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Le vocabulaire du théâtre

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Introduction :

En littérature, un vocabulaire précis est consacré au théâtre. Utiliser les termes réservés à ce genre permet de montrer au professeur, ou au correcteur le jour du brevet, que l'on sait de quoi on parle. La note en sera grandement améliorée.

La présente fiche de cours résume tout ce que l'on peut rencontrer concernant le théâtre au collège : nous verrons d’abord dans une première partie quelles sont les particularités du théâtre en matière de découpage et d’effets stylistiques. La deuxième partie nous permettra de définir les formes du discours au théâtre. Ensuite, nous ferons la distinction entre les deux principaux genres que sont la tragédie et la comédie, en révisant leurs règles et ce qu’il en est advenu à l’époque moderne.

Les particularités du texte théâtral

Un outil de travail

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À retenir

Un texte théâtral n’est pas une œuvre en soi mais un outil de travail. L’œuvre, c’est la représentation du texte, c’est-à-dire le moment où les comédiens l’interprétent sur une scène.

De la même façon, un script de film se lit mais a peu de points commun avec le film que l’on va voir au cinéma. C’est une évidence que les élèves ont tendance à oublier car à l’école, on étudie souvent le théâtre par le biais du texte.

  • Mais le texte théâtral est avant tout un outil qui sert à ceux qui vont participer à la mise en scène de la pièce.

Un texte théâtral n’est donc pas rédigé comme un roman, qui essaye en général de plaire à son lecteur. Le lecteur n’a aucune importance au théâtre, on ne cherche pas à le flatter. C’est le spectateur, et lui seul, qui est important. Et ce spectateur n’aura pas le texte sous les yeux : il ne verra que ce qu’on aura bien voulu lui montrer.

Les didascalies

Les didascalies ne sont perceptibles que dans le théâtre écrit, les spectateurs n’ont pas conscience de leur présence durant la représentation.

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Définition

Didascalies :

Les didascalies sont des indications scéniques qui apparaissent sur le texte théâtral et que les acteurs ne jouent pas. Elles servent à aider le metteur en scène et permettent aux acteurs de préparer leur rôle.

On distingue plusieurs types de didascalies :

  • les didascalies initiales sont celles qui figurent au début du texte. Elles donnent les différents rôles, précisent la fonction des personnages et les liens qui existent entre eux. Elles donnent aussi, le plus souvent, les détails qui importent pour le décor (par exemple si l’action se déroule dans un palais, au bord d’une rivière) et pour les accessoires (par exemple s’il faut absolument un lit, un fauteuil, des fleurs ou un piano) ;
  • les didascalies internes sont celles qui figurent dans le texte, et qui donnent une indication sur la façon dont les répliques sont prononcées (en criant, en riant, en bégayant) et précisent parfois les gestes des acteurs ou encore le moment où il y a de la musique, du chant ou de la danse, comme cela arrive parfois. Ainsi, Molière a écrit des comédies-ballets comme Le Médecin malgré lui. Les didascalies internes peuvent également fournir des indices sur la psychologie des personnages ;
  • les noms des personnages, qui précèdent immédiatement leurs répliques, sont également des didascalies. C’est pour des soucis de clarté envers les comédiens que le nom du personnage concerné est inscrit avant chaque réplique. C’est à ce genre de détails que l’on voit qu’un texte théâtral n’a pas vocation à être lu, ou en tous cas, pas par le public ;
  • les numéros des actes et des scènes sont encore des éléments inclus dans les didascalies.

Le découpage en scène et en actes

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Définition

Scène :

La scène au théâtre est tout à la fois le lieu sur lequel les comédiens jouent et le découpage de la pièce en plusieurs unités narratives. On change de scène à chaque fois qu’un personnage entre ou sort de scène.

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À retenir

La scène, c’est donc le sol sur lequel jouent les comédiens, mais c’est aussi le moment pendant lequel ils jouent.

L’intérêt du découpage en scènes est purement pratique : un comédien doit savoir exactement dans quelles scènes il interviendra. Ainsi, d’un rapide coup d’œil sur le texte, il saura par exemple qu’il joue dans les scènes trois, huit et neuf de l’acte deux.

  • La deuxième division importante de la narration théâtrale est l’acte.
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Définition

Acte :

Un acte rassemble plusieurs scènes (dont le nombre peut varier). Le nombre d’actes par pièce se limite en général à trois ou cinq dans les pièces classiques.

