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La représentation théâtrale

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Introduction :

Du grec theômai qui signifie « regarder », le genre théâtral implique obligatoirement une dimension spectaculaire. Une pièce est écrite dans l’optique d’être représentée, sauf dans le cas exceptionnel du Spectacle dans un fauteuil d’Alfred de Musset, uniquement destiné à être lu.

Aussi, si comme le disait Molière, « le théâtre n’est fait que pour être vu », le caractère spectaculaire est-il intégré au texte de la pièce ? Le metteur en scène peut-il être un créateur, au même titre que le dramaturge ? Ce sont les questions que nous nous poserons dans ce cours. Nous verrons ensemble que le texte théâtral prend en compte, dès l’écriture, la question de la représentation, mais aussi que la mise en scène est une interprétation, et même parfois une recréation de l’œuvre initiale.

La question de la représentation au cœur de l’écriture théâtrale

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À retenir

Représenter une pièce de théâtre, c’est donner vie au texte par le jeu des acteurs, c’est mettre en place un décor, un jeu de lumières et des costumes mais aussi prendre en compte – ou non – le public.

Cette dimension n’est jamais négligée par les dramaturges dans l’écriture de leurs pièces.

Le jeu des acteurs

La représentation fait partie intégrante du texte initial car le jeu des acteurs est indiqué par les didascalies.

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Définition

Didascalies :

Il s’agit d’indications pouvant porter aussi bien sur la mise en scène, le jeu des comédiens ou l’action sur scène.

Elles sont généralement en italique et placées directement après le nom du personnage, mais elles peuvent aussi être insérées au sein d’une réplique, entre parenthèses.

Les didascalies sont très importantes car elles peuvent changer du tout au tout la signification de la réplique d’un personnage.

Dans la scène 7 de l’acte II des Fourberies de Scapin, le héros éponyme fait croire au seigneur Géronte que son fils a été capturé par des Turcs et que ces derniers ne le libéreront qu’au prix d’une rançon. Géronte est un peu méfiant, ce que l’on comprend grâce aux didascalies dans l’extrait suivant :

« GÉRONTE :
Tiens, Scapin, je ne me souvenais pas que je viens justement de recevoir cette somme en or, et je ne croyais pas qu’elle dût m’être si tôt ravie. (Il lui présente sa bourse, qu’il ne laisse pourtant pas aller ; et, dans ses transports, il fait aller son bras de côté et d’autre, et Scapin le sien pour avoir la bourse.) Tiens. Va-t’en racheter mon fils.

SCAPIN, tendant la main :
Oui, Monsieur.

GÉRONTE, retenant la bourse qu’il fait semblant de vouloir donner à Scapin :
Mais dis à ce Turc que c’est un scélérat. »

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À retenir

Il y a donc une contradiction comique entre les gestes et la parole qui ne peut réellement se saisir que dans la représentation.

Les décors et les jeux de lumières

Les décors sont primordiaux dans la mise en scène du texte théâtral.

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À retenir

Ils aident le lecteur à comprendre la pièce, ils peuvent mettre en avant un objet symbolique ou encore créer une atmosphère particulière, propre à l’esprit de l’œuvre initiale.

Art de Yasmina Reza est une pièce écrite en 1994, représentant trois hommes confrontés à l’énigme d’un tableau blanc acheté 200 000 francs. Qu’un tableau blanc puisse être un objet d’art devient un sujet de discorde entre eux et cela les amène à s’avouer des vérités blessantes sur leurs vies respectives. Le tableau, dans les différentes mises en scène de la pièce, est un objet hautement symbolique, toujours au centre et fortement éclairé. Le spectateur comprend donc que l’ensemble du spectacle est articulé autour de lui et qu’il en est la clef.

Les costumes

Les costumes ont une fonction esthétique mais aussi informative pour le spectateur. Dans l’antiquité par exemple, les hommes jouaient des rôles de femme, et seuls les costumes féminins pouvaient permettre aux spectateurs de distinguer les genres.

