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Les caractéristiques du capitalisme des années 1920

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Introduction :

Depuis la fin du XVIIIe siècle, l’Europe occidentale connait un développement économique sans précédent du fait de la révolution industrielle. Celle-ci, partie de l’Angleterre, s’est progressivement étendue à l’ensemble du continent européen, à l’Amérique du Nord et au Japon. Au cœur de cette diffusion rapide de la fièvre industrielle, le capitalisme. Ce terme renvoie à un système économique qui se base sur l’accumulation d’argent (le capital) et sur la possibilité pour son propriétaire d’en disposer à sa guise, suscitant l’appât du gain. Dans les années 1920, le capitalisme connait un âge d’or qui accompagne la reprise économique et le souffle nouveau provoqué par l’après-guerre.

Comment les héritages du XIXe siècle façonnent-ils les économies et la société ? Nous verrons dans ce cours comment le capitalisme occupe une place centrale dans la création de la société industrielle depuis le XIXe siècle et comment cette dernière façonne une société foncièrement inégalitaire.

Le capitalisme, au cœur de l’industrialisation de l’Occident

Si l’Occident parvient dans les années 1920 à imposer sa cadence au monde, c’est du fait notamment du développement industriel encouragé depuis près d’un siècle par le capitalisme.
Depuis la fin du XIXe siècle, le monde est plongé dans la seconde révolution industrielle, qui favorise la constitution de grands empires capitalistes et innove dans la production industrielle.

Le triomphe du capitalisme

Le capitalisme est ancien. Il naît au Moyen Âge dans les républiques marchandes italiennes et sert à mettre en place des entreprises commerciales financées par plusieurs acteurs, appelés capitalistes. Ces derniers sont des personnes qui possèdent un capital, c’est-à-dire de l’argent.

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Définition

Capitalisme :

Le capitalisme est un système qui se base sur la liberté pour le capitaliste d’utiliser son argent afin de financer une entreprise ou un projet, ou au contraire de pouvoir l’accumuler à sa guise.

Deux notions sont donc importantes pour la mise en place du capitalisme : la liberté et la propriété privée. Depuis la fin du XVIIIe siècle, le capitalisme trouve dans le libéralisme un terreau favorable à son essor.

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Définition

Libéralisme :

Le libéralisme est une philosophie fondée par Adam Smith qui favorise la mise en place d’une société fondée sur les libertés individuelles et donc sur la liberté d’entreprise.

Cette convergence entre le capitalisme et le libéralisme permet au XIXe siècle la constitution des sociétés par action. Ces entreprises sont constituées par la mise en commun de capitaux de différents investisseurs. Les actionnaires, c’est-à-dire ceux qui ont placé leur argent dans une société sous forme d’actions qu’ils ont acheté, sont libres de vendre ou de conserver leurs actions, qui leur rapportent alors des dividendes. Les sociétés par actions sont gérées par des conseils d’administrations, qui gèrent les politiques économiques des sociétés et la répartition des revenus, entre dividendes, investissements et salaires des ouvriers.
Les capitalistes achètent, vendent et s’échangent des actions dans des lieux dédiés, appelés les bourses. Progressivement, avec les progrès des télécommunications (télégraphie, téléphonie, etc.), les bourses deviennent des lieux majeurs de l’économie des pays industriels.
Avec la diffusion de la révolution industrielle et la compréhension que le progrès technique favorise l’accumulation de richesses, les capitalistes vont s’intéresser de près aux progrès technologiques et investissent dans l’industrie, accélérant sans cesse la marche vers la modernité.

Edgar Degas, À la bourse, 1878-1879, huile sur toile, Musée d’Orsay - Histoire - Terminale - SchoolMouv Edgar Degas, À la bourse, 1878-1879, huile sur toile, Musée d’Orsay

Un siècle d’industrialisation

Le XIXe siècle propulse l’Europe dans l’industrialisation massive. Le capitalisme stimule les innovations techniques et permet à l’industrie de croitre en volume de production, mais également d’élargir les secteurs touchés par l’industrialisation. Si les secteurs textiles, miniers, sidérurgiques et ferroviaires constituent l’essentiel des secteurs modernisés au cours de la première partie du XIXe siècle, une seconde révolution industrielle, en œuvre à partir des années 1870 permet aux sociétés de décupler leurs capacités productives. Les progrès combinés dans la chimie et la physique donnent naissance à une société du mouvement. Avec le développement des modes de transports collectifs (métro, bus) et individuels (vélos, moto, voitures), l’industrie rythme dès lors le quotidien des hommes et des femmes.

Cette deuxième révolution industrielle est aussi l’objet d’une nouvelle étape dans le capitalisme : les banques mixtes se développent et deviennent des acteurs à part dans la vie économique, puisqu’elles aident à financer les entreprises via leur capital.

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Définition

Banque mixte :

Une banque qui revêt à la fois une fonction de dépôt et de prêt.

