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Le vocabulaire du théâtre

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Introduction :

Le mot « théâtre » vient du grec θέατρον (théâtron), qui désigne le lieu où l’on regarde, le lieu de la représentation, de la contemplation. Le mot « théâtre » désigne donc autant l’édifice que l’art.

Le théâtre est à la fois un texte et une représentation de ce texte. L’énonciation est double : le texte s’adresse aux comédiens qui doivent jouer, et aux lecteurs ou spectateurs qui lisent ou regardent. L’écriture du théâtre est donc très codifiée.

Le vocabulaire à connaître pour traiter un texte théâtral sera étudié dans ce cours. Le lieu et les personnages seront d’abord traités, puis l’organisation du texte. Le jeu des comédiens et enfin l’organisation de l’action seront vus.

Le lieu et les personnages

Connaître les termes techniques désignant les différents lieux sur la scène permet par exemple de mieux appréhender les déplacements des personnages.

Scène et coulisses au théâtre Scène et coulisses au théâtre

Les coulisses sont une partie de la scène cachée au public. Vu du public, on appelle « côté jardin » le côté gauche de la scène, et on appelle « côté cour » le côté droit. Cette appellation date du XVIIIe siècle, lorsque les acteurs de la Comédie Française temporairement installés aux Tuileries répétaient : à leur gauche se trouvait la cour du palais, et à leur droite, le jardin. En utilisant ces termes, le metteur en scène se rend compte qu’il peut ainsi donner ses indications sans que les acteurs ne se questionnent sur l’orientation à suivre.

La scène en elle-même est divisée en trois parties :

  • l’avant-scène se trouve devant les rideaux, au plus proche du public, avant la rampe. Elle est souvent utilisée pour les monologues et les apartés ;
  • le fond de scène, aussi appelé lointain, est l’endroit le plus éloigné du public ;
  • la rampe est la galerie lumineuse qui va d’un bout à l’autre de la scène.

Les rideaux servent à cacher la scène au public. Les pendrillons (ou pendillons) sont des rideaux souvent noirs, qui permettent de cacher l’entrée des coulisses. Généralement, un décor en fond de scène donne des indications de temps et de lieu.

L’auteur d’un texte de théâtre est appelé dramaturge et ce nom concerne tous les genres : dramatique, comédie, tragédie… Le terme vient du grec δρᾶμα (drama), qui signifie « action, pièce de théâtre ».

Le comédien joue le rôle d’un personnage. Il est généralement guidé par un metteur en scène, qui interprète le texte écrit par le dramaturge, et en propose une adaptation scénique. Cette adaptation peut être très personnelle : la mise en scène est libre, et peut modifier la réception de la pièce par le public selon le parti pris artistique, la symbolique… Le metteur en scène peut faire varier tous les éléments : comédiens, décors, costumes, etc. Les costumes et les accessoires des comédiens permettent d’indiquer le rôle, le statut et le rang social de leur personnage.

L’organisation du texte

Un texte théâtral est divisé en actes, eux-mêmes divisés en scènes. Un entracte sépare deux actes et permet d’occuper l’intervalle entre eux. Cet intermède est souvent nécessaire pour changer le décor. Les scènes, quant à elles, changent selon l’entrée ou la sortie d’un nouveau personnage.

L’échange de paroles entre les personnages constitue le dialogue. Lorsqu’un personnage parle seul sur scène, il s’agit d’un monologue. Le plus long monologue du théâtre français est celui de Figaro dans Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais. Il constitue la scène 3 de l’acte V, et contient plus de 1 100 mots !

Pour désigner un monologue, on parle parfois de soliloque. Théoriquement, le vrai soliloque n’a aucun destinataire, ce qui semble difficile. Même dans un monologue, le personnage s’adresse à un personnage absent, ou à lui-même. Cependant, de vrais exemples de soliloques existent dans le théâtre de l’absurde. Dans En attendant Godot, de Beckett, Lucky débite des paroles sur un ton monotone. Ce soliloque est sans aucune ponctuation, sauf à la fin.