À l’origine, le changement d’acte permettait de changer les bougies du grand chandelier qui illuminait la salle de spectacle ; puis, avec le temps, le changement d’acte est souvent devenu synonyme de changement de décor. Le changement d’acte repose avant tout sur le même principe que le chapitrage d’un roman, et intervient la plupart du temps lorsque l’on arrive au bout d’une partie importante de l’intrigue, ou encore juste avant que celle-ci ne prenne une autre direction.

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À retenir

On écrit toujours l’acte en chiffre romain et la scène en chiffre arabe. Cette notation codifiée permet d’éviter d’écrire les mots « acte » et « scène », et de se contenter uniquement des chiffres :

« Tous les vices à la mode passent pour vertus. »
Molière, Dom Juan ou Le Festin de pierre, (V, 3)

Les scènes d’ouverture et de clôture au théâtre

Pour la première scène d’une pièce, ou à la rigueur, les deux premières scènes, on parle de scène d’exposition.

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Définition

Scène d’exposition :

La scène d’exposition est le nom de la première scène d’une pièce de théâtre. Elle vise à plonger le spectateur in medias res, c’est-à-dire directement dans l’action, en lui exposant rapidement les personnages principaux et les enjeux de l’intrigue à venir.

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À retenir

La scène d’exposition a plusieurs rôles :

  • présenter les personnages principaux ;
  • raconter ce qui a pu se passer avant le début de la pièce et qui serait utile à la pièce ;
  • faire comprendre quelle intrigue va se jouer (une intrigue amoureuse, une affaire d’argent, un mari trompé, une vengeance).

La scène d’exposition au théâtre est finalement l’équivalent d’un incipit romanesque, ou d’une scène d’introduction au cinéma : il est essentiel qu’elle soit réussie, ou alors le public ne comprendra rien au reste de la pièce.

Faisant écho à la première scène d’une pièce, la dernière scène d’une pièce de théâtre se nomme le dénouement.

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Définition

Dénouement :

Le dénouement au théâtre est la dernière scène, où tous les nœuds dramatiques se défont et où toutes les intrigues de la pièce se résolvent.

Cette résolution forcée à la dernière scène mène parfois à des situations assez étranges et peu crédibles.

  • Lorsqu’une scène très problématique se résout d’elle-même, comme par magie, on appelle ça un deus ex machina.
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À retenir

Le deus ex machina (littéralement « dieu sorti de la machine ») est une convention théâtrale qui date de l’antiquité, où l’on faisait intervenir à l’aide d'une machinerie un dieu qui descendait sur terre – donc sur scène – pour régler tous les problèmes avec une sorte de miracle. Le comédien qui l’interprétait pouvait, par exemple, être suspendu à un câble ou jaillir du sol par un jeu de trappes et de leviers (d’où le mot machina).

Dans le théâtre récent, on emploie cette expression pour désigner les coïncidences un peu trop exagérées qui vont sortir les personnages de l’embarras juste à la fin de la pièce. C’est souvent le cas dans le théâtre de Molière. Par exemple, dans Le Tartuffe, le personnage éponyme trompe tout le monde. Seule l’intervention du roi à la dernière scène permet de mettre fin à ses agissements et de sortir l’ensemble des autres personnages de l’embarras.

Le hors-scène

Au théâtre, le plus souvent, on montre l’action en direct, en la faisant jouer par les personnages présents sur scène. Mais parfois, une action n’est pas montrée et est juste racontée par un comédien : on dit alors que c’est une action hors-scène ou juste un hors-scène.

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Définition

Hors-scène :

Le hors-scène au théâtre est tout ce qui intervient durant la pièce et qui n’est pas montré au spectateur.

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À retenir

Dans le théâtre classique, le hors-scène permet de ne pas choquer le spectateur. En faisant mourir les comédiens en dehors de la scène, cachés dans la coulisse, l’auteur évitait de montrer le sang et les blessures.

Mais on peut aussi utiliser le hors-scène pour des raisons purement pratiques, comme pour dire qu’un horrible monstre est apparu dans le ciel sans avoir à montrer ledit monstre.

