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L'abolition de l'esclavage

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Introduction :

L’esclavage est considéré aujourd’hui comme un crime contre l’humanité. Mais cette perception est relativement récente. En effet, depuis l’Antiquité et la mise en place des civilisations, l’esclavage était une pratique courante et légitimée par le fait que l’on définissait les esclaves comme des « objets animés ». Cela veut dire qu’on ne considérait pas les esclaves comme des personnes, mais bien comme des animaux.

Au XVIe siècle, lorsque les Européens ont eu besoin de bras pour cultiver les terres américaines, c’est dans cette même logique qu’ils vont brutalement déporter des millions d’Africains vers le continent américain. C’est ce que l’on appelle la traite des Noirs. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’esclavage en général et la traite des Noirs en particulier ont été abolis. L’objectif de ce cours est d’étudier les différents processus qui ont amené les sociétés du XIXe siècle à changer de position par rapport à cette pratique ancestrale.

Pour cela, nous rappellerons tout d’abord ce que l’on entend par traite des Noirs. Nous présenterons ensuite les raisons de son abolition et nous terminerons notre chapitre par les conséquences de cette abolition.

La traite des Noirs

Principes

La traite des Noirs, qui consiste à déporter des Africains pour les amener sur le continent américain est une pratique qui a été instaurée au XVIe siècle. Face au « choc microbien », qui a littéralement décimé les populations amérindiennes, les Européens ont décidé de les remplacer par des Africains. Cette traite est intégrée au sein d’un commerce triangulaire.

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À retenir

Le commerce triangulaire consistait à échanger des marchandises européennes contre des esclaves, puis des esclaves contre des produits issus des plantations américaines.

Le commerce triangulaire Le commerce triangulaire

Dans cette logique économique, le maintien de l’esclavage est vital pour l’Europe et surtout pour la France. Les plantations françaises, situées sur plusieurs îles de l’Atlantique et de l’océan Indien, sont des atouts commerciaux de première importance pour que la France maintienne son rang de puissance économique mondiale.

  • L’esclavage était d’ailleurs assez bien perçu par la population en général, qui ne souciait guère du sort des Africains.

Premières voix discordantes

Il existe une contradiction absolument flagrante entre les idées des Lumières, fondées sur une logique de liberté individuelle, et le fonctionnement esclavagiste des empires coloniaux à la même époque.

En réalité, un certain nombre d’intellectuels et d’hommes d’Église ont élevé la voix contre l’esclavage, mais sans rencontrer de succès.

  • Montesquieu par exemple a dénoncé au XVIIIe siècle la faiblesse des arguments des esclavagistes, avec une ironie bien particulière dans le texte intitulé « De l’esclavage des nègres ».
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À retenir

La logique économique était bien plus puissante que les idéaux philosophiques.

Certains philosophes, comme par exemple de La Rochefoucauld, affirment que « l’esclavage doit être maintenu, sinon il en résultera la ruine de notre commerce ».

Remise en cause de l’esclavage durant la Révolution française

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, votée en août 1789, reflète la philosophie des Lumières. Elle proclame que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

  • Cette affirmation contredit essentiellement l’esclavage. Les esclaves de l’île de Saint-Domingue ont d’ailleurs parfaitement saisi ce paradoxe. Ils sont les premiers à se rebeller en 1791.

La Révolution vote même l’abolition de l’esclavage en 1794. Mais la logique commerciale l’emporte rapidement sur la logique éthique. Une grande partie des révolutionnaires est, en effet, en faveur de l’esclavage. Ils s’appuient sur deux arguments pour maintenir cette pratique :

  • tout d’abord, l’abolition de l’esclavage aurait des effets désastreux sur l’économie française, qui ne pourrait plus être compétitive face à l’Angleterre ;
  • ensuite, ils estiment également que les esclaves ne sont pas prêts à être libres. Autrement dit, étant donné que les esclaves sont définis comme des êtres inférieurs, les hommes politiques français affirment qu’il faudrait les éduquer tout d’abord, afin qu’ils sachent gérer leur liberté.
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À retenir

En 1802, Napoléon Ier rétablit d’ailleurs l’esclavage dans les colonies. L’île de Saint-Domingue se révolte alors encore une fois et obtient finalement son indépendance.

Abolition de l’esclavage

Le rôle de la Grande-Bretagne

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À retenir

C’est la Grande-Bretagne qui abolit la traite en 1807, sous la pression des milieux philosophiques et philanthropiques (un philanthrope est une personne sensible au sort des autres êtres humains).

