Médaille
N°1 pour apprendre & réviser du collège au lycée.
Les caractéristiques du genre narratif : le roman et la nouvelle

Déjà plus de

1 million

d'inscrits !

Introduction :

Depuis la fin de l’Antiquité, la théorie littéraire distingue trois grands genres traditionnels : la poésie, le théâtre et le récit. C’est à ce dernier genre que le roman et la nouvelle appartiennent. Trois critères permettent de différencier le genre romanesque de la poésie et du théâtre. Le premier est la prose. À la différence du poème et de l’œuvre théâtrale, le roman et la nouvelle sont écrits en prose, et non en vers. De nombreuses pièces de théâtre étant cependant écrites en prose, ce critère de différenciation est insuffisant.

Le deuxième critère qui définit le genre romanesque est la présence d’un narrateur. Celui-ci fait du roman et de la nouvelle la représentation indirecte d’une action, alors qu’au théâtre, les protagonistes représentent directement le déroulement des événements, par leurs gestes et leurs discours.

La dimension fictionnelle des récits romanesques est le troisième critère de différenciation. Elle permet de distinguer le roman et la nouvelle d’autres types de textes en prose dans lesquels un narrateur rapporte aussi une suite d’événements, comme les chroniques, les biographies, les récits journalistiques ou les reportages. Ces types de textes exposent des événements et des situations réels, qui ont vraiment existé, alors que le roman et la nouvelle sont des fictions, c’est-à-dire des récits inventés.

Trois critères définissent donc le roman et la nouvelle : ce sont des récits en prose, empruntant la voix d’un narrateur qui rapporte des situations et des événements inventés, à travers des actions accomplies par des personnages imaginaires.

Dans ce cours, nous étudierons en première partie le récit et la notion de diégèse. En deuxième partie, nous verrons les éléments descriptifs présents dans les romans et les nouvelles. La troisième partie traitera du schéma narratif, et nous terminerons par l’examen de la figure du narrateur et des relations qu’il entretient avec les personnages du récit.

Le récit et la notion de diégèse

Au sens le plus général, le récit peut être défini comme la représentation d’une ou plusieurs actions par le langage. En tant que récits, le roman et la nouvelle exposent des transformations, qui permettent de passer d’une situation initiale à une situation finale. Ce passage de l’incipit, c’est-à-dire le début du récit, jusqu’à la fin du récit constitue l’intrigue du roman ou de la nouvelle. Cette intrigue est divisée en épisodes, plus ou moins nombreux et qui s’enchaînent plus ou moins rapidement, définissant le rythme du récit.

L’enchaînement des épisodes comprend des péripéties. On parle de péripétie lorsqu’un épisode vient contredire le précédent. Par exemple, un mariage se prépare, mais un inconnu apparaît, livre une information compromettante concernant le futur époux, et le mariage est annulé. Les péripéties aboutissent au dénouement de l’intrigue, c’est-à-dire à la fin du récit.

Avec ces caractéristiques, le mot récit est synonyme de diégèse. La diégèse concerne la dimension narrative du roman ou de la nouvelle. Elle désigne les transformations successives de la situation exposée.

  • En littérature, la diégèse est l’histoire racontée, la relation entre les événements et leur déroulement.

Dans un roman ou une nouvelle, l’intégralité du texte ne relève pas exclusivement de la diégèse. En effet, celle-ci ne concerne que la représentation indirecte de l’action, c’est-à-dire le récit tel qu’il est rapporté au lecteur par le narrateur. Or, très souvent, l’auteur incorpore dans son texte des éléments non diégétiques, autrement dit des parties de l’histoire qui rompent avec la diégèse au profit de représentations directes, sans l’intermédiaire du narrateur. Les éléments non diégétiques sont :

  • les discours des personnages ;
  • les dialogues ;
  • les descriptions qui interrompent l’intrigue.