  • Au théâtre, lorsqu’on entend un acteur parler depuis la coulisse, c’est un cas de hors-scène.
  • De la même façon, les événements qui ont pu avoir lieu avant la scène d’exposition et que les comédiens racontent dans la pièce sont du hors-scène.
  • Enfin, si le décor comprend une fenêtre, les comédiens peuvent aller à la fenêtre et décrire en direct, à l’intention du spectateur qui lui ne voit rien, ce qu’il se passe. Cette description vise à expliquer ce qui a prétendument lieu hors-scène.
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Astuce

Le cinéma est un genre qui tient du théâtre pour bien des aspects. Par exemple, le hors-scène est aussi utilisé au cinéma, mais il s’appelle alors le hors-champ ou le hors-cadre.

La théorie du quatrième mur

Au théâtre, les acteurs jouent comme s’il n’y avait pas de public. Tout se passe comme si un mur transparent, un écran, séparait la scène des spectateurs. Les théoriciens du théâtre nomment cet écran le quatrième mur.

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Définition

Quatrième mur :

Le quatrième mur est un mur transparent qui sépare les comédiens des spectateurs. Il fonctionne comme suit :

  • les comédiens n’ont pas conscience qu’on les regarde jouer et font la représentation comme si le rideau restait baissé ;
  • les spectateurs peuvent voir et entendre uniquement ce qu’on choisit de leur montrer. Il savent qu’ils assistent à une illusion mais peuvent parfois s’y abandonner car elle est réaliste (elle imite la réalité). Les spectateurs peuvent donc oublier momentanément que ce qu’ils voient n’est que du théâtre.
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À retenir

Certains auteurs de théâtre s’amusent à casser l’illusion de réalité en s’adressant directement au spectateur malgré la règle du quatrième mur.

Le texte théâtral

L’essentiel d’un texte théâtral est constitué de répliques : il n’y a pas de narrateur pour raconter l’histoire, mais uniquement du dialogue entre personnages, ou du discours, émis par un seul comédien.

  • Il faut savoir identifier plusieurs formes de répliques de théâtre.

Le dialogue théâtral

« KNOCK :
[…] De quoi souffrez-vous ?

LE TAMBOUR :
Attendez que je réfléchisse ! (Il rit.) Voilà. Quand j’ai dîné, il y a des fois que je me sens une espèce de démangeaison ici. (Il montre le haut de son épigastre.) Ça me chatouille, ou plutôt, ça me gratouille.

KNOCK d’un air de profonde concentration :
Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille ?

LE TAMBOUR :
Ça me gratouille. (Il médite.) Mais ça me chatouille bien un peu aussi. »

Jules Romain, Knock, Acte II scène 1

La parole au théâtre est partagée entre les personnages. Le plus souvent de façon équitable, comme dans l’extrait précédent. Ce cas où deux personnages discutent est un dialogue.

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Définition

Dialogue théâtral :

Le dialogue théâtral est une succession de répliques que s’échangent deux personnages, ou plus, au théâtre. Il est la façon la plus courante d’écrire du théâtre.

Les stichomythies

« AGNÈS :
Est-il possible ?

ARNOLPHE :
Oui.

AGNÈS :
Que vous me ferez aise !

ARNOLPHE :
Oui, je ne doute point que l’hymen ne vous plaise.

AGNÈS :
Vous nous voulez, nous deux…

ARNOLPHE :
Rien de plus assuré.

AGNÈS :
Que, si cela se fait, je vous caresserai !

ARNOLPHE :
Eh ! la chose sera de ma part réciproque.

AGNÈS :
Je ne reconnais point, pour moi, quand on se moque. Parlez-vous tout de bon ?

ARNOLPHE :
Oui, vous le pourrez voir.

AGNÈS :
Nous serons mariés ?

ARNOLPHE :
Oui.

AGNÈS :
Mais quand ?

ARNOLPHE :
Dès ce soir.

AGNÈS riant :
Dès ce soir ?

ARNOLPHE :
Dès ce soir. Cela vous fait donc rire ?

AGNÈS :
Oui.

ARNOLPHE :
Vous voir bien contente est ce que je désire.  »

Molière, L’École des femmes, Acte II scène 5

Ce dialogue théâtral est un peu particulier : les répliques de chacun des personnages sont très courtes et s’enchaînent très rapidement. On appelle ce genre de répliques des stichomythies. Ce mot vient du grec ancien et servait à nommer les coups alternés et rapides que s’infligaient les combattants à l’épée.

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Définition

Stichomythies :

Les stichomythies sont des répliques très courtes entre les personnages. Elles servent à montrer l’exaltation des sentiments, qu’il s’agisse d’amour, de peur, de haine ou d’exaspération.

