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L’autoportrait

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Introduction :

L’autoportrait consiste à réaliser son propre portrait. Principalement apparu à la Renaissance, on le retrouve dans la peinture, la sculpture, la photographie, la littérature ou même le cinéma.

Nous nous demanderons ici ce qu’apporte l’autoportrait à l’Homme et à la société. Pour répondre à ces interrogations nous analyserons dans un premier temps l’autoportrait en tant que recherche de la vérité personnelle. Puis, nous verrons que l’autoportrait peut être un prétexte pour faire passer des idées, des convictions. Enfin nous verrons que l’autoportrait est une image que l’on projette au monde.

L’autoportrait comme recherche de la vérité

L’autoportrait témoigne du désir de l’auteur de se représenter. Il projette donc une image de lui-même. Mais dans quel but ?

Étudions l’autoportrait de Michel Leiris dans son roman L’Âge d’homme, paru en 1939. En voici un extrait.

« Ma tête est plutôt grosse pour mon corps ; j’ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant ; j’ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté ; ma poitrine n’est pas très large et je n’ai guère de muscles. J’aime à me vêtir avec le maximum d’élégance ; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d’ordinaire profondément inélégant ; j’ai horreur de me voir à l’improviste dans une glace car, faute de m’y être préparé, je me trouve à chaque fois d’une laideur humiliante. »

Michel Leiris en 1950 © Charles Mallison Michel Leiris en 1950 © Charles Mallison

L’auteur utilise à plusieurs reprises le pronom personnel « je » : « j’ai les jambes », « Je marche », « je me trouve »… C’est une des marques de l’autobiographie.

On peut remarquer dans cet autoportrait une quête de la vérité. En effet, l’auteur cherche à se dépeindre de façon exacte, au plus près du réel.

Il commence par décrire son physique. Il semble tout d’abord évoquer ses proportions de façon objective avec les adjectifs « grosse », « courtes » et « étroites ».

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Définition

Objectivité :

L’objectivité désigne ce qui est conforme à la réalité, ce qui est exact.

L’auteur décrit ensuite son allure générale : « incliné en avant », « le dos voûté », « profondément inélégant ».

Le portrait n’est pas flatteur : l’auteur se juge sévèrement et semble mettre en avant tous ses défauts. Il s’agit en réalité d’un jugement subjectif, comme on peut le voir grâce à l’utilisation des verbes « J’aime », « je me juge », « j’ai horreur » et « je me trouve ».

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Définition

Subjectivité :

La subjectivité est le contraire de l’objectivité, elle consiste à livrer son avis personnel sur quelque chose.

Il s’agit donc bien d’une vérité personnelle : l’auteur tente de se décrire sincèrement, mais il lui est impossible d’être réellement objectif. Cela permet de donner un aspect plus intime à cet autoportrait et donne des indications sur la psychologie de l’auteur.

L’autoportrait est ici en grande partie péjoratif.

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Définition

Péjoratif :

Ce qui est péjoratif est ce qui amène un jugement négatif.

Le lecteur comprend que l’auteur ne s’aime pas et ne se juge pas positivement. Cela peut créer un sentiment de gêne, mais surtout de la pitié.

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À retenir

L’autoportrait dévoile des choses qui sont de l’ordre de l’intime, les met en lumière.

Se dévoiler comme cela demande un certain courage de la part de l’auteur.

  • Mais dans quel but se dévoiler ainsi au risque de se ridiculiser ?

L’autoportrait, porteur de message

L’autoportrait peut véhiculer un message. Le but de l’auteur est alors d’affirmer ses convictions à travers la narration et la description de sa propre image.

Aurore Dupin, auteure du dix neuvième siècle, prend pour pseudonyme un nom masculin afin de revendiquer les mêmes droits que les hommes. Elle signe ses livres du nom de George Sand.

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Définition

Pseudonyme :

Nom d’emprunt qu'une personne choisit pour exercer une activité sous un autre nom que le sien.

George Sand photographiée par Nadar en 1864 George Sand photographiée par Nadar en 1864

Elle publie ses mémoires en 1855 sous le titre Histoire de ma vie. Son récit étant quelque peu romancée, on parlera de roman autobiographique. Cependant, l’auteure exprime tout de même ses sentiments et ses réflexions. Elle condamne notamment le type d’éducation imposé aux filles.

Dans l’extrait suivant, George Sand fait son autoportrait et y glisse subtilement ses réflexions sur la condition féminine.