Petit à petit, les sociétés les plus innovantes grandissent et absorbent leurs concurrentes, pour devenir de grands consortiums (entreprises gigantesques qui produisent dans de nombreux secteurs). Pour éviter que la concurrence ne nuise trop à leurs activités, les entreprises tentent de s’entendre avec leurs rivales pour la répartition des marchés ou le prix de leurs produits : c’est ce qu’on appelle un trust. Elles élaborent aussi des stratégies communes de pression auprès des acteurs politiques pour favoriser leurs intérêts personnels, c’est ce qu’on appelle le lobby.

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Exemple

Au début du XXe siècle, certaines sociétés ont conquis des positions de monopoles, comme par exemple John Rockefeller, un américain qui contrôle le marché du pétrole dans le monde grâce à sa société Standard Oil.

Caricature de la Standard Oil - Histoire - terminale - SchoolMouv Caricature qui représente le rôle démesuré de Standard Oil, la société de John Rockefeller sur la société américaine. Udo Keppler pour Puck, 1904

La production à la chaine et la standardisation industrielle

Une autre innovation majeure bouleverse le secteur productif au cours de la seconde révolution industrielle, dans les années 1870 : l’apparition de l’organisation scientifique du travail. Cette dernière consiste à diviser rigoureusement les étapes de travail et à spécialiser les travailleurs afin d’effectuer des gains de productivité, c’est-à-dire pour produire plus en moins de temps. La première organisation du travail est imaginée par l’ingénieur américain Frederick Taylor et prend son nom. Le taylorisme se base sur la séparation des employés entre cols bleus et cols blancs : les premiers sont les ouvriers dans l’atelier, qui ont une fonction exclusivement productive. Les cols blancs sont les têtes pensantes, ceux qui sont chargés de concevoir les produits et les améliorations. Les pièces et les outils sont aussi standardisés pour gagner en efficacité et éviter les pertes de temps. Taylor imagine aussi le découpage du processus productif en plusieurs étapes, ce qui conduit progressivement à une spécialisation des métiers : un ouvrier est spécialisé dans un nombre de tâches limitées et répétitives.

Le taylorisme inspire le constructeur automobile américain Henry Ford qui décide d’en améliorer le principe. Ford imagine construire ses ateliers autours de tapis roulants, qui font parvenir en permanence des pièces aux ouvriers spécialisés, qui restent sur place à répéter la même tâche toute la journée : c’est le travail à la chaîne. Cependant, la répétition des gestes et l’ennui poussent les ouvriers à démissionner rapidement, obligeant Ford à recruter sans cesse des ouvriers selon pour répondre au turn-over permanent. Pour convaincre les ouvriers de rester travailler pour lui, Henry Ford conçoit le principe de l’intéressement au travail : en offrant des salaires bien plus élevés que les autres industries et des prix préférentiels pour l’achat de ses voitures, il convainc les ouvriers de rester fidèles à Ford.

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À retenir

De plus, leurs salaires étant plus élevés, ceux-ci peuvent acheter les voitures Ford, et faire ainsi fonctionner le carnet de commande de l’industriel. Le fordisme va se développer dans toutes les usines dans les années 1920 et être un fondement du travail industriel pour 50 ans.

Un tapis roulant d’une usine Ford - Histoire - terminale - SchoolMouv Un tapis roulant d’une usine Ford

La société industrielle et les inégalités sociales

L’industrialisation modifie complètement les rapports entre les différentes catégories sociales. Avec le développement de l’industrialisation de masse et l’augmentation des salaires, la société de consommation de masse se met en place. Le corps social se structure et se politise progressivement.

La société de masse

Dans les premières décades du XXe siècle, les conditions de travail des ouvriers s’améliorent grâce à la réglementation du travail et à l’augmentation des salaires, obtenues par des grèves et des mouvements syndicaux. Ils permettent de répartir de manière plus égale les profits de la société industrielle pour les salariés.
Avec l’augmentation du pouvoir d’achat et la baisse progressive des prix des biens produits par l’économie industrielle, de plus en plus de personnes ont accès aux biens de consommation. On assiste progressivement à la mise en place de la société de consommation. Parallèlement, le secteur de la publicité se développe afin de mettre en avant les produits pour attirer les consommateurs.

Un nouveau secteur se développe pour répondre à l’augmentation de la demande : la grande distribution. Celle-ci s’adapte aux besoins de la clientèle et offre des gammes de produits toujours plus étendues. La vente par correspondance s’organise aussi, avec l’apparition de magazines qui servent de relais entre l’industrie productrice et le client. La mobilité individuelle s’étend de plus en plus, avec le vélo et l’automobile, qui connait un vrai décollage dans les années 1920, grâce aux apports du fordisme.