L’aparté

« LUBIN :
Elle m’a dit de lui dire […] qu’elle lui est tout à fait obligée de l’affection qu’il a pour elle, et qu’à cause de son mari qui est fantasque, il garde d’en rien faire paraître, et qu’il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux.

GEORGE DANDIN, à part  :
Ah ! pendarde de femme.

LUBIN :
[…] Cela sera drôle, car le mari ne se doutera point de la manigance, voilà ce qui est de bon. »

Molière, George Dandin, Acte I scène 2

Ce que George Dandin dit dans cet exemple est une réplique prononcée à haute voix et qui s’adresse au public. Cependant, les autres comédiens sur scène (ici Lubin) sont sensés ne pas l’entendre. Ce procédé, nommé l’aparté, crée une connivence avec le public. Souvent, dans le texte, on fait précéder l’aparté de la mention « à part ».

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Définition

Aparté :

L’aparté est une réplique adressée au public que les autres acteurs sur scène font semblant de ne pas entendre. Ce procédé crée une connivence avec le public, il est très utilisé en comédie.

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À retenir

L’aparté est un procédé théâtral de rupture du quatrième mur : en s’adressant directement à la salle, le comédien interrompt la situation en train de se jouer sur scène pour prendre les spectateurs à témoin. Se faisant, il empêche de croire à l’illusion de réalité.

Le monologue théâtral

« FIGARO, seul, se promenant dans l’obscurité, dit du ton le plus sombre  :
Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante ! … nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de tromper ? … Après m’avoir obstinément refusé quand je l’en pressais devant sa maîtresse ; à l’instant qu’elle me donne sa parole, au milieu même de la cérémonie… Il riait en lisant, le perfide ! et moi comme un benêt… Non, monsieur le comte, vous ne l’aurez pas… vous ne l’aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… On vient… c’est elle… ce n’est personne. – La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari quoique je ne le sois qu’à moitié ! […]  »

L’exemple ci-dessus est le très célèbre monologue de Figaro. Il est environ cinq fois plus long que l’extrait présenté ici.

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Définition

Monologue :

Au théâtre, un monologue est une longue prise de parole par un personnage qui se parle à lui-même alors qu’il est, ou se croit, seul sur scène.

Les stances

« Percé jusques au fond du cœur
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l’étrange peine !
En cet affront mon père est l’offensé,
Et l’offenseur le père de Chimène !

Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maitresse.
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l’étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène ?

Père, maitresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui cause ma peine,
M’es-tu donné pour venger mon honneur ?
M’es-tu donné pour perdre ma Chimène ?

Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à ma maitresse aussi bien qu’à mon père ;
J’attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J’attire ses mépris en ne me vengeant pas.
À mon plus doux espoir l’un me rend infidèle,
Et l’autre indigne d’elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir ;
Tout redouble ma peine.
Allons, mon âme ; et puisqu’il faut mourir,
Mourons du moins sans offenser Chimène. […] »

Corneille, Le Cid, Acte I scène 6

Dans ce long extrait pourtant largement raccourci du Cid, don Rodrigue doit décider s’il tue ou non le père de sa promise pour venger le sien. S’il le fait, Chimène ne l’aimera plus, et s’il ne le fait pas, il sera déshonoré faute d’avoir vengé son père. Le choix est impossible à faire : c’est un dilemme cornélien (car on doit son invention à Pierre Corneille). Rodrigue tente de trouver une solution dans des strophes en vers nommées des stances.

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Définition

Stances :

Les stances sont les différentes strophes d’un monologue versifié. Elles sont de même longueur et de même rythme. Elles servent à prendre une décision face à un dilemme. La dernière des stances est celle qui apporte finalement la solution : elle s’appelle la chute.

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À retenir

Un dilemme au théâtre est un problème particulièrement difficile à régler et pour lequel toutes les solutions ont des conséquences mauvaises sur le héros.

La tirade

« CYRANO :
Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : "moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l’amputasse !”
Amical : "mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !”
Descriptif : "c’est un roc ! … c’est un pic… c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule !”
Curieux : "de quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ?”
Gracieux : "aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?”
Truculent : "ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ?" […] »

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte I scène IV

Dans cet extrait de la célèbre tirade du nez, Cyrano, le personnage principal, répond à un homme qui l’a insulté en disant juste « Vous… vous avez un nez… heu… un nez… très grand. » Là encore, il ne s’agit que d’un extrait.

