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Le désir

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Introduction :

Nous faisons constamment l’expérience du désir. Il nous est tellement familier que nous ne le questionnons pas. Comme l’air que nous respirons, le désir semble être un processus naturel. On désire manger, partir en vacances ou avoir un rendez-vous amoureux. Dans ces exemples, le désir ne se distingue pas du besoin. Mais désir et besoin sont-ils vraiment similaires ? Quelle expérience faisons-nous du désir pour le distinguer du simple besoin? Nous essaierons ainsi de résoudre une énigme : celle de la nature du désir. Notamment en amour, on entend souvent que le désir fait souffrir, mais qu’il est quand même agréable de souffrir par amour… La nature du désir serait-elle d’être à la fois un plaisir et une souffrance ?

Dans la première partie de ce cours, nous définirons le désir, en le différenciant du besoin avec lequel on le confond souvent. En seconde partie, nous traiterons la nature ambivalente du désir.

Le besoin et le désir

Des besoins communs à l’Homme et l’animal

Nous avons un certain nombre de besoins physiologiques comme manger, boire, respirer, avoir ni trop chaud, ni trop froid… Ces besoins sont vitaux pour l’Homme. S’ils ne sont pas satisfaits, nous mourons. Lorsque nous avons besoin de satisfaire l’un ou l’autre, une sensation de manque apparaît. Plus nous tardons à les satisfaire, plus la souffrance devient forte.

  • De ce point de vue, l’Homme est identique à l’animal.

Le besoin est un mécanisme purement physiologique. Il est nécessaire et irrésistible. A priori, on ne peut pas ne pas satisfaire un besoin. Aujourd’hui cependant, nous employons le terme « besoin » pour beaucoup de manques qui ne sont pas mortels.

Les désirs se transforment en besoins

Les besoins culturels sont nombreux. Ils sont nés de notre éducation et ancrés dans nos pratiques. Par exemple, un japonais a besoin de manger avec des baguettes, et un français avec une fourchette. Autrement, l’un et l’autre éprouvent des difficultés à saisir les aliments. Pourtant aucune de ces pratiques n’est vitale à l’homme. La liste de ce que nous considérons comme des besoins matériels pourrait s’étendre longuement : maison, vêtements, téléphones, jeux. Là encore, le manque occasionné par ces besoins n’est pas mortel.

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À retenir

Ces besoins non vitaux sont appelés désirs.

On désire aller en vacances, avoir le dernier smartphone ou rénover sa maison selon les tendances d’aménagement.

Il y a aussi les besoins intellectuels, qui sont causés par notre curiosité naturelle. Ils engendrent un désir de connaissances qui s’exprime par l’envie de visiter des musées ou de lire pour nous cultiver. Encore une fois, une carence culturelle ou intellectuelle ne peut pas nous faire mourir.

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Définition

Désir :

Le désir est donc un manque matériel, intellectuel, affectif.

Ce manque provoqué par le désir est contingent, c’est à dire qu’il peut arriver ou non. Le désir n’est pas présent en chacun de nous de la même façon, et nous pouvons choisir de le satisfaire ou pas.

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À retenir

Pourtant aujourd’hui, les désirs sont souvent élevés au rang de besoins.

Pour reprendre l’exemple du smartphone, on entend souvent dire que l’on en a besoin. Comme pour justifier cet achat très onéreux, on l’élève au rang de nécessité. Ce qu’il n’est pas toujours. Le désir renforcé au point de devenir besoin a-t-il alors un pouvoir sur nous ?

Le désir peut-il être mortel ?

Un désir peut nous donner des ailes, nous torturer et même nous rendre fous. Mais peut-il nous tuer si nous ne le satisfaisons pas ?

La littérature tend à prouver que oui. Lorsque Roméo rencontre Juliette, il « meurt de désir » en la contemplant. Ce n’est alors qu’une image. En revanche, Roméo et Juliette meurent réellement d’amour en s’empoisonnant, parce qu’on leur interdit de se marier ensemble. En raison d’un désir insatisfait, on peut donc se laisser mourir ou se tuer, ce qui est le besoin le plus contraire à notre nature.