Le costume peut être également un facteur de comédie. Chez Molière, le costume accentue souvent la folie ridicule du personnage. Dans la pièce L’Avare, le vieil Harpagon, fou de son précieux argent, est représenté avec un costume prêtant à rire. Il engage Frosine, une entremetteuse, pour l’aider à trouver une jeune épouse. Intéressée par son argent, elle le flatte :

« FROSINE :
J’aurais, Monsieur, une petite prière à vous faire. (Il prend un air sévère.) J’ai un procès que je suis sur le point de perdre, faute d’un peu d’argent ; et vous pourriez facilement me procurer le gain de ce procès, si vous aviez quelque bonté pour moi. (Il reprend un air gai.) Vous ne sauriez croire le plaisir qu’elle aura de vous voir. Ah ! que vous lui plairez ! et que votre fraise1 à l’antique fera sur son esprit un effet admirable ! Mais surtout elle sera charmée de votre haut-de-chausses, attaché au pourpoint2 avec des aiguillettes3 ; c’est pour la rendre folle de vous ; et un amant aiguilleté sera pour elle un ragoût merveilleux.

HARPAGON :
Certes, tu me ravis de me dire cela. »

1 fraise : collerette amidonnée et tuyautée qui se portait autour du cou, sous Henri IV.

2 pourpoint : veste.

3 aiguillettes : sorte de lacets.

Dans la pièce Rhinocéros de Ionesco , tous les habitants d’un village sont atteints d’une curieuse maladie, la rhinocérite. Deux amis se retrouvent, dont Bérenger, qui est mal habillé et qui sent l’alcool. L’accent est mis, dans cette scène, sur l’état du costume de Bérenger :

« JEAN, continuant d’inspecter Bérenger :
Vos vêtements sont tout chiffonnés, c’est lamentable, votre chemise est d’une saleté repoussante, vos souliers… (Bérenger essaye de cacher ses pieds sous la table.) Vos souliers ne sont pas cirés… Quel désordre !… Vos épaules…

BÉRENGER :
Qu’est-ce qu’elles ont, mes épaules ?…

JEAN :
Tournez-vous. Allez, tournez-vous. Vous vous êtes appuyé contre un mur… (Bérenger étend mollement sa main vers Jean.) Non, je n’ai pas de brosse sur moi, cela gonflerait les poches. (Toujours mollement, Bérenger donne des tapes sur ses épaules pour en faire sortir la poussière blanche ; Jean écarte la tête.) Oh là là… Où donc avez-vous pris cela ?

BÉRENGER :
Je ne m’en souviens pas.

JEAN :
C’est lamentable, lamentable ! J’ai honte d’être votre ami.

BÉRENGER :
Vous êtes bien sévère… »

Les remontrances de son ami et la honte de Bérenger face à son piteux costume renforcent le caractère pathétique du personnage, qui est dépassé, alcoolique et dépressif.

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À retenir

Le pathos est davantage ressenti à la vue du costume par le spectateur.

L’implication du public

Dans la Grèce antique, les fêtes religieuses faisaient office de représentations théâtrales. On les dédiait à Dionysos, le dieu du vin et de la fête. Le public était intégré au jeu des acteurs afin de rendre son éducation religieuse active et efficace. Le chœur parlait directement aux spectateurs et demandait son aval ou sa désapprobation morale vis-à-vis de l’action en marche.

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À retenir

Le public a donc toujours été pris en compte au théâtre.

C’est aujourd’hui le principe même de la double énonciation.

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Définition

Double énonciation :

Ce phénomène s’opère lorsqu’un personnage, en s’adressant à un autre personnage sur scène, s’adresse également aux spectateurs.

Par ailleurs, « représenter » signifie « remplacer » et « tenir lieu de ». La représentation théâtrale remplace le réel, elle est une illusion. C’est cette tension entre illusion et vérité que met en avant Victor Hugo dans Tas de Pierres :

« Le théâtre n’est pas le pays du réel : il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l’or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous la terre. »

Grâce à la mise en scène, les spectateurs ont l’impression d’assister à une scène de vie qui se déroulerait devant leurs yeux.

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À retenir

Certains auteurs et metteurs en scène choisissent de rompre cette illusion, comme on abat le quatrième mur au cinéma.

Par exemple, toujours dans L’Avare, Molière choisit l’espace d’un instant de casser le mur entre acteurs et spectateurs dans le monologue où Harpagon a perdu sa cassette. Ce dernier se met à accuser le public du vol :

« Quel bruit fait-on là-haut ? est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part, sans doute, au vol que l’on m’a fait. »

Le théâtre dans le théâtre, appelé aussi mise en abyme, joue également sur cette rupture de l’illusion théâtrale. On retrouve ce procédé dans de nombreuses pièces de Shakespeare. Dans Hamlet par exemple, le héros éponyme veut faire avouer à son oncle l’assassinat de son père. Il demande donc à des comédiens de jouer une piécette mettant en scène le meurtre, ce qui ne manquera pas de faire réagir l’assassin.