  • Le but est de montrer que Cyrano écrase les autres personnages par son habileté à manier le langage.
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Définition

Tirade :

Au théâtre, une tirade, c’est lorsqu’un des personnages monopolise la parole pendant un long moment, aux dépens des autres personnages sur scène.

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Attention

Par sa longueur, la tirade ressemble au monologue. Pour différencier les deux, il faut donc savoir si le personnage en train de parler s’adresse à lui-même ou à un autre personnage.

La tragédie et la comédie

La tragédie et le tragique

La tragédie est un genre théâtral très ancien, puisqu’on écrivait et jouait déjà des tragédies durant l’Antiquité grecque. C’est à l’origine un art destiné à faire réfléchir les citoyens et servant à honorer les dieux.

Lorsque les empires grec puis romain ont disparu, on a cessé de jouer des tragédies. Néanmoins, le genre ne s’est pas totalement perdu puisqu’au Moyen Âge on jouait des pièces de théâtre religieuses, les mystères, qui avaient la même fonction.

Les tragédies antiques ont été redécouvertes au XVIIe siècle. En France, sous le règne de Louis XIV, elles ont suscité tant d’intérêt que de nouvelles tragédies, inspirées des modèles grecs, ont été écrites. Les principaux auteurs de tragédies classiques sont Corneille et Racine. Tous deux ont des styles très différents.

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À retenir

La tragédie est une pièce de théâtre rédigée en alexandrins. Elle comporte cinq actes et se termine généralement par la mort du personnage principal.

Les thèmes abordés en tragédie sont la politique, le destin, la condition humaine, le pouvoir divin, etc. On comprend donc que le ton d’une tragédie est sérieux.

Les personnages de tragédie sont d’un rang noble, des rois et reines, des princes, des représentants de l’État, parfois des héros ou des demi-dieux. Dans une tragédie, ces personnages ont de grands pouvoirs politiques et leurs décisions influent sur la destinée des autres. Aussi, une tragédie met toujours en scène un moment de crise où la destinée d’une ville, voire d’un peuple entier, peut basculer dans le chaos.

La comédie et le comique

Aussi ancienne que la tragédie, la comédie lui est généralement opposée. Là où la tragédie cherche à susciter les passions et la réflexion, la comédie mise sur le divertissement et le rire. Néanmoins, la comédie sert aussi à faire réfléchir : en pointant les défauts d’un avare, d’une femme adultère ou d’un faux dévot, elle exhorte les spectateurs à se corriger.

Le genre a lui aussi connu des évolutions. Au Moyen Âge notamment, de très courtes comédies en prose mettant en scène gens du peuple, petite noblesse ou bourgeoisie étaient nommées des farces. Ce genre, très populaire, a existé longtemps.

Contrairement à la tragédie qui a été redécouverte, la comédie n’a jamais complètement disparu. Au XVIIe siècle en France, l’auteur phare de la comédie est Molière. Il a commencé par écrire des farces jouées en province, avant de se faire connaitre à la cour.

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À retenir

La comédie est un genre théâtral populaire le plus souvent rédigé en prose. Elle comporte généralement trois ou cinq actes.

Plus que des thèmes précis, la comédie met en scène des caractères humains exagérés tels que l’homme avare, la femme adultère, la jeune fille amoureuse ou le jeune homme amoureux, le valet rusé, le noble libertin, le dévot…

Les personnages de comédie sont généralement des bourgeois ou de petits nobles, la classe sociale la plus basse étant constituée par les valets, suivantes, nourrisses et autres serviteurs desdits nobles. Dans les rares cas où il y a des paysans, ils sont toujours policés.

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Attention

Tout comme il ne faut pas confondre tragédie et tragique, il existe une distinction entre la comédie, pièce de théâtre, et le registre comique. Le registre comique peut être obtenu par différents procédés appelés les types de comique.

Les types de comique sont aussi appelés procédés comiques. On peut tous les combiner ou en utiliser juste quelques-uns. Ils ne sont pas le propre du théâtre et peuvent se trouver dans n’importe quel genre littéraire. Ce sont :

  • le comique de mot : les accents régionaux, les calembours, les lapsus et autres mauvaises prononciations sont autant de comiques de mots possibles ;
  • le comique de geste : le jeu des acteurs, les bastonnades font partie du comique de geste ;
  • le comique de répétition : répéter une réplique plusieurs fois dans la pièce, reproduire pratiquement à l’identique une scène, amener un double d’un personnage fait partie du comique de répétition ;
  • le comique de situation : la plus fréquente est le quiproquo, c’est-à-dire lorsqu’une personne se fait passer pour une autre. Le quiproquo est levé lors d’une scène dite de « reconnaissance » ;
  • le comique de mœurs ou de caractère : c’est le fait de créer un personnage caricatural, un « caractère », par exemple un avare, une précieuse ridicule, un mari trompé… Molière le fait dans beaucoup de ses pièces.

Les règles du théâtre classique

Durant le règne de Louis XIV, l’art doit servir le pouvoir du roi et les idéaux esthétiques du classicisme.

  • À cette époque, le théâtre est donc théorisé. Les penseurs de l’époque le cadrent avec des règles contraignantes. Ces règles sont la règle de vraisemblance, la règle de bienséance et la règle des trois unités.

La règle de vraisemblance

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Définition

Règle de vraisemblance :

La règle de vraisemblance impose aux auteurs de donner une impression de vérité, car les spectateurs ne peuvent pas se sentir concernés par une pièce de téâtre si elle ne reflète pas assez la réalité. L’histoire doit donc être crédible.

  • Cette règle a été très critiquée car elle était un énorme frein à l’imagination des auteurs.

La règle de bienséance

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Définition

Règle de bienséance :

La règle de bienséance impose de ne pas choquer le public. Il faut donc un langage soigné, des sentiments nobles. Par ailleurs, il est interdit de montrer des meurtres sur scène.

  • La règle de bienséance était globalement respectée au siècle classique, du moins pour le théâtre de cour.

La règle des trois unités

La règle des trois unités a suscité de vifs débats entre les auteurs, notamment de tragédie.

  • Racine, par exemple, s’y est strictement conformé et était apprécié pour cela.
  • Corneille en revanche, préférait appliquer avec plus de souplesse ces règles qui contrariaient trop son imagination.
  • La rivalité entre ces deux auteurs était très connue à l’époque.
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Définition

Règle des trois unités :

Pour imiter au mieux la réalité, il faut que la durée de l’action d’une pièce soit comparable au temps réellement nécessaire pour la jouer. Par ailleurs, il faut une unique action et un unique lieu.

Ces principes se résument par le respect de la règle des trois unités :

  • l’unité de temps : pas d’ellipses temporelles, impossible de sauter plusieurs heures ;
  • l’unité de lieu : un seul endroit où tout le monde peut se croiser, comme le devant d’un palais, une antichambre, un vestibule ;
  • l’unité d’action : une intrigue simple sur laquelle on se concentre et qui doit s’achever avec le dénouement de la pièce.
  • Même en leur temps, ces règles très strictes étaient régulièrement transgressées. Molière par exemple, en faisait assez peu de cas et disait que « l’essentiel est de plaire ».

La remise en question des règles

Les XVIIIe et XIXe siècles sont eux aussi des siècles de théâtre. Néanmoins, la règle des trois unités est peu a peu dépassée.

À l’époque moderne, on ne pratique même plus la séparation des genres tragique et comique et on mêle les deux au sein d’une seule pièce, comme dans le théâtre de l’absurde.

  • Cette forme de théâtre est apparue à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est un théâtre étrange, qui met l’accent sur les personnages mais sans construire pour eux une action particulière. Cette absence d’action permet de mettre en scène l’absurdité de la condition humaine.

Aujourd’hui, les réalisations les plus modernes ne nomment plus les personnages, nient la nécessité d’un décor, pratiquent la déconstruction de l’illusion théâtrale, bref, remettent constamment le genre en question. Mais des pièces plus traditionnelles sont toujours produites, notamment des comédies. La tragédie en revanche, est en net retrait.

​Conclusion :

Au théâtre, le texte n’est donc qu’un outil de travail, destiné avant tout aux comédiens. Pour des raisons pratiques, il est divisé en actes et en scènes, et n’indique que les répliques des personnages, sans narration aucune. La parole au théâtre peut être un simple dialogue, une tirade, un monologue, ou encore un aparté, qui établit un lien avec le public en dépit de la règle du quatrième mur.
Analyser un texte de théâtre, c’est aussi savoir différencier tragique et comique, et donc tragédie et comédie, et avoir conscience que ces deux genres, très anciens, ont beaucoup évolué au fil du temps.