Autre exemple, la grève de la faim comme contestation politique. Là encore, un désir d’ordre intellectuel peut amener l’individu à aller contre ses besoins naturels. L’animal en revanche, ne peut pas aller contre son instinct de survie.

Cette analyse préliminaire nous a permis de déterminer la spécificité du désir. Il est souvent confondu avec les besoins d’ordre physiologique, qui sont communs à l’animal. Le désir est proprement humain quand il provoque un manque de nature matérielle, intellectuelle ou spirituelle. Par ailleurs, certains désirs spirituels nous connectent à des valeurs que l’on peut juger supérieures aux besoins vitaux. L’animal n’a pas accès à cette dimension du désir. Aucun animal ne peut mourir d’amour ou pour ses idées politiques. Voyons à présent plus précisément ce qui caractérise la nature du désir.

La nature ambivalente du désir

Le désir peut être trompeur

Spinoza, un penseur du XVIIe siècle, affirme :

« Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne, mais au contraire, c’est parce que nous la désirons que nous la disons bonne. »

Spinoza, Éthique, III

Quelque chose ou quelqu’un peut être une source de satisfaction pour moi, et ne pas l’être du tout pour un autre. Par exemple, Juliette est peut-être laide pour quelqu’un. Mais Roméo, qui voit en elle une source possible de satisfaction, la désire et par conséquent la magnifie. De la même façon, des choses nuisibles nous semblent désirables comme la cigarette ou l’alcool. En réalité, ce sont des désirs trompeurs qui génèrent une addiction. Le problème est que malgré leur nocivité, notre raison ne suffit pas à nous en détacher.

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À retenir

Un désir peut donc prendre une figure séduisante alors qu’il est profondément mauvais pour nous.

Nous avons pris l’exemple de l’alcool et de la cigarette, mais on peut citer aussi certaines relations humaines. La raison doit identifier les objets qui peuvent vraiment provoquer chez nous une satisfaction réelle et sans danger. Cependant même si l’on se trompe sur sa nature, un désir est incontestablement un moteur puissant pour notre imagination et nos actions.

Le désir est manque

L’expérience du manque

Rappelons que l’expérience du désir est celle du manque. Cela peut être l’achat d’un jeu, l’obtention du permis de conduire, ou le désir de la présence d’une personne. Nous désirons ces choses dans la mesure où elles nous manquent. Cette conception est ancienne. Elle remonte à l’Antiquité et au mythe de l’Androgyne tel qu’on le trouve retranscrit dans Le Banquet de Platon.

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Réflexion

L’origine du désir selon Platon

Dans Le Banquet de Platon, six convives dont Socrate donnent leur conception du désir amoureux, après avoir bien festoyé. Aristophane, un poète un brin mélancolique, raconte alors le mythe de l’androgyne pour expliquer pourquoi l’homme désire.

« À l’origine, l’homme et la femme ne formaient qu’un seul être fusionné, l’androgyne. Mais un jour cet être hybride est coupé en deux à cause d’un châtiment divin. Depuis ce jour, chaque homme recherche sa moitié perdue. L’amour c’est la rencontre avec son alter ego — son autre moi. »

Platon, Le Banquet, 380 av. J.-C.

Le mythe de l’androgyne correspond à ce que nous appelons aujourd’hui la recherche de l’âme sœur. Tant qu’on ne la trouve pas, on est malheureux. C’est pourquoi le désir est ancré en nous et nous fait instinctivement chercher ce qui nous manque. Dans sa nature même, l’Homme est un être de manque. Exister, c’est cette quête incessante de ce qui lui manque, pour faire taire sa souffrance.

