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1945-1949 : Un monde bipolaire

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Introduction :

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, deux superpuissances s’affirment au niveau mondial : les États-Unis d’Amérique (USA) et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). En tant que vainqueurs de la guerre, ils occupent de nombreux pays libérés de l’Allemagne nazie et du Japon. Or, USA et URSS sont fondés sur des idéologies antagonistes (respectivement le libéralisme démocratique et le communisme), érigées en modèle de société à promouvoir dans le monde. C’est ainsi que l’alliance entre Américains et Soviétiques prend fin dès 1945 et laisse place à une nouvelle ère de tensions entre les deux superpuissances.

Comment le monde est-il bipolarisé par le début de la Guerre Froide ? Nous allons voir que les premières tensions s’enracinent dans les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Elles sont ensuite érigées en doctrines idéologiques de part et d’autre, ce qui amène une grande partie des pays du monde à se regrouper en deux blocs opposés.

La fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des tensions

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À retenir

Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS définissent des sphères d’influence sur le monde.

Au sein de ces sphères, ils promeuvent tous deux des modèles socio-économiques alignés sur eux et leurs intérêts, ce qui amène à constater dès 1946 que le monde est divisé par un « rideau de fer ».

Sphères d’influence et fin de l’alliance américano-soviétique

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Rappel

En 1945, les Alliés se réunissent à plusieurs reprises pour décider du sort de l’Allemagne, mais aussi pour déterminer le sort des territoires libérés de l’Axe (conférence de Yalta en février et de Potsdam en avril). Ils se mettent d’accord pour les prendre en charge et les occuper temporairement, tout en travaillant à la construction d’un nouvel ordre mondial à travers la création de l’Organisation des Nations Unies et le jugement des crimes contre l’humanité.

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Attention

La question allemande est un des points importants de la guerre froide.

Cependant, il apparaît vite que les territoires libérés par les deux superpuissances deviennent des sphères d’influence, dans lesquelles chacune veut promouvoir son modèle de société. Les tensions sont ainsi déjà visibles à la fin de la guerre. Par exemple, la décision américaine de lâcher la bombe atomique sur le Japon s’explique aussi par la volonté de démontrer la puissance militaire des États-Unis.

Deux stratégies différentes

Les territoires libérés ou occupés par les États-Unis incluent le Japon et le sud de la Corée pour l’Asie et la majeure partie de l’Allemagne, de l’Italie, de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et de la France pour l’Europe. En tant que pays vaincu, l’Allemagne est divisée en quatre zones d’occupation réparties entre les Alliés occidentaux (France, États-Unis, Royaume-Uni) et l’URSS.

IMG01-L’Europe en 1945

En 1945, les États-Unis deviennent les architectes d’un nouvel ordre mondial. Sur le plan économique, grâce aux accords de Bretton Woods, ils façonnent les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et le General Agreement on Tariff and Trade (GATT, en français, accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). Ils ont pour objectifs de garantir la stabilité monétaire et la liberté de commerce. Le dollar devient la monnaie de référence. Sur le plan politique, ils poussent à la création de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui succède à la SDN et qui a pour objectif d’assurer la sécurité du monde.

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Définition

Conférence de Bretton Woods :

La conférence de Bretton Woods de 1944 indexe les monnaies sur le dollar et met en place des institutions de libre-échange mondial.

General Agreement on Trade and Tariffs (GATT) :

En français, « accord général sur les tarifs douaniers et le commerce ». Signé en 1947 par 23 pays, cet accord avait pour objectif le développement du libre-échange par l’abaissement des droits de douane et la coopération économique. Comprenant aujourd’hui plus de 140 États, il a abouti à la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1995.

L’objectif est d’abord d’éviter le retour d’un conflit en développant la coopération internationale, mais aussi de fournir des débouchés à l’économie américaine. Enfin, il s’agit d’enrayer la progression des idées communistes dans l’Europe dévastée.

L’Union Soviétique, quant à elle, occupe la plupart de l’Europe de l’Est mais aussi le Nord de la Corée et de l’Iran. En conformité avec les idéaux marxistes qui fondent l’URSS, les Soviétiques abolissent la propriété privée et collectivisent les terres et les industries dans les territoires qu’ils occupent. Surtout, ils favorisent la prise de pouvoir par les partis communistes locaux et écartent les autres forces politiques, tout en refusant de participer aux institutions internationales fondées sur le libéralisme comme le GATT ou les Accords de Bretton Woods, violant ainsi les accords de Yalta.

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À retenir

L’objectif de Staline est d’une part de faire progresser le communisme dans le monde, et d’autre part de protéger l’URSS en l’entourant d’un « glacis défensif » de pays satellites.

Le rideau de fer

Ainsi, les pays attirés dans l’une ou l’autre sphère d’influence s’éloignent les uns des autres. Cela est particulièrement criant dans les pays divisés entre occupation américaine et soviétique, comme la Corée ou l’Allemagne.

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À retenir

Si les deux « Grands » évitent d’intervenir directement dans leurs sphères d’influence respectives, certains pays voient ainsi se produire des guerres civiles entre forces communistes et anti-communistes (Grèce, Yougoslavie, Iran, etc.), accentuant les tensions entre les superpuissances.

L’opposition croissante amène les Grands et les blocs qu’ils constituent à s’isoler les uns des autres. Très vite, les frontières des États sous influence soviétique sont fermées et surveillées pour éviter la fuite de populations vers l’Ouest et lutter contre la propagande et le sabotage soi-disant pratiqué par les États-Unis. C’est ainsi que l’ancien Premier Ministre britannique Winston Churchill constate, dans son discours de Fulton du 5 mars 1946, que « de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer est tombé sur l’Europe ».

IMG02-La constitution des blocs en Europe.

Expansion et théorisation des idéologies

Le rideau de fer ne divise pas seulement l’Europe mais concerne d’autres parties du monde. Dans de nombreux endroits, l’avenir politique du pays n’a pas été décidé dans les conférences de la Seconde Guerre mondiale et dépend donc de la situation sur place et du soutien éventuel des Grands. C’est ainsi que chacune des deux superpuissances formule une doctrine définissant son rôle politique mondial, assumant ainsi le leadership de son camp.

Des zones d’influence idéologiques en mouvement

La poussée des communistes vers le pouvoir ne se limite pas à l’Europe orientale libérée par les Soviétiques. En 1948, celle-ci est entièrement sous le contrôle soviétique via la proclamation des