« Étant donné l’existence telle qu’elle jaillit des récents travaux publics de Poinçon et Wattmann d’un Dieu personnel quaquaquaqua à barbe blanche quaqua hors du temps de l’étendue qui du haut de sa divine apathie sa divine athambie sa divine aphasie nous aime bien à quelques exceptions près on ne sait pourquoi mais ça viendra et souffre à l’instar de la divine Miranda avec ceux qui sont on ne sait pourquoi mais on a le temps dans le tourment dans les feux dont les feux les flammes pour peu que ça dure encore un peu et qui peut en douter mettront à la fin le feu aux poutres assavoir porteront l’enfer aux nues si bleues par moments encore aujourd’hui et calmes si calmes d’un calme qui pour être intermittent n’en est pas moins le bienvenu mais n’anticipons pas […] ».

Lorsque le personnage parle longuement mais n’est pas seul sur scène, il s’agit d’une tirade. Nous pouvons citer par exemple la célèbre tirade des nez dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, où Cyrano s’adresse à Valvert en 54 vers !

« CYRANO :
Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme.
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : “Moi, Monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l’amputasse !”
Amical : “Mais il doit tremper dans votre tasse !
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !”
Descriptif : “C’est un roc ! …c’est un pic ! …c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule !”
Curieux : “De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ?”
Gracieux : “Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?”
[…] »

La réplique désigne une prise de parole plutôt brève. Elle peut être constituée d’un seul mot. Dans Les Bonnes, la pièce de Genet, le dramaturge enchaîne les répliques courtes. Ce procédé, appelé stichomythie, donne du rythme aux échanges de paroles. Il est souvent employé dans le théâtre de l’absurde. Dans cet exemple, la stichomythie permet de souligner l’absurdité de la mort de Claire, qui voulait empoisonner Madame, mais a bu elle-même le poison parce qu’elle jouait son rôle.

« Solange, hésitant :
Mais…

Claire :
Je dis ! mon tilleul.

Solange :
Mais, Madame…

Claire :
Bien. Continue.

Solange :
Mais, Madame, il est froid.

Claire :
Je le boirai quand même. Donne. »

Le jeu des comédiens

Au théâtre, l’action est conditionnée par l’écriture, notamment les didascalies. Elles désignent toutes les indications scéniques qui permettent aux comédiens de jouer leur rôle : gestes, déplacements, mimiques, attitudes, tons, costumes, accessoires utilisés… Ces didascalies fonctionnelles sont souvent notées en italique ou entre parenthèses. Elles ne sont pas énoncées verbalement, mais interprétées.

Les didascalies initiales, quant à elles, comprennent le titre, la liste des personnages et leurs rôles, les actes et les scènes. Ces didascalies permettent de situer l’action dans un cadre spatio-temporel. Voici par exemple le début de Ruy Blas, le drame romantique de Victor Hugo :

« RUY BLAS

DON SALLUSTE DE BAZAN

DON CÉSAR DE BAZAN

DON GURITAN

LE COMTE DE CAMPOREAL

LE MARQUIS DE SANTA-CRUZ

LE MARQUIS DEL BASTO

LE COMTE D’ALBE

LE MARQUIS DE PRIEGO

DON MANUEL ARIAS

MONTAZGO

DON ANTONIO UBILLA

COVADENGA

GUDIEL

DONA MARIA DE NEUBOURG, reine d’Espagne

LA DUCHESSE D’ALBUQUERQUE

CASILDA

Une duègne

Dames, seigneurs, conseillers privés, pages, duègnes, alguazils, gardes, huissiers de chambre et de cour Un laquais, un alcade, un huissier, un alguazil, un page.

ACTE PREMIER

DON SALLUSTE

Le salon de Danaé dans le palais du roi, à Madrid. Ameublement magnifique dans le goût demi-flamand du temps de Philippe IV. À gauche, une grande fenêtre à châssis dorés et à petits carreaux. Des deux côtés, sur un pan coupé, une porte basse donnant dans quelque appartement intérieur. Au fond, une grande cloison vitrée à châssis dorés s’ouvrant par une large porte également vitrée sur une longue galerie. Cette galerie, qui traverse tout le théâtre, est masquée par d’immenses rideaux qui tombent du haut en bas de la cloison vitrée. Une table, un fauteuil, et ce qu’il faut pour écrire. Don Salluste entre par la petite porte de gauche, suivi de Ruy Blas et de Gudiel, qui porte une cassette et divers paquets qu’on dirait disposés pour un voyage. Don Salluste est vêtu de velours noir, costume de cour du temps de Charles II. La toison d’or au cou. Par-dessus l’habillement noir, un riche manteau de velours vert clair, brodé d’or et doublé de satin noir. Épée à grande coquille. Chapeau à plumes blanches. Gudiel est en noir, épée au côté. Ruy Blas est en livrée. Haut-de-chausses et justaucorps bruns. Surtout galonné, rouge et or. Tête nue. Sans épée.

