régime impérial en 1912. L’État se désagrège entre différents seigneurs de guerre qui s’affrontent.

De 1842 à 1949, les impérialismes européens et japonais humilient la Chine. Ce « siècle de la honte » entraîne des pertes territoriales. En 1949, après sa victoire sur les nationalistes, Mao proclame la République populaire de Chine et souhaite replacer son pays sur la scène internationale.

Comment la Chine de Mao, entre 1949 et 1976, s’affirme-t-elle comme un nouvel acteur international ? Nous étudierons tout d’abord la mise en place de la République populaire de Chine, puis la Chine de Mao et l’influence de ce dernier, tant au niveau national qu’au niveau international.

La fondation de la République populaire de Chine

La République populaire de Chine naît à la suite d’une guerre civile de plusieurs décennies et de la Seconde Guerre mondiale.

Le rôle de la Seconde Guerre mondiale

En 1931, profitant de la guerre civile entre les communistes et les nationalistes chinois, les Japonais annexent la Mandchourie. Six ans plus tard, l’armée nippone envahit le sud de la Chine et massacre des centaines de milliers de civils lors du massacre de Nankin (décembre 1937-février 1938).
Tchang Kai-Chek et Mao Zedong acceptent donc de s’allier contre l’envahisseur. Si les nationalistes ont davantage d’hommes et de moyens, ils se discréditent progressivement auprès de la population par leur corruption et leur autoritarisme. A contrario, les communistes sont très actifs contre les Japonais et gagnent le soutien massif de la population dans les zones qu’ils contrôlent.
Pendant la guerre, les Alliés (l’URSS comprise) soutiennent les deux factions, tout en reconnaissant la légitimité des nationalistes (qui contrôlent la majeure partie du pays) en tant que gouvernement de la Chine. En octobre 1945, les Américains obtiennent du Kuomintang la promesse de former un gouvernement d’union nationale avec les communistes. Pourtant, dans les faits, la guerre civile a déjà repris.

IMG_01 La guerre civile chinoise

La victoire des communistes dans la guerre civile

Les affrontements s’enveniment à partir d’avril 1946 et voient les communistes mener une guérilla efficace contre les nationalistes. Le mécontentement populaire augmente à mesure que la guerre civile dégrade la situation économique. Il se concentre avant tout contre le Kuomintang. En 1948, les communistes sont assez nombreux pour mener de grandes offensives. De novembre 1948 à janvier 1949 a lieu la décisive campagne de Huaihai, engendrant une défaite écrasante pour le Kuomintang (les communistes encerclent et détruisent plusieurs armées nationalistes). Les communistes refusent de négocier avec Tchang Kaï-Chek, qui s’enfuit avec ce qui reste de son armée et une grande partie des réserves d’or de l’État.
Protégés par une flotte américaine, les nationalistes se réfugient sur l’île de Formose (ancien nom de l’île de Taïwan), qui devient la République de Chine. Dans le même temps, Mao Zedong est élu président d’un gouvernement provisoire et proclame la naissance de la République populaire de Chine (RPC) le 1er octobre 1949.
Au lendemain de la victoire communiste, le pays est cependant en ruine. Des millions d’hectares de terres agricoles ont été dévastés, la Mandchourie (vaste région du nord-est relativement industrialisée, conquise par les Japonais en 1931-1945, puis libérée par l’URSS) a été dépouillée d’une grande partie de ses usines au profit de l’URSS. L’administration et l’économie sont ainsi complètement désorganisées.

Le PCC (Parti communiste chinois) au pouvoir va alors s’appuyer sur ses 4,5 millions de membres pour prendre en main et reconstruire le pays. Mao et les communistes veulent rebâtir un État fort et respecté dans le monde. Pour se reconstruire et bâtir cet État, la Chine maoïste se ferme au commerce international et aux influences occidentales.

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À retenir

La République populaire de Chine vient ainsi conclure un siècle de guerres civiles, de révolutions et d’invasions du pays qui ont fait plus de 100 millions de morts (on parle d’ailleurs de « siècle de la honte »). Le pays le plus peuplé du monde est désormais sous le contrôle total du PCC, qui met en place son modèle sous la direction de Mao.

La Chine de Mao

La relation sino-soviétique jusqu’en 1956

En 1949, l’unité territoriale de la Chine n’est pas achevée.