Les éléments descriptifs

La description est un élément très important du roman et de la nouvelle. Dans le genre romanesque, il est en effet rare de trouver du récit à l’état pur. Un récit s’enrichit presque toujours d’éléments qui ne racontent pas, mais qui apportent des informations au lecteur, notamment sur le cadre visuel de l’action et sur les personnages. La description se mêle donc à la narration. Dans les romans du XIXe siècle en particulier, une description peut s’étendre sur plusieurs pages. On en trouve un exemple dans Le Père Goriot, roman de Balzac publié en 1835. Il débute par la longue description de la pension Vauquer et le portrait de sa propriétaire.

  • Une description est donc la représentation littéraire de ce qui se situe dans l’espace.

Une description se reconnaît à la présence :

  • d’éléments visuels : couleurs, formes, volumes ;
  • de repères spatiaux comme « au loin », « devant », « à droite » ;
  • de qualificatifs et de verbes d’état comme « être », « sembler » ou « avoir l’air ».

Comme la description correspond généralement à une pause dans le récit et qu’elle interrompt la narration, elle est, la plupart du temps, dans un récit au passé simple, énoncée à l’imparfait.

  • C’est l’une des marques qui permet de reconnaître une pause descriptive.

Quelles sont les fonctions des descriptions d’une nouvelle ou d’un roman ? Longtemps, la description n’a été considérée que comme un élément esthétique, destiné à plaire à l’imagination du lecteur en lui représentant de beaux paysages, ou en brossant des portraits agréables. Mais à partir du XIXe siècle, le roman réaliste confie un rôle beaucoup plus important à la description. Depuis Balzac en effet, la description peut remplir deux fonctions distinctes :

  • une fonction représentative : la description sert à construire un monde, en donnant l’illusion du réel, ce qui est l’un des principaux objectifs du réalisme ;
  • et une fonction métaphorique ou symbolique : la description suggère l’état moral ou la condition sociale d’un personnage. La description de l’automne chez les romantiques, est, par exemple, une manière d’exprimer la mélancolie.

Le schéma narratif

En mêlant narrations et descriptions, les romans et les nouvelles représentent des suites d’actions, depuis une situation de départ jusqu’au dénouement final. Par conséquent, tout récit s’inscrit dans une succession temporelle. Or, cette temporalité se déploie selon un ordre, appelé schéma narratif.

bannière à retenir

À retenir

Le schéma narratif se décompose en cinq étapes : la situation initiale, l’élément perturbateur, les péripéties, l’élément de résolution, et la situation finale.

  • La situation initiale correspond au début du récit. Elle expose tous les éléments nécessaires à sa compréhension. Dans les récits au passé, la situation initiale est le plus souvent à l’imparfait. Ce temps permet de présenter une situation stable avant le début de l’action, comme dans l’incipit des contes.
bannière exemple

Exemple

Il était une fois un grand roi qui avait une fille plus belle que toutes les filles du royaume.

  • L’élément perturbateur est un événement qui vient rompre l’équilibre de la situation initiale. Dans les récits au passé, il est au passé simple. Ce temps permet de représenter un fait ponctuel et achevé, qui enclenche l’action et la fait progresser.
bannière exemple

Exemple

Quand il sentit la mort approcher, il appela sa fille auprès de lui.

  • Les péripéties désignent tous les événements qui se succèdent après l’élément perturbateur. Ce sont généralement des actions entreprises par les personnages pour atteindre un objectif.
bannière exemple

Exemple

La princesse s’entendit avec le marin pour qu’il la ramène chez elle.

  • L’élément de résolution, également appelé dénouement, met fin aux péripéties et instaure une nouvelle situation équilibrée.
bannière exemple

Exemple

Elle ouvrit le coffre et récupéra enfin son trésor avec une grande joie.

  • La situation finale est la conclusion du récit, son aboutissement.
bannière exemple

Exemple

Elle se maria avec son prince, ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

bannière attention

Attention

Pour simplifier la présentation, nous avons utilisé des exemples issus du genre du conte, qui obéit le plus souvent aux principes du schéma narratif, sans trop s’en écarter. Les schémas du roman et de la nouvelle sont rarement aussi rigides, et les structures narratives peuvent être extrêmement variées. Le schéma narratif doit donc être adapté aux particularités de l’œuvre que l’on analyse.