Paul de Vivie - Vélocio - Histoire - terminale - SchoolMouv Photographie de Paul de Vivie, qui fonde la marque Vélocio qui produit des millions de vélos au début du XXe siècle ©Patatruc – CC BY-SA 4.0

La structuration du corps social

Au XIXe siècle, la société industrielle a progressivement favorisé l’émergence de deux pôles opposés, la bourgeoisie et le prolétariat. La bourgeoisie, qui constitue l’élite de la société, reprend les codes sociaux de l’aristocratie de l’ancien régime et peut se dédier aux loisirs. Profitant des possibilités offertes par les revenus du capital, la bourgeoisie évite soigneusement de se mêler aux prolétaires. Ces derniers constituent l’essentiel de la population des sociétés industrielles : paysans, mineurs ou ouvriers, ils ne peuvent compter que sur leur force de travail pour gagner des revenus. Bien qu’hétérogène, le prolétariat se forme progressivement une culture de classe à la fin du XIXe siècle. Celle-ci se distingue nettement des valeurs prônées par la bourgeoisie, qui ne vit que d’activités mondaines et pratique des sports individuels très codifiés, et donc réservés à une élite. Les prolétaires de leur côté valorisent les sports collectifs et les valeurs de solidarité.

Avec l’augmentation du pouvoir d’achat au début du XXe siècle, une classe moyenne apparaît. Elle progresse et devient le cœur de la société de masse. Cette classe moyenne est constituée de salariés peu qualifiés, rêvant d’une promotion sociale et accédant aux biens de consommation de base. L’opinion publique se développe avec la massification de la presse et la démocratisation des sociétés.

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À retenir

Si les écarts semblent se réduire, la société industrielle reste fondamentalement inégalitaire, entre l’élite capitaliste dont le revenu est assuré par les cours de la bourse, et les salariés et prolétaires, dont le niveau de vie ne dépend que de leur capacité de travail.

Le match Sunderland contre Astonvilla, peinture de Thomas M.M. Hemy, 1895 - Histoire - SchoolMouv - Terminale Le sport collectif devient l’apanage des classes populaires : Le match Sunderland contre Astonvilla, peinture de Thomas M.M. Hemy, 1895

La politisation de la sphère économique

Au XIXe siècle, des courants idéologiques naissent en réponse au développement de cette société industrielle inégalitaire : l’anarchisme, le socialisme et le communisme. Les penseurs de ces mouvements contestataires, comme le communiste Karl Marx et l’anarchiste Michail Bakounine critiquent le fonctionnement du capitalisme et le désignent comme la cause des inégalités dans le monde. Ils élaborent des théories pour proposer des alternatives à ce système. Pour eux, cela passe avant tout par la structuration de la classe ouvrière, aussi appelée prolétariat. Face à un capitalisme international, qui étend ses intérêts dans tous les territoires du globe, Marx prône l’internationalisation de la lutte, créant dès 1864 l’Internationale ouvrière. Pour lui, les ouvriers du monde entier doivent éviter les confrontations entre nations pour privilégier la solidarité et la lutte des classes contre la bourgeoisie.

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Définition

Anarchisme :

Idéologie qui prône l’abolition de l’État et des formes de pouvoir.

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Définition

Socialisme :

Idéologie qui prône la mise en place de mesures sociales afin de réduire les inégalités sociales de la société.

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Définition

Communisme :

Idéologie qui prône la fin du capitalisme et la mise en commun des outils de production.

Giuseppe Pelizza da Volpedo, Le quatrième État, 1901 - Histoire - terminale - SchoolMouv Giuseppe Pelizza da Volpedo, Le quatrième État, 1901, peinture à l’huile, Museo del Novecento

Cependant, le mouvement internationaliste se heurte au début du XXe siècle à la Première Guerre mondiale et à l’exaltation des nationalismes. En 1917, en plein milieu de la guerre, les bolchéviques, des communistes russes, conduits par Lénine, prennent le pouvoir en Russie. Ceux-ci abolissent les principes de la société capitaliste : la propriété privée et la libre entreprise. Mettant en commun les outils productifs, les bolchéviques établissent au début des années 1920 une alternative au capitalisme avec l’URSS. Bien que ce modèle soit marginal à l’époque, il répond à une vraie critique du capitalisme et suscite un espoir pour de nombreux prolétaires, notamment avec l’éclatement d’une révolution en Allemagne en 1918-1919.

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Définition

Bolchéviques :

Communistes russes dirigés par Lénine.

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Définition

URSS :

Union des républiques socialistes soviétiques, nouvel État communiste fondé par les bolchéviques à la place de l’Empire russe, aboli en 1922.

Conclusion :

Le capitalisme a permis de constituer la société industrielle des pays d’Europe et d’Amérique du Nord au cours du XIXe siècle. Fondé sur la liberté de disposer de son argent, il favorise néanmoins les inégalités sociales entre les prolétaires, qui n’ont que leur force de travail pour vivre, et les bourgeois, qui basent une partie de leurs revenus sur le capital. Si le développement de la société de masse au début du XXe siècle permet de faire émerger une classe moyenne, il ne réduit pas la frustration des classes ouvrières envers les élites capitalistes, qui en viennent à se structurer politiquement afin de chercher un modèle alternatif au capitalisme.