  • La plupart des pays du monde considèrent à ce moment que le gouvernement nationaliste en exil à Taïwan est le seul légitime. Les pays occidentaux refusent de reconnaître un pays communiste. C’est donc Taïwan qui détient le siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU prévu à Yalta pour la Chine.
  • La Chine ne peut récupérer ses ports stratégiques du sud. Hong Kong reste britannique et Macao portugais, suivant les baux de location de ces deux ports obtenus par les Occidentaux au XIXe siècle. Peu désireux de se lancer dans une confrontation directe avec ces derniers, Mao ne tente pas de reprendre ces territoires.
  • Le Tibet, qui faisait partie auparavant de l’Empire de Chine, est revendiqué par Mao. Ne bénéficiant d’aucune protection, il est occupé par les Chinois en 1951, contre la volonté des Tibétains et de la communauté internationale.
  • Si l’URSS rend des territoires chinois annexés par les tsars de Russie, Staline refuse de laisser Mao annexer la Mongolie.

L’URSS n’a reconnu la République populaire de Chine qu’avec méfiance, ce qui n’empêche pas Mao de se tourner sans réserve vers le bloc de l’Est, et qu’un traité d’amitié sino-soviétique ne soit signé. Il prévoit une importante aide financière et technique. Au-delà d’une simple coopération, la Chine s’aligne sur l’URSS dans les années 1950. Elle définit donc sa position dans l’ordre mondial en choisissant le bloc de l’Est et en se plaçant ainsi officiellement aux côtés de l’une des deux superpuissances qui dirigent alors le monde.

La Chine, à l’inverse des pays occidentaux, n’a pas bénéficié de la révolution industrielle du XIXe siècle : elle accuse donc un retard important dans ce domaine et entreprend de rattraper ce retard en un temps record.

La RPC est d’abord un fidèle soutien de l’URSS qui lui envoie des ingénieurs pour l’aider à se développer et développe ainsi son rôle sur la scène internationale en intervenant par exemple dans la guerre de Corée (1950-1953). Elle appuie les combattants communistes du nord contre les forces pro-occidentales du sud. Des centaines de milliers de Chinois vont combattre dans les conflits à la périphérie du pays, officiellement en tant que « volontaires ».
En Indochine, Mao soutient Ho Chi Minh contre l’armée française, fournissant armes, munitions et combattants. Zhou Enlai, ministre des Affaires étrangères, est ensuite présent à Bandung en 1955 pour développer des liens « anti-impérialistes ».
Même si son influence dans le monde reste limitée, la Chine entame donc une politique d’intervention pour affirmer son rôle de puissance en devenir.

La rupture sino-soviétique et le Grand Bond en avant

À l’avènement de Khrouchtchev, Mao critique vivement la déstalinisation et accuse Khrouchtchev de céder de fait au capitalisme. Ces tensions aboutissent en 1960 à la rupture sino-soviétique qui déchire le bloc de l’Est (l’Albanie, puis plus tard le Cambodge des Khmers rouges, deux pays communistes, s’alignent sur la RPC). En 1959, l’URSS refuse finalement d’aider la Chine à obtenir l’arme atomique. L’année suivante, elle rappelle tous ses ingénieurs présents en Chine.

IMG_02 : Un bloc de l’Est divisé entre URSS et RPC à partir de 1956

La Chine suit désormais « sa propre voie vers le socialisme » et lance le Grand Bond en avant de 1958-1961. Cette politique de développement échoue et cause la mort de sans doute 36 millions de personnes.
Pour augmenter rapidement la production et rattraper les pays développés, les paysans sont rassemblés dans des communes populaires qui doivent être autonomes et sont incitées à vivre en autarcie. Les fermiers et travailleurs sont regroupés et doivent atteindre des objectifs de production très élevés. La vie privée est très fortement encadrée et tout se passe en collectivité. Une série de calamités naturelles et d’erreurs (défrichements abusifs, mauvaise allocation des ressources et de la main-d’œuvre, objectifs de production incohérents) en font un échec cuisant qui se traduit par une famine faisant au moins 35 millions de victimes.
Cet épisode crée de vives tensions au sein du PCC. Zhou Enlai, numéro 2 du PCC et Premier ministre, redonne la possibilité de cultiver des lopins individuels et redresse la situation en 1962. Mao est de plus en plus critiqué au sein du Parti et finit par perdre une partie de son influence en étant placé quelque peu en retrait du pouvoir en 1960. Il reste président du PCC, mais Liu Shaoqi le remplace en tant que président de la RPC.

En 1965, Mao est férocement opposé à Liu Shaoqi et son gouvernement. Il se met à dénoncer la tournure soi-disant « révisionniste » prise par le régime et en appelle à la jeunesse révolutionnaire. Le livre des pensées de Mao, paru en mai 1964, le Petit Livre rouge, est un outil de propagande, imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires et diffusé dans la Chine entière.