Scène première

Don Salluste De Bazan, Gudiel ; par instants Ruy Blas. »

  • Cette longue didascalie initiale situe le lieu, le décor, l’époque, les costumes et les personnages. La suite de la scène comprend d’autres didascalies, propres au jeu de chaque comédien. Elles sont notées en italiques dans le texte.

« DON SALLUSTE :
Ruy Blas, fermez la porte, – ouvrez cette fenêtre.

Ruy Blas obéit, puis, sur un signe de don Salluste, il sort par la porte du fond. Don Salluste va à la fenêtre.

Ils dorment encor tous ici, – le jour va naître.

Il se tourne brusquement vers Gudiel.

Ah ! C’est un coup de foudre ! …

– oui, mon règne est passé, Gudiel !

– renvoyé, disgracié, chassé ! […]

GUDIEL :
Nul ne le sait encor, monseigneur.

DON SALLUSTE :
Mais demain ! Demain, on le saura ! – nous serons en chemin. Je ne veux pas tomber, non, je veux disparaître !

Il déboutonne violemment son pourpoint.

– Tu m’agrafes toujours comme on agrafe un prêtre, Tu serres mon pourpoint, et j’étouffe, mon cher ! –

Il s’assied.

Oh ! Mais je vais construire, et sans en avoir l’air, Une sape profonde, obscure et souterraine !

Chassé !

Il se lève.

GUDIEL :
D’où vient le coup, monseigneur ?

DON SALLUSTE :
De la reine. […] Tu pars avec moi. Va.

Gudiel salue et sort. Don Salluste appelant.

Ruy Blas !

RUY BLAS, se présentant à la porte du fond :
Votre excellence ?

DON SALLUSTE :
Comme je ne dois plus coucher dans le palais,
Il faut laisser les clefs et clore les volets.

RUY BLAS, s’inclinant :
Monseigneur, il suffit.

DON SALLUSTE :
Écoutez, je vous prie.
La reine va passer, là, dans la galerie,
En allant de la messe à sa chambre d’honneur,
Dans deux heures. Ruy Blas, soyez là.

RUY BLAS :
Monseigneur,
J’y serai.

DON SALLUSTE, à la fenêtre :
Voyez-vous cet homme dans la place
Qui montre aux gens de garde un papier, et qui passe ?
Faites-lui, sans parler, signe qu’il peut monter.
Par l’escalier étroit.

Ruy Blas obéit. Don Salluste continue en lui montrant la petite porte à droite.

Avant de nous quitter,
Dans cette chambre où sont les hommes de police,
Voyez donc si les trois alguazils de service
Sont éveillés.

RUY BLAS :
Il va à la porte, l’entr’ouvre et revient.

Seigneur, ils dorment.

DON SALLUSTE :
Parlez bas.
J’aurai besoin de vous, ne vous éloignez pas.
Faites le guet afin que les fâcheux nous laissent.

Entre don César De Bazan. Chapeau défoncé. Grande cape déguenillée qui ne laisse voir de sa toilette que des bas mal tirés et des souliers crevés. Épée de spadassin.

Au moment où il entre, lui et Ruy Blas se regardent et font en même temps, chacun de son côté, un geste de surprise.

Don Salluste, les observant, à part.

lls se sont regardés ! Est-ce qu’ils se connaissent ?

Ruy Blas sort. »

  • Les didascalies permettent d’identifier toutes les interactions entre les personnages. Certaines indiquent à qui des paroles sont adressées. Dans cet extrait de Tartuffe ou L’Imposteur, de Molière, les didascalies permettent de comprendre à qui s’adressent les personnages.

« MONSIEUR LOYAL, à Orgon :
Faites que votre fils se taise ou se retire,
Monsieur ; j’aurais regret d’être obligé d’écrire,
Et de vous voir couché dans mon procès-verbal.

DORINE, à part :
Ce Monsieur Loyal porte un air bien déloyal !

