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La dystopie

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Introduction :

La dystopie, ou contre-utopie, est le contraire de l’utopie. Elles ont en commun la volonté de révéler les défauts de la société.

La dystopie présente une vision cauchemardesque du monde afin de montrer dans quel chaos nous pourrions être plongés.

Nous analyserons la dystopie à travers l’étude du roman 1984 de George Orwell, ainsi qu’une étude comparée du film Bienvenue à Gattaca et d’un extrait du roman d’anticipation Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

1984 de George Orwell

Le roman 1984 de George Orwell, paru en 1949, est une satire de la société contemporaine. L’auteur y expose sa vision d’une société futuriste qui pourrait devenir réalité. L’extrait suivant est l’incipit du roman.

 Couverture datant des années 60 de <em>1984</em> par George Orwell, 1949 Couverture datant des années 60 de 1984 par George Orwell, 1949

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Définition

Incipit :

L’incipit est le début d’un roman. Il permet de répondre à certaines questions que se pose le lecteur : qui sont les personnages principaux, quel est le sujet du roman, où se déroule l’action, à quelle époque et enfin quelle est la situation d’énonciation ?

« C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures. Winston Smith, le menton rentré dans le cou, s’efforçait d’éviter le vent mauvais. Il passa rapidement la porte vitrée du bloc des “Maisons de la Victoire”, pas assez rapidement cependant pour empêcher que s’engouffre en même temps que lui un tourbillon de poussière et de sable.

Le hall sentait le chou cuit et le vieux tapis. À l’une de ses extrémités, une affiche de couleur, trop vaste pour ce déploiement intérieur, était clouée au mur. Elle représentait simplement un énorme visage, large de plus d’un mètre : le visage d’un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’épaisse moustache noire, aux traits accentués et beaux. Winston se dirigea vers l’escalier. Il était inutile d’essayer de prendre l’ascenseur. Même aux meilleures époques, il fonctionnait rarement. Actuellement, d’ailleurs, le courant électrique était coupé dans la journée. C’était une des mesures d’économie prises en vue de la Semaine de la Haine. »

Le récit commence par la formule « C’était une journée d’avril », à la manière d’un conte. L’incipit ne donne pas d’informations sur le lieu du récit, mais on peut relever des indications sur le temps. L’histoire se déroule donc en « avril » à « treize heures ». Grâce au titre du roman on peut supposer que l’histoire se passe en 1984, donc dans un futur assez lointain pour un lecteur de 1949. L’auteur donne ainsi des indications de temps très précises. On trouve également des informations sur le temps qu’il fait : il fait froid et il y a beaucoup de vent. Le personnage principal est Winston Smith, on le suit dans la rue, puis lorsqu’il pénètre dans un immeuble.

  • La focalisation est interne puisque le lecteur a accès aux pensées de Winston.
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Définition

Focalisation :

La focalisation est le point de vue adopté pour raconter l’histoire. Elle peut être interne lorsque le lecteur a accès aux pensées d’un personnage, ou omnisciente lorsque le lecteur sait tout des personnages, et enfin externe si le lecteur n’a accès à aucune pensée, comme si la scène était observée depuis une fenêtre.

Les différents types de focalisation - Français - 5e

La comparaison de l’odeur du hall à du « chou cuit » et à un « vieux tapis » semble en effet être la constatation du personnage principal entrant dans le hall du bâtiment : c’est lui qui sent cette odeur.

Le sujet du roman est lui aussi abordé, avec l’affiche collée au mur dans le hall. Il s’agit d’une représentation du dictateur Big Brother, chef de l’État d’Océania. À mi-chemin entre Hitler et Staline, il est omniprésent et met en place un culte de la personnalité afin d’assurer sa propagande. L’affiche en est le premier indice.

Représentation de Big Brother, le dictateur de <em>1984</em>, par George Orwell Représentation de Big Brother, le dictateur de 1984, écrit par George Orwell

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Définition

Culte de la personnalité :

Le culte de la personnalité, dans un régime totalitaire, consiste à véhiculer une image positive d’un homme d’État grâce à la propagande.

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Définition

Propagande :

C’est l’ensemble des actions mises en place pour faire accepter une idée à une population. Souvent, elle est politique.

L’allusion à l’affiche de l’homme moustachu est donc le premier contact, dès la première page, avec Big Brother. Le narrateur informe également de certaines mesures en cours dans son État, en l’occurrence des restrictions d’énergie, privant les habitants par exemple de l’utilisation des ascenseurs : « C’était une des mesures d’économie prises en vue de la Semaine de la Haine. » Cette décision est prise afin de faire des économies, mais elle est imposée aux habitants, c’est une mesure abusive. De plus, la référence à la « Semaine de la Haine » est assez effrayante. On ne sait pas encore de quoi il s’agit, mais le nom donné à cette semaine n’inspire rien de bon.

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À retenir

Cet incipit remplit donc partiellement les fonctions d’un incipit : le lieu n’est pas encore bien défini ; le lecteur s’est arrêté dans un hall et attend la suite.

Cette omission est certainement volontaire, dans le but d’attiser la curiosité du lecteur et de créer du suspense. Le vent, le froid, et le régime totalitaire se profilent et inquiètent le lecteur dans cet incipit.

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À retenir

L’ambiance du roman est perceptible dès le début. La société décrite dans 1984 est tyrannique. Orwell y expose les dérives de la surveillance des citoyens par l’État mais aussi la privation de libertés.

Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol montrent un autre aspect de la dystopie. Ils y exposent les dérives de la science.

Le Meilleur des mondes et Bienvenue à Gattaca

Publié en 1932, Le Meilleur des mondes est l’œuvre la plus connue d’Aldous Huxley. Il s’agit d’un roman d’anticipation qui propose une vision d’un monde futuriste où la science règne sur la société.