Le Petit Livre rouge – ©Robert Huffstutter - CC BY 2.0 - Histoire - terminale - SchoolMouv Le Petit Livre rouge – ©Robert Huffstutter - CC BY 2.0

La révolution culturelle motive des dizaines de millions de jeunes communistes fanatisés, les gardes rouges, qui prennent alors le contrôle des villes et tabassent, humilient ou tuent tous ceux soupçonnés de pensées contre-révolutionnaires (souvent sur des critères absurdes). Des millions de professeurs, directeurs, cadres ou fonctionnaires du Parti sont ainsi attaqués et, dans le meilleur des cas, forcés de faire leur autocritique ou envoyés à la campagne pour rééducation. À une époque où le modèle communiste se réinvente, le maoïsme séduit un certain nombre d’intellectuels occidentaux, auxquels parvient une image de la révolution culturelle déformée par la propagande. Le Petit Livre rouge est ainsi diffusé dans le monde entier.
Mao peut ainsi reprendre le pouvoir en écartant tous ses opposants en 1966 et renforce son culte de la personnalité. Mais le mouvement des gardes rouges prend une ampleur imprévue, avec des affrontements violents entre groupes de gardes. En 1967, l’armée est envoyée contre les gardes rouges, qui sont tués ou envoyés être rééduqués à la campagne. Les pratiques de la révolution culturelle perdurent jusqu’à la fin des années 1970.

La reconnaissance progressive de la RPC dans le monde

Après la rupture entre RPC et URSS, la Chine se tourne vers le tiers-monde mais pas sans difficulté (affrontements frontaliers avec l’Inde en 1962), parvenant cependant à tisser des liens avec le Pakistan et certains pays d’Afrique. Elle espère ainsi se positionner comme un modèle alternatif au modèle soviétique. Ce faisant, elle montre sa volonté de constituer une puissance idéologique.
Sur le plan militaire, elle acquiert l’arme nucléaire (bombe A en 1964 et bombe H en 1967), ce qui la place dans le cercle très fermé des puissances nucléaires.

Dans les années 1960-1970, les pays développés du monde occidental finissent par reconnaître la RPC pour diversifier leurs options internationales. C’est notamment le cas de la France de De Gaulle en 1964.
En 1972, le président américain Richard Nixon (1969-1974) se rend à Pékin et rencontre Mao. L’objectif est d’améliorer les relations entre les États-Unis (qui cherchent à sortir de la guerre du Vietnam) et la République populaire de Chine. En pratiquant la « diplomatie triangulaire USA-URSS-RPC », les Américains espèrent ainsi diviser le bloc de l’Est. C’est ainsi que la RPC est admise à l’ONU et récupère le siège de la République de Chine (Taïwan) au Conseil de sécurité en 1971.

  • En 1978, 14 ans après la France, les États-Unis reconnaissent officiellement la Chine.

Les relations sino-soviétiques continuent ainsi à se dégrader, entraînant des dizaines de morts dans des accrochages frontaliers en 1969. En Asie du Sud-Est, l’URSS et la RPC s’affrontent par pays interposés : l’URSS soutient le Vietnam communiste, tandis que la Chine appuie le régime des Khmers rouges, au pouvoir au Cambodge entre 1975 et 1979. La terreur d’État des Khmers rouges et les famines provoquées par la désorganisation du pays tuent plus d’un quart de la population cambodgienne en quelques années, avant que l’invasion vietnamienne du Cambodge ne mette fin au régime.

Dans les années 1970, l’influence régionale et internationale de la Chine reste toutefois encore faible, malgré plusieurs succès diplomatiques et une volonté de s’affirmer sur la scène internationale. À la mort de Mao, le 9 septembre 1976, la Chine est néanmoins une puissance mondiale en devenir.

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À retenir

La Chine de Mao fait face à des défis internes et externes de grande ampleur : elle commence par suivre fidèlement le modèle de l’URSS avant de s’en écarter sur fond de divergences politiques. Tentant d’élaborer son modèle, elle doit attendre longtemps pour sortir de l’isolement international qui la caractérisait au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Conclusion :

La République populaire de Chine est ainsi un État qui cherche jusqu’en 1979 à incarner la pureté du marxisme, ce qui l’amène à rompre avec l’URSS et à connaître des turbulences d’étendue inégalée avec le Grand Bond en avant puis la révolution culturelle. Ces épisodes montrent à quel point la RPC repose sur la figure de Mao. La Chine s’attèle aussi à rattraper son retard industriel par rapport aux puissances occidentales et souhaite étendre son influence en Asie et en Afrique notamment. Les incertitudes de sa succession aboutissent à l’avènement de Deng Xiaoping, qui engage le pays sur une autre voie.