Une conception pessimiste du désir

À l’origine, le mot « désir » signifie « nostalgie de l’astre perdu, de l’étoile ». L’étymologie confirme donc que le désir à un rapport avec le manque. Le désir fait de nous des êtres souffrants, incapables de profiter du bonheur lorsqu’il est là. Au XIXe siècle, dans son ouvrage Le Monde comme volonté et comme représentation, Schopenhauer écrit :

« Nous sentons la douleur, mais non l’absence de douleur, le souci mais non l’absence de souci, la crainte, mais non la sécurité. Nous ressentons le désir, comme nous ressentons la faim ou la soif, mais le désir est-il rempli, aussitôt il en advient de lui comme de ces morceaux goûtés par nous et qui cessent d’exister pour notre sensibilité, dès le moment où nous les avalons. […] Aussi apprécions-nous les trois plus grands biens de la vie, la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus, car ils sont aussi négatifs. Que notre vie était heureuse, c’est ce dont nous nous apercevons qu’au moment où ces jours heureux ont fait place à des jours malheureux… »

Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818

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Réflexion

Le désir selon Schopenhauer

Pour Schopenhauer, la vie est une oscillation permanente entre la souffrance de ce qui nous manque, et la nostalgie de ce que nous avons perdu. En effet, les moments heureux ne nous apparaissent comme tels que lorsqu’ils ont disparu. Nous désirons deux choses : celles que nous n’avons pas, et celles que nous avons perdues.

  • Schopenhauer insiste sur l’aspect négatif du désir.

Il est vrai que le désir est une souffrance lorsqu’il n’est pas satisfait. Néanmoins, tout le monde a fait l’expérience du désir. C’est un sentiment ressenti comme positif, surtout lorsqu’il s’agit d’amour. Si le désir est source de souffrance comme le prétend Schopenhauer, pourquoi sommes-nous heureux lorsque nous l’éprouvons ?

Le mythe de la naissance d’Éros

Toujours dans Le Banquet, Platon fait parler Socrate qui donne une vision très intéressante du désir en évoquant le mythe d’Éros.

Le pouvoir du désir selon Platon

Le désir, Éros en grec, est un demi-dieu né de l’union entre Pénia, une mendiante mortelle et un dieu, Poros. Éros possède les caractères de ses deux parents : sa mère étant une mendiante, il est « dans le besoin » mais en même temps, son père étant un dieu, il est plein de ressources pour combler ses manques et sortir du besoin. Littéralement, le désir est donc caractérisé par un sentiment de manque cruel et des capacités augmentées, qu’elles soient physiques ou intellectuelles.

En effet, avoir envie de quelque chose fait souffrir. Mais une envie sincère nous fera tout mettre en œuvre pour la satisfaire, y compris des choses qui nous seraient impossibles en temps ordinaire.

  • Le désir est ce qui active tout notre être pour sortir du manque.

Le désir est donc ambivalent dans sa nature même. Il est une souffrance liée au manque, en même temps qu’un élan positif vers ce qui nous manque. Par exemple, un homme amoureux est « transporté ». Il cherche à dépasser sa condition pour atteindre l’être convoité. L’amour donne des ailes, dit-on. En reformulant avec des termes platoniciens, nous pourrions dire que le désir amoureux mobilise l’âme, l’anime, et permet à l’amoureux de se détourner de lui-même pour s’orienter vers le bien ou le bon, des valeurs idéales incarnées par la personne aimée.

On dit aussi que « l’amour rend aveugle ». Platon considère plutôt que « l’amour rend voyant ». Sans désir, nous ne verrions pas ces valeurs spirituelles qui fondent l’humanité, et ne pourrions jamais y accéder. Un homme qui n’a aucune culture dans le domaine de la peinture ne désirera pas voir une exposition de Rembrandt. En revanche, s’il tombe amoureux d’un professeur d’art, le désir lui permettra peut-être de s’intéresser à l’art. Le désir est le moteur qui nous permet de transcender notre condition, c’est-à-dire d’en sortir et de s’élever vers une autre condition, plus riche et plus intense.

Le désir possède donc un double visage, il est ambivalent. Tantôt souffrance, tantôt richesse, il révèle notre potentiel et permet le dépassement de soi.

Conclusion :

Le désir est une marque spécifique de l’espèce humaine. L’Homme désire, alors que l’animal n’a que des besoins. Par ses désirs, l’Homme peut s’élever au-delà de l’aspect vital du besoin. Le désir est ambivalent car il est fait de souffrance et de manque, mais aussi de vitalité et de joie. C’est sans doute pour cela que les philosophes ont des opinions très divergentes concernant le désir. Tantôt ils en font l’éloge, tantôt ils le condamnent.