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Deux dramaturges du Grand Siècle : Corneille et Racine

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Introduction :

La tragédie naît dans la Grèce antique, à Athènes, au milieu du VIe siècle avant J.-C. Elle tire son origine de cérémonies religieuses en l’honneur de Dionysos, le dieu du vin et de l’ivresse, au cours desquelles un bouc était sacrifié. Cela permet de comprendre l’étymologie du terme « tragédie », qui signifie en grec « chant du bouc ». Pendant ce sacrifice, le chœur des officiants entonnait des chants lyriques, les dithyrambes. Au fil du temps, des dialogues auraient été introduits entre les dithyrambes, donnant naissance au genre tragique. La tragédie antique atteint son degré de perfection au Ve siècle avant J.-C., avec les trois grands auteurs tragiques dont il nous reste les pièces intégrales :

  • Eschyle, le plus ancien ;
  • Sophocle, l’auteur d’Antigone et d’Œdipe roi, les deux plus célèbres tragédies antiques ;
  • et enfin Euripide.

La civilisation romaine perpétue le genre, en particulier à travers les œuvres de Sénèque. Au Moyen Âge, le genre tragique sombre dans l’oubli jusqu’à la Renaissance, qui redécouvre la littérature des Anciens. Mais le véritable renouveau de la tragédie se situe au XVIIe siècle et notamment en France, où elle connaît un nouvel âge d’or.

C’est cette tragédie classique du XVIIe siècle que nous aborderons dans ce cours. Nous évoquerons dans une première partie les figures de Corneille et de Racine. En seconde partie, nous examinerons les règles auxquelles ce genre devait obéir, et les objectifs que poursuivaient les dramaturges classiques à travers leurs œuvres.

Corneille et Racine

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À retenir

Au XVIIe siècle en France, la tragédie est considérée, au même titre que l’épopée, comme le genre le plus noble.

  • C’est avec Corneille et Racine que le genre tragique produit ses plus grands chefs-d’œuvre.

Pierre Corneille, né en 1606, commence sa carrière théâtrale en composant des comédies, comme L’Illusion comique en 1636. Il écrit aussi des tragi-comédies comme Le Cid, sa très célèbre pièce, représentée pour la première fois en 1637.

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Définition

Tragi-comédie :

Une tragi-comédie est une pièce qui comporte tous les éléments d’une tragédie, mais dont la fin n’est pas marquée par une catastrophe.

Le dénouement d’une tragi-comédie est en général ouvert, il reste l’espoir que les choses pourraient s’arranger. Dès 1640, Corneille se spécialise dans la tragédie. Il compose Horace en 1640, Cinna et Polyeucte en 1641, pour ne citer que ses œuvres les plus célèbres. Corneille est considéré comme la référence majeure dans le domaine théâtral, jusqu’à la parution des premières œuvres de Racine, qui deviendra son concurrent principal. Le plus souvent, les tragédies de Corneille s’inspirent de l’Histoire romaine. Cinna, par exemple, évoque le complot du personnage éponyme contre l’empereur romain Auguste.

  • Dans ses pièces, Corneille exalte l’héroïsme humain, la force de la volonté, ainsi que les impératifs de la fidélité et du devoir.
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À retenir

Les personnages cornéliens font souvent face à un choix cruel, un dilemme qu’ils doivent trancher : céderont-ils à leurs passions ou se conformeront-ils aux exigences de l’honneur ?

  • On parle couramment de dilemme cornélien pour décrire ce genre de situation. La plupart du temps dans les œuvres de Corneille, l’honneur l’emporte.

Né en 1639, Jean Racine produit une œuvre beaucoup moins variée que celle de Corneille, son aîné, maître et rival. En effet, il n’écrit qu’une seule comédie, intitulée Les Plaideurs, en 1668. Le reste de son œuvre est constitué de tragédies, dont les principales sont Andromaque, Britannicus, Bérénice, Bajazet, Iphigénie et Phèdre, écrites entre 1667 et 1677. Les intrigues des pièces de Racine sont bien moins complexes que celles de Corneille. Comme il l’affirme dans la préface de Britannicus, Racine préfère l’élaboration d’une « action simple, chargée de peu de matière », afin de se conformer à l’idéal classique de vraisemblance.

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À retenir

Les tragédies de Racine s’avèrent beaucoup plus sombres que celles de Corneille. Ses personnages semblent voués à la mort ou au désastre. Malgré tous leurs efforts, ils finissent broyés par le destin.

Voici l’inventaire des malheurs que rencontrent les personnages raciniens :

  • Phèdre se termine par la mort de deux des protagonistes principaux, Phèdre et Hippolyte ;
  • à la fin d’Andromaque, Pyrrhus est tué, Hermione se suicide et Oreste devient fou ;
  • le dernier mot de Bérénice est « hélas », qui scelle la séparation définitive des deux amants, Titus et Bérénice.

Les règles et les objectifs de la tragédie classique

La tragédie, en tant que création littéraire perçue comme la plus noble, est celle soumise à la codification la plus stricte au XVIIe siècle. Pour commencer, une tragédie doit être construite en cinq actes. L’intrigue doit comporter distinctement l’exposition, le nœud, les péripéties et le dénouement. Conformément au principe de vraisemblance, l’histoire ne doit pas contenir d’incohérences, ni dans le déroulement de l’intrigue, ni dans le tempérament et la psychologie des personnages. Ce principe de vraisemblance commande également la règle des trois unités.

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Définition

Règles des trois unités :

Les trois unités sont : l’unité de temps, de lieu et d’action. Pour que la règle des trois unités soit respectée, il faut qu’il y ait une intrigue principale à laquelle les autres sont subordonnées, se déroulant en une seule journée et dans un seul lieu.

D’autre part, le principe de bienséance doit être respecté et la tragédie ne doit pas choquer le public. Par conséquent, certaines actions considérées comme vulgaires ou violentes ne doivent pas être représentées sur scène. Ainsi, les personnages ne doivent pas être montrés en train de manger, d’accomplir des actes ayant trait à la sexualité, de se battre, et encore moins de s’entretuer. Les combats, suicides ou meurtres sont donc racontés, et non représentés sur scène. Le principe de bienséance interdit également l’emploi de certains mots, considérés comme offensants car vulgaires. De même, seuls des personnages haut-placés dans la société peuvent être mis en scène : des rois, des reines, des héros et des membres de la grande noblesse. Ces personnages sont toujours confrontés à de graves problèmes, qui mettent en jeu leur propre existence, mais aussi la patrie tout entière.

Le but de la tragédie est double, conformément à ce qu’affirmait déjà Aristote dans sa Poétique au IVe siècle avant  J.-C., et en accord avec le principe général du classicisme, selon lequel la littérature doit à la fois plaire et instruire. Selon Aristote, la tragédie provoque en effet deux émotions principales chez le spectateur :

  • la pitié envers les personnages emportés par le malheur,
  • et la frayeur suscitée par la fatalité qui broie ces mêmes personnages.
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À retenir

En provoquant ces deux émotions, la tragédie touche les spectateurs, et produit en eux un certain plaisir esthétique. Mais le genre tragique poursuit également un autre but, davantage d’ordre moral. En éprouvant cette pitié et cette frayeur, les spectateurs cherchent effectivement à éviter de reproduire les mêmes erreurs que les personnages tragiques.

  • La tragédie permet ainsi une purgation des passions ou, selon le terme employé par Aristote, une catharsis.

Autrement dit, en voyant le malheur s’abattre sur un personnage, les spectateurs sont incités à résister aux emportements de leurs propres passions, et à respecter scrupuleusement les enseignements de la morale, afin d’éviter les châtiments du destin.

Conclusion :

La tragédie connaît son apogée au XVIIe siècle, mais ne disparaît pas pour autant aux siècles suivants. Voltaire, par exemple, écrira plusieurs tragédies au XVIIIe siècle. Bien qu’au XIXe siècle, on préfère le drame romantique à la tragédie, celle-ci renaît au XXe siècle, notamment grâce à Jean Giraudoux et Jean Anouilh.