[…]

MONSIEUR LOYAL :
[…]
Et comme je vous traite avec grande indulgence,
Je vous conjure aussi, monsieur, d’en user bien,
Et qu’au dû de ma charge on ne me trouble en rien.

ORGON, à part :
Du meilleur de mon cœur je donnerais, sur l’heure
Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure,
Et pouvoir, à plaisir, sur ce mufle assener
Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.

CLÉANTE, bas, à Orgon :
Laissez, ne gâtons rien. »

Les didascalies « à part » indiquent que certaines répliques ne sont pas adressées à un autre personnage, mais uniquement à celui qui s’exprime. C’est ce que l’on appelle un aparté. Ces paroles sont destinées au spectateur qui devient complice, témoin. Les apartés créent une connivence avec le public, qui cerne alors les intentions ou les sentiments réels du personnage.

Les apartés sont parfois indiqués par d’autres didascalies par « bas » ou « pour elle-même ».

L’organisation de l’action

Dans une pièce de théâtre, l’action est divisée en plusieurs parties et obéit à un schéma narratif. La première scène d’une pièce est appelée l’exposition. Elle peut s’étendre à tout le premier acte, et met en place les personnages principaux, le cadre spatio-temporel et les premiers éléments de l’intrigue. L’exposition présente la situation initiale et l’élément perturbateur. Elle lance le nœud de l’intrigue, le moment où les obstacles apparaissent. Ce nœud donne l’impression aux personnages et au public qu’aucune solution n’est possible. Il crée le suspense et l’intérêt de la pièce.

Les différentes péripéties permettent ensuite de dénouer cette intrigue selon la progression dramatique. Toutes ces actions convergent vers le dénouement, placé à la fin de la pièce. Il clôt l’intrigue et donne sens à la pièce.

Dans la comédie, les péripéties sont souvent marquées par des coups de théâtres ou retournements de situation. La comédie regorge de rebondissements, dont certains sont fondés sur le quiproquo. Ce terme désigne une confusion entre des personnages qui ne se comprennent pas. Les quiproquos peuvent être liés à des situations variées et donnent lieu à un malentendu, qui provoque le rire. Ils sont un ressort du registre comique.

  • Par exemple, l’intrigue de la pièce de Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, est entièrement basée sur un quiproquo. Dorante et Silvia ont la même idée : chacun endosse l’identité de son serviteur afin de connaître les sentiments de l’autre. Ils tombent alors amoureux en pensant qu’ils n’aiment pas la bonne personne.

Inattendues, les actions peuvent aboutir à un deus ex machina, expression latine qui désigne la dernière action de la comédie : alors que tout semble perdu et qu’aucune solution n’a été trouvée, le nœud est résolu comme par miracle, de manière invraisemblable. L’expression vient du théâtre antique, où un dieu était physiquement descendu sur scène par un câble et résolvait l’intrigue.

  • Par exemple, le dénouement de Tartuffe repose sur l’intervention du roi. Jugée comme une faiblesse de la pièce, cette intervention du personnage est digne d’un deus ex machina. Le personnage du roi joue le rôle d’un dieu qui intervient seulement pour résoudre l’intrigue, par ailleurs insoluble. Ce personnage révèle que Tartuffe est un faux dévot et permet ainsi le mariage entre la fille d’Orgon et Valère.

Enfin, un dernier élément courant au théâtre est la mise en abyme, aussi appelée « théâtre dans le théâtre ». Elle se produit lorsque des personnages jouent un rôle en endossant une nouvelle identité. C’est le cas dans L’Illusion comique, la pièce de Corneille. Cette tragi-comédie met en scène un magicien, qui montre à un père ce qu’est devenu le fils qu’il a perdu. Or, ce fils est devenu comédien et ce que le père voit se jouer sous ses yeux est une pièce de théâtre.

  • La mise en abyme peut donner lieu à un quiproquo, comme pour Dorante et Silvia dans Le Jeu de l’amour et du hasard.

Conclusion :

Le théâtre fait appel à un vocabulaire spécifique et double : celui de l’écriture du texte et celui du jeu, lié à la représentation. Il y a en permanence une double énonciation : chaque parole est destinée à la scène et à la salle. Dans l’écriture du texte, les paroles des personnages (répliques, tirades, etc.) coexistent avec les didascalies, qui sont destinées à être jouées et non prononcées.