« J'étais fortement constituée, et, durant toute mon enfance, j'annonçais devoir être fort belle, promesse que je n'ai point tenue. […]
Se priver de travail pour avoir l'œil frais, ne pas courir au soleil quand ce bon soleil de Dieu vous attire irrésistiblement, ne point marcher dans de bons gros sabots de peur de se déformer le cou−de−pied, porter des gants, c'est−à−dire renoncer à l'adresse et à la force de ses mains, se condamner à une éternelle gaucherie, à une éternelle débilité, ne jamais se fatiguer quand tout nous commande de ne point nous épargner, vivre enfin sous une cloche pour n'être ni hâlée, ni gercée, ni flétrie avant l'âge, voilà ce qu'il me fut toujours impossible d'observer. »

Il s’agit bien ici d’un autoportrait puisque la narratrice emploie le pronom personnel « je » et fait les accords au féminin lorsque c’est nécessaire, par exemple avec les adjectifs « constituée » ou « belle ».

L’autoportrait de George Sand révèle sa personnalité. Ainsi, on peut remarquer son humour avec la phrase : « j’annonçais devoir être fort belle, promesse que je n’ai point tenue. »

L’auteure dénonce le fait que l’éducation des filles se résume à une succession de sacrifices et d’interdits : « se priver de travail », « ne pas courir », « ne point marcher », « renoncer à l'adresse », « se condamner », « ne jamais se fatiguer ». Enfin, l’énumération « ni hâlée, ni gercée, ni flétrie » achève de peindre le portrait de la femme modèle du XIXe siècle.

Au-delà d'un autoportrait, le lecteur peut se rendre compte de la lucidité de l’auteure sur son époque. Elle fait ici une véritable analyse de la condition féminine. George Sand rejette les contraintes et les dénonce. Elle refuse de suivre le modèle des filles bourgeoises du XIXe siècle qui recevaient une éducation limitée, restreinte, ne les préparant qu’à être de bonnes épouses.

De plus, on peut constater que les femmes sont considérées comme des objets : la métaphore « l'œil frais » évoque en effet le poisson sur les étals du poissonnier. Les filles doivent être gardées sous « cloche » pour conserver leur fraîcheur, comme si elles étaient une denrée périssable.

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Définition

Périssable :

Ce qui est périssable est ce qui est susceptible de s’abîmer, de pourrir.

L'autoportrait n’est pas ici un moyen pour l’auteure de se mettre en avant et de faire sa propre apologie mais plutôt un prétexte pour critiquer l’éducation des filles au XIXe siècle.

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Définition

Apologie :

Une apologie est un éloge. Elle est destinée à vanter les mérites de quelqu’un ou quelque chose.

Cet extrait dévoile le style de l’auteure hors norme qu’est George Sand. On distingue à travers son autoportrait son engagement pour défendre la cause des femmes.

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À retenir

L’autoportrait peut donc être un moyen de faire passer un message et d’affirmer ses positions et ses convictions.

L’autoportrait comme affirmation de soi

L’autoportrait est une manière de de s’assumer en montrant au monde qui l’on est.

Élisabeth Vigée-Lebrun, femme peintre du XVIIIe siècle, a refusé de respecter les conventions de son époque. En effet, le métier de peintre était alors exclusivement réservé aux hommes, mais elle a pourtant réussi à s’imposer comme une des plus célèbres portraitistes de son temps.

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Astuce

Elle a notamment peint Marie-Antoinette.

Voici son autoportrait peint en 1782.

Autoportrait au chapeau de paille, Élisabeth Vigée-Lebrun, 1782 Autoportrait au chapeau de paille, Élisabeth Vigée-Lebrun, 1782

Élisabeth Vigée-Lebrun regarde le spectateur droit dans les yeux. Elle est vêtue d’une robe légère, sans corset, exprimant ainsi sa liberté vis-à-vis des normes de l’époque. Le chapeau de paille très fleuri évoque l’extérieur, la nature.

Elle se représente d’ailleurs dans un cadre naturel. En effet, on peut apercevoir le ciel en arrière-plan et la lumière naturelle baigne ses traits. Elle se montre ainsi dans son cadre de travail mais souligne également qu’en tant qu’artiste, elle est en communion avec la nature.

Elle semble en plein travail puisqu’elle tient à la main plusieurs pinceaux et une palette où des couleurs ont déjà été disposées. La présence de ces accessoires n’est pas anodine puisqu’elle affirme ainsi son activité créatrice, l’importance capitale de son métier.

  • Être peintre est ce qui la définit.

Élisabeth Vigée-Lebrun esquisse un sourire ironique : elle semble assumer pleinement sa féminité et son métier, au mépris des conventions.

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À retenir

Ainsi, l’autoportrait de l’artiste est une façon de se montrer au monde tel que l’on veut être vu.

Conclusion :

Si l’autoportrait peut être une recherche de la vérité personnelle, il est aussi un moyen d’exposer notre image au monde telle que nous souhaitons être vus. L’exercice peut constituer un piège car il est faussé par notre subjectivité : en effet, nous ne sommes peut-être pas les plus à même de nous décrire.

L’autoportrait peut toutefois être un exercice de style, prétexte à délivrer des messages bien plus grands qui dépassent alors la simple analyse de soi.