Le narrateur et ses relations avec les personnages

Tout récit met en scène des personnages. Parmi eux, il convient de distinguer celui qui, participant ou non à l’action, raconte les événements : le narrateur. Dans un roman ou une nouvelle, le narrateur ne doit pas être confondu avec l’auteur, c’est-à-dire avec l’écrivain, la personne réelle qui signe le livre.

  • L’un des traits du genre romanesque est de dissocier l’auteur et le narrateur.

Le narrateur peut prendre part à l’intrigue, en être complètement absent ou n’apparaître que par moments. Il peut être omniscient, ou bien ignorer tout ou partie des pensées des protagonistes et des événements. Le narrateur est donc tantôt extérieur à l’action, tantôt impliqué comme personnage à part entière, d’où la diversification des points de vue. Par exemple, dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, le narrateur, distinct de l’auteur, est totalement impliqué comme personnage principal de l’action. Les faits sont rapportés à la première personne du singulier, comme dans l’incipit du roman :

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

Les événements et les situations sont vus à travers le regard du narrateur, selon une focalisation interne.

Trois types de focalisation existent :

  • la focalisation interne caractérise une histoire racontée à travers ce que sait et voit un personnage, qui peut se confondre avec le narrateur, comme dans le grand roman de Proust. Dans la focalisation interne, le lecteur partage le point de vue d’un personnage, et s’identifie à lui ;
  • dans la focalisation externe, les événements sont narrés de façon neutre et objective par un témoin extérieur. L’information se limite aux apparences, à ce qui est donné à voir extérieurement. Le lecteur ne connaît donc ni les pensées, ni les sentiments des personnages ;
  • la focalisation zéro est, quant à elle, une vision omnisciente. Le narrateur voit et sait tout de l’intrigue qu’il raconte. Il peut ainsi fournir au lecteur des renseignements et des explications qu’un simple témoin ne pourrait pas donner. Le narrateur omniscient est également capable de « lire » ce qui se passe dans l’esprit des personnages. Il a accès à leurs pensées, à leurs sentiments et à leurs émotions.

Les différentes focalisations peuvent bien entendu s’entremêler ou se succéder dans une même œuvre. Tout dépend de l’originalité que l’auteur veut donner à son roman ou sa nouvelle.

Conclusion :

Ce cours a été axé sur les critères qui définissent le genre romanesque dans son ensemble, c’est-à-dire à la fois le roman et la nouvelle. Par conséquent, les différences entre ces deux types d’œuvre ont été volontairement négligées. Le roman et la nouvelle ne présentent pas de différence évidente. Aucun critère objectif ne permet donc de distinguer rigoureusement le roman et la nouvelle sur le plan qualitatif.

La seule vraie différence se situe peut-être au niveau quantitatif : la nouvelle est brève alors que le roman est long. Cette différence a bien sûr des conséquences sur le contenu des œuvres : dans une nouvelle de quinze pages, les personnages seront moins nombreux que dans À la recherche du temps perdu, qui se déploie en sept tomes. Par ailleurs, l’intrigue de la nouvelle sera beaucoup plus resserrée et davantage concentrée sur le dénouement.

Cependant, des œuvres appelées « roman » ne dépassent pas les cent pages, et certaines « nouvelles », comme celles de Mérimée au XIXe siècle, peuvent atteindre la dimension d’un petit roman. C’est notamment le cas de Colomba ou de Carmen, qui a inspiré le très célèbre opéra. En définitive, qu’une œuvre soit qualifiée de roman ou de nouvelle dépend parfois d’une simple décision arbitraire de l’auteur, voire de l’éditeur. Dans l’analyse de l’œuvre en question, l’essentiel est de maîtriser les notions développées dans ce cours.