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Définition

Roman d’anticipation :

Un roman d’anticipation est un récit dans lequel l’intrigue se déroule dans le futur. La science y joue souvent un rôle primordial. Le roman d’anticipation est souvent écrit au futur.

Dans ce roman, la biologie permet de ne conserver que les êtres qui sont jugés comme étant parfaits. Les individus sont sélectionnés avant même leur naissance, et les embryons sont conditionnés et manipulés.

  • La reproduction n’existe plus : tous les êtres humains sont conçus en laboratoire.

Bienvenue à Gattaca est un film d’Andrew Niccol sorti en 1997 avec Uma Thurman, Jude Law et Ethan Hawke. Ce film présente, comme le roman d’Aldous Huxley, un titre ironique.

L’intrigue, qui rappelle celle du Meilleur des mondes, se déroule dans un monde futuriste où les enfants sont sélectionnés avant leur naissance. Les parents peuvent choisir l’ensemble des gènes de leur futur bébé. Cela permet de créer des enfants parfaits. Ainsi, les enfants conçus naturellement, appelés « invalides », côtoient les enfants sélectionnés et conçus in vitro, que l’on appelle les « valides ».

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Définition

Fécondation in vitro :

La fécondation in vitro est une technique qui permet de créer des enfants dans un laboratoire, en dehors du ventre de la mère.

Cela conduit à des dérives, notamment dans le milieu des entreprises qui choisissent des êtres conçus grâce à la science pour occuper les postes importants, alors que ceux conçus naturellement sont relégués à des tâches plus ingrates.

L’incipit du roman Le Meilleur des mondes est précédé d’une citation de Candide de Voltaire :

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. »

La citation est ironique et la référence est très parlante, car Voltaire manie particulièrement l’ironie dans ce conte philosophique.

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Définition

Ironie :

L’ironie est une forme d’humour qui consiste à dire le contraire de sa pensée.

Voici l’incipit du roman :

« Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l’entrée principale, les mots : CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l’État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ. STABILITÉ.
L’énorme pièce du rez-de-chaussée était exposée au nord. En dépit de l’été qui régnait au-delà des vitres, en dépit de toute la chaleur tropicale de la pièce elle-même, ce n’étaient que de maigres rayons d’une lumière crue et froide qui se déversaient par les fenêtres. Les blouses des travailleurs étaient blanches, leurs mains, gantées de caoutchouc pâle, de teinte cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantomatique. Ce n’est qu’aux cylindres jaunes des microscopes qu’elle empruntait un peu de substance riche et vivante, étendue le long des tubes comme du beurre.
- Et ceci, dit le Directeur, ouvrant la porte, c’est la Salle de Fécondation.»

Cet extrait ne livre qu’une indication vague quant à la temporalité (on est en été), et ne présente pas les personnages principaux. Seul le lieu est décrit, en l’occurrence un « bâtiment gris » à Londres. La « Salle de Fécondation » de ce bâtiment est au cœur de l’incipit. L’auteur choisit de mettre en évidence le règne de la science. On peut constater une esthétique de la science. Le narrateur s’attarde à décrire ce laboratoire, avec l’emploi du champ lexical du médical : « gantés », « tubes », « blouses », « microscopes ».

On comprend qu’il s’agit d’une visite du « Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central ».

  • Des êtres humains sont créés dans ce bâtiment.

La présentation de cette société est faite par le biais de la visite étudiante. Le lecteur prend le train en route, et se trouve mêlé à la foule d’étudiants qui découvre la « Salle de Fécondation ». L’auteur fait une description réaliste du laboratoire.

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Définition

Réalisme :

Le réalisme est un courant littéraire qui apparaît au XIXe siècle. Il s’agit de descriptions détaillées du réel dans toute sa dimension.

La lumière est qualifiée de « crue et froide ». Il apparaît également des renseignements sur les couleurs « blanches », « pâles », « jaunes » et les formes « cylindriques ».

Aussi le lecteur découvre-t-il au fur et à mesure les gens travaillant dans ce laboratoire, la lumière et l’ambiance macabre (qui évoque le côté sinistre de la mort) qui y règnent, comme s’il marchait parmi les étudiants.

On peut donc relever dans ce texte le champ lexical de la mort, comme par exemple la lumière qui est qualifiée de « gelée, morte, fantomatique », ou bien la couleur « blanche », « pâle » et la « teinte cadavérique ». Ce champ lexical est paradoxal puisque c’est une salle où l’on est justement censé donner la vie. La phrase de forme négative « Ce n’est qu’aux cylindres jaunes des microscopes qu’elle empruntait un peu de substance riche et vivante, étendue le long des tubes comme du beurre » restreint la vie uniquement à la substance contenue dans les tubes à essai.

La vision critique de Huxley commence dès l’incipit. Il propose au lecteur une ambiance froide et macabre comme cadre du récit puisqu’il ne s’apprête pas à dépeindre un cadre de vie idyllique, bien au contraire.

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À retenir

Il souhaite mettre en garde. La société décrite ici est ce qui attend la société actuelle si elle persiste dans ses désirs de tout maîtriser et ses exigences de perfection.

Conclusion :

La dystopie dévoile le résultat des dérives du monde actuel. Elle permet donc à la fois de critiquer les travers d’une époque, mais aussi de mettre en garde les contemporains. Aldous Huxley et George Orwell sont connus pour être les pionniers de la dystopie, mais l’auteur russe Eugène Zamiatine avec son roman Nous Autres avait, dès 1920, décrit une société tyrannique où régnaient les mathématiques et l’impersonnalité. L’auteur remplit ainsi sa fonction de poète guidant le peuple, telle que la décrivait notamment Victor Hugo.