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Attention

Il s’agit ici d’abolition de la traite et non pas d’abolition de l’esclavage. Ce n’est pas la même chose de s’opposer à l’esclavage en général et de s’opposer au marché triangulaire en particulier.

Par exemple, certains députés révolutionnaires favorables à l’esclavage pour des raisons économiques s’opposaient à la traite. Ces révolutionnaires proposaient donc d’arrêter le commerce triangulaire et d’assurer la reproduction des esclaves sur place, sans recourir à un marché international.

C’est donc bien la traite et non l’esclavage qui est aboli en Grande-Bretagne en 1807. Lors du congrès de Vienne, qui redécoupe l’Europe en 1815, la Grande-Bretagne fait pression sur les autres pays européens pour qu’ils fassent de même. À partir de ce moment-là, le mouvement d’abolition de la traite et de l’esclavage prend une ampleur sans précédent.

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À retenir

La France abolit définitivement la traite en 1831, et prévoit de vingt à trente ans de travaux forcés pour ceux qui ne respecteront pas cette interdiction.

L’abolition de l’esclavage en France

Suite à la fin de la traite en Europe dans la première moitié du XIXe siècle, de nombreux députés français s’attachent désormais à faire abolir l’esclavage en général.

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À retenir

La Grande-Bretagne est le premier pays à voter définitivement la fin de l’esclavage dès 1833. En France, l’esclavage est aboli le 27 avril 1848, sous le gouvernement provisoire de la Seconde République.

C’est d’ailleurs l’une des mesures emblématiques de cette république. Le décret affirme que l’esclavage est un « attentat contre la dignité humaine » et « une violation flagrante du dogme républicain : liberté, égalité, fraternité ».

Conséquences de l’abolition de l’esclavage

Que deviennent les anciens esclaves ?

  • Quel statut civique ont-ils ?
  • Quels emplois occupent-ils ?

Le décret de 1848 prévoit l’octroi du statut de citoyenneté : on appelle alors les anciens esclaves les « nouveaux citoyens » ou les « nouveaux libres ». Le décret prévoyait que les anciens esclaves deviennent des travailleurs agricoles libres, tandis que des ateliers nationaux seraient mis en place pour les chômeurs.

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Définition

Ateliers nationaux :

Les ateliers nationaux sont des organisations publiques destinées à trouver du travail aux chômeurs.

  • Mais dans la pratique, le décret d’abolition de l’esclavage n’a pas été correctement appliqué.

Il faut souligner que les planteurs, c’est-à-dire les propriétaires de plantations, avaient reçus de larges compensations financières pour pallier la fin de l’esclavage. Mais les anciens esclaves, quant à eux, n’ont obtenu aucune compensation financière, ni aucune garantie de travail une fois libres.

  • De nombreux esclaves vont donc rapidement plonger dans un état de misère et d’exclusion.

Les planteurs, eux, s’en sont plutôt bien sortis puisqu’ils ont fait venir de Chine des « travailleurs sous contrat », qui ressemblaient fort à de nouveaux esclaves.

Les esclaves et le statut d’indigène

Il faut souligner une autre dimension problématique, dans le cas français : la France abolit l’esclavage, mais elle n’abolit pas pour autant le statut d’indigène.

Dans les colonies françaises, les autochtones vivaient en effet sous le statut de l’indigénat, proclamé à partir de la conquête de l’Algérie en 1834. L’indigène était un autochtone qui ne possédait pas le statut de citoyen et qui devait payer une série de taxes. Au niveau judiciaire, les indigènes ne vivaient pas sous le droit français : ils étaient donc contraints à une multitude d’interdictions dégradantes.

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À retenir

Pour les esclaves libérés, la situation est confuse au niveau légal, mais en général, l’esclave ne devient pas citoyen français pour autant. On passe donc du statut de l’esclavage à celui de l’indigénat.

Conclusion :

Le cheminement qui a conduit les Européens à abolir l’esclavage a donc été long. Malgré l’appel d’un certains nombres d’intellectuels au XVIe siècle, et malgré la proclamation de l’égalité de tous les êtres humains lors de la Révolution française, les pratiques esclavagistes se poursuivent durant la première moitié du XIXe siècle, légitimée par des raisons économiques et commerciales.

Ce n’est qu’avec l’abolition de la traite par les Anglais que l’esclavage va être perçu comme un crime contre l’humanité. Le décret d’abolition de l’esclavage de 1848 en France ne signifie pas pour autant l’égalité civique : non seulement les anciens esclaves vivent une vie misérable pour la plupart, mais le statut d’indigénat ainsi que le maintien des empires coloniaux montrent que les inégalités civiques demeurent.