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À retenir

Jouer une pièce de théâtre dans une pièce de théâtre, c’est mettre en scène le rôle du spectateur et lui faire entrevoir les ficelles de l’illusion théâtrale.

La mise en scène : une interprétation voire une création

Les éléments de la mise en scène sont très souvent indiqués au préalable par le dramaturge, mais le metteur en scène peut aussi prendre des libertés qui vont engager le sens de l’œuvre. Selon Antoine Vitez dans son Petit dictionnaire du théâtre :

« une mise en scène n’est jamais neutre. Toujours, il s’agit d’un choix. »

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À retenir

Toute mise en scène est en effet une interprétation voire une création.

Ainsi, la mise en scène de Phèdre de Racine par Patrice Chéreau en 2003 prend des libertés face à la pièce initiale. Le metteur en scène a choisi de disposer le public tout autour de la scène de manière à créer une sorte de huis clos anxiogène, ou encore une scène de tribunal où les spectateurs seraient les témoins. Cette disposition contribue à faire de Phèdre, amoureuse éperdue de son beau-fils, une coupable à juger. Le metteur en scène choisit d’apporter sa propre interprétation à la pièce et de ce fait, il influence le spectateur dans sa perception des personnages.

De même, la mise en scène d’Antigone de Jean Anouilh par Nicolas Briançon en 2003 prend des libertés par rapport au texte source, en mélangeant références à l’Antiquité et modernité. Effectivement, certains costumes, comme ceux d’Antigone et de sa nourrice, rappellent le monde antique ; tandis que Créon, l’oncle-roi, représentant de l’autorité, est vêtu comme un officier nazi, avec des bottes, un long manteau et un képi. Le metteur en scène va plus loin dans son interprétation contemporaine de la pièce en habillant les gardes de costumes, écouteurs et lunettes noires qui ne sont pas sans rappeler le fameux M. Smith dans la saga cinématographique Matrix.

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À retenir

En ce sens, Nicolas Briançon choisit de donner une vision intemporelle et universelle de la pièce pour interroger la légitimité du pouvoir et de l’autorité.

Ces deux mises en scène sont donc de véritables interprétations du texte.

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À retenir

Prendre des libertés avec le texte source ne veut pas dire ne pas y être fidèle. En revanche, certains metteurs en scène choisissent de s’écarter totalement du sens de la pièce initiale et de l’interprétation commune que pouvait en attendre le dramaturge.

Dans L’Avare de Molière, Harpagon est un homme rendu ridicule et comique par son avarice poussée à l’extrême. Lorsqu’on lui vole sa cassette, le personnage, dans le monologue de la scène 7 de l’acte IV, est en proie au désespoir et accuse tout le monde et même lui-même du méfait. Cette folie a pour but de faire rire. Christian de Chalonges, dans sa mise en scène de l’œuvre pour la télévision, choisit de lui donner une tonalité pathétique en montrant un vieillard perdu, anéanti, les yeux vides, qui déambule tel un fou dans sa demeure. Il désire montrer le caractère tragique de la monomanie d’Harpagon, et les ravages de la folie en général. Le spectateur ne rit plus, il est ému, catastrophé par le sort du pauvre vieillard.

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À retenir

La mise en scène du texte peut en ce sens être une recréation du texte, lui apporter un éclairage nouveau.

Conclusion :

On a parfois tendance à concevoir le théâtre comme un texte à étudier, mais il ne faut jamais perdre de vue sa dimension spectaculaire. La représentation fait partie intégrante du genre, car une pièce est créée pour être représentée. Il faut donc toujours prendre en compte dans l’analyse la question des didascalies, des décors, des costumes, et s’interroger sur les contraintes et les libertés que le metteur en scène peut prendre vis-à-vis du texte.

Ce dernier peut en effet être fidèle à la pièce et suivre intégralement les indications scéniques laissées par le dramaturge, mais il peut également la transposer dans une autre époque ou encore en changer totalement l’interprétation. C’est en ce sens que l’on peut dire que dramaturge et metteur en scène créent la pièce ensemble.