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La liberté politique

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Introduction :

Lorsque nous entendons « les hommes naissent et demeurent… », nous poursuivons spontanément « …libres et égaux en droits ». La liberté est le droit le plus fondamental pour l’Homme. Mais de quelle liberté parle-t-on dans ce premier article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? S’agit-il de la liberté de faire tout ce qui nous plaît ? Ou, dans la mesure où nous vivons ensemble, ne s’agit-il pas plutôt de faire ce que nous voulons tant que notre volonté ne nuit à personne ? En effet, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen précise que notre liberté s’arrête là où commence celle des autres.

On nomme liberté politique ou civile la possibilité pour un individu d’agir comme il l’entend. Mais ces agissements doivent se faire dans un cadre légal commun instauré par l’État. Pourquoi les hommes acceptent-ils d’être limités par une autorité qui les gouverne ? Comment la liberté civile se met-elle en place dans notre société de lois ? Comment se préserve-t-elle ? Pour répondre à ces questions, nous rappellerons en quoi la politique est un cadre qui limite notre liberté, avant de nous intéresser au paradoxe qui en découle : malgré cette liberté amoindrie, le citoyen obéit à la loi.

La politique est un cadre qui limite notre liberté

La liberté naturelle

L’Homme vit en collectivité

Pourquoi l’individu accepte-t-il d’obéir à une autorité politique ? L’étymologie du mot « politique » vient de polis, la cité en grec. Vivre ensemble au sein d’une cité suppose d’obéir à une autorité qui, par l’intermédiaire de lois, me protège des autres individus, et les protège de moi. Nous devons assurer notre sécurité au sein de la société parce que si on ne le limite pas, l’Homme exerce sa liberté sans frein et devient une menace pour les autres. Sans lois qui limitent sa volonté, l’individu veut toujours tout et plus.

Faire ce qui me plaît est dangereux

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Définition

Liberté naturelle :

On nomme liberté naturelle l’expression la plus directe de la liberté.

Être libre au sens premier, c’est pouvoir faire ce qui me plaît. Or, la loi du plaisir est sans frein. Elle vise exclusivement la satisfaction de nos désirs. Quelque chose nous tente ? La trousse de notre voisin de cours, la villa de notre oncle en Amérique ? Prenons-les sans souci, et employons si besoin la force physique ou la manipulation psychologique. Outre les reproches moraux auxquels nous nous exposons avec cette liberté, une entrave plus importante existe. En effet, notre liberté de faire tout ce que nous voulons peut être limitée par la liberté de quelqu’un d’autre ayant plus de force que nous. Si nous sommes deux à convoiter la même chose, le plus fort l’emportera. Si tout le monde exerçait sa liberté naturelle, la morale disparaîtrait. Elle n’aurait plus de sens dans un monde où chacun ne pense qu’à soi. Au lieu de nous satisfaire, la liberté naturelle deviendrait un danger, une menace constante de chacun à l’égard de tous.

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Réflexion

Hobbes et l’état de nature

Hobbes, philosophe anglais du XVIe siècle, l’a très bien expliqué. Dans son œuvre Léviathan écrite en 1651, il imagine un moment dans l’histoire où la société n’existe pas encore, où les hommes exercent seulement leur liberté naturelle. Il nomme ce moment état de nature. Il explique alors que la vie à l’état de nature est invivable, que c’est un état de guerre permanente « de tous contre tous ». En effet, chacun laisse parler ses désirs et s’il est assez fort pour les réaliser, il les satisfait sans égard pour les autres hommes. Pour Hobbes, s’il n’est pas contrôlé par des lois qui limitent sa liberté naturelle :

« l’Homme est un loup pour l’Homme ».

Par conséquent, chaque individu à l’état de nature vit dans l’angoisse de la mort et de la précarité. En instaurant des règles de vie commune, Hobbes dit que les hommes, qui souffrent tous de la peur de mourir, ont cherché un moyen de sauver leur peau.

La liberté civile

Le contrat social

Mais comment vient-il à l’idée des hommes d’abandonner à une autorité leur liberté naturelle, leur pouvoir de faire ce qui leur plaît ? Ils font un calcul rationnel. Imaginons un gâteau que nous adorons, et que nos deux frères aiment autant que nous. Quel scénario nous semble préférable ?

  • Nous n’avons pas le choix. Notre grand frère rafle tout parce qu’il est le plus fort, et ne nous laisse rien.
  • Nous volons tout le gâteau et nous enfermons à clé pour le manger. Nous nous protégeons ainsi des assauts de nos frères qui se vengeront à la première occasion.
  • Nous laissons notre mère faire le partage. Nous sommes ainsi sûr d’avoir notre part, moins grosse que si nous avions tout pris, mais dont la dégustation nous est garantie, et sans représailles.

Dans les deux premier cas, la crainte et l’incertitude règnent. Dans le troisième, nous devons refréner notre penchant naturel à l’égoïsme. Pour que ce soit possible, nous et nos frères nous en remettons à une autorité supérieure : notre mère. Par analogie, les hommes effectuent le même calcul lorsqu’ils fondent l’État. Leur situation d’insécurité va faire naître l’idée de se soumettre à une autorité. Cette autorité doit protéger leur vie et leurs biens des attaques possibles des autres. Les hommes passent alors un contrat entre eux par lequel chacun s’engage à déposer sa liberté naturelle dans les mains d’une autorité supérieure à tous, l’État. En retour, celui-ci doit préserver leur sécurité et leurs biens personnels par l’intermédiaire de lois.

  • Ce moment de soumission volontaire à une autorité se nomme le contrat social.

La protection des libertés

Mieux vaut accepter de perdre un peu de sa liberté naturelle pour gagner la certitude que ce qui nous est accordé le sera de manière identique à tous, et restera protégé. Personne ne pourra nous le prendre sans risquer la sanction de la loi.

  • D’une part, la loi protège les libertés, c’est-à-dire l’ensemble des droits qui nous sont accordés. La liberté de pensée, d’expression ou religieuse sont par exemple des droits protégés dans les pays démocratiques.
  • D’autre part, la loi sanctionne les actions nuisibles à la société. Les peines peuvent être des amendes, du travail d’intérêt général ou de la prison. Dans certains pays, la peine peut être la mort.

Le citoyen obéit à la loi

Par le contrat social l’individu devient citoyen

L’abandon de la liberté naturelle au profit de la liberté politique se fait par un contrat qui garantit liberté, sécurité et propriété. Ces trois droits fondamentaux sont compromis dans l’état de nature, puisque n’importe quel individu plus fort peut en priver un autre. Mais ce n’est pas tout.

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À retenir

La liberté politique métamorphose l’Homme. D’individu, il devient citoyen.

Quelle est la différence entre ces deux statuts ?
Un individu est un élément isolé dans un ensemble. Il se caractérise par l’expression de ses besoins, de ses préférences et de ses désirs singuliers. La recherche d’intérêts personnels est son moteur. Dans notre société, l’individu a toujours le droit de poursuivre son bien et son plaisir, sous réserve qu’il ne nuise pas à ceux des autres et ne devienne pas une menace pour eux. En revanche, la démarche du citoyen est guidée par la recherche du bien commun, propre à tous. Voter, c’est élire des représentants politiques qui défendront des valeurs qui nous tiennent à cœur. Le citoyen est un individu qui prend conscience de sa participation active à la cité, au bien commun. Il accepte d’avoir des droits et des devoirs, et élabore les lois auxquelles il va se soumettre.

L’obéissance à la loi

C’est donc d’abord par intérêt que nous acceptons de nous soumettre au pouvoir. Mieux vaut se soumettre à une seule autorité qui dépasse toutes les volontés particulières, et s’assurer en retour sa protection, plutôt que lutter constamment contre toutes les volontés particulières. Par ailleurs, nous nous soumettons au pouvoir dans la mesure ou nous le jugeons légitime.

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Définition

Pouvoir légitime :

Un pouvoir légitime est celui que le citoyen reconnaît juste et utile pour le bien commun.

C’est un pouvoir qui bride nos instincts individualistes. Mais en tant que citoyens, nous savons qu’il est bon pour la collectivité de respecter la loi. C’est pourquoi nous nous obligeons à obéir aux lois que promulgue une autorité légitime.

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À retenir

En philosophie, l’obligation se distingue de la contrainte.

Une contrainte imposée à quelqu’un est une violence qui entrave sa liberté d’action.
Par exemple, si je suis menacé par une arme, je suis contraint de donner ce que l’on me demande. En revanche, l’obligation me laisse le choix. Je m’oblige à obéir à une loi parce que j’en comprends le bien-fondé pour la société. Je paie mes impôts parce que je comprends la nécessité de participer au maintien du service public comme l’école ou l’hôpital.

  • Pour résumer, face à un pouvoir légitime, le citoyen en nous s’oblige à l’obéissance. C’est en obéissant à la loi que nous devenons libre politiquement. Un pouvoir illégitime contraint l’individu à se soumettre à des lois qui limitent ses droits les plus élémentaires, comme la liberté d’opinion ou d’expression.

Conclusion :

Si au premier abord, être libre correspond à faire ce qui nous plaît, nous avons compris que la liberté naturelle dégénère nécessairement en conflits. En revanche, la liberté civile limite la liberté naturelle. Elle est le devoir d’obéir aux lois parce que nous en comprenons l’utilité et la légitimité. Les lois sont utiles car elles nous donnent des droits particuliers qu’elles protègent. Elles protègent également nos possessions. De plus, les lois sont légitimes car elles sont justes au regard du bien commun.

Être libre, ce n’est donc pas s’affranchir de la loi pour faire ce que l’on veut. C’est participer à l’élaboration de la loi, et la respecter. La liberté politique permet donc aux hommes de vivre ensemble pacifiquement même si, très souvent, un individu enfreint la loi pour faire valoir son intérêt particulier. Car être citoyen s’apprend. Il n’est en effet pas facile de respecter le bien commun dans notre société, qui nous ramène sans cesse à des désirs et des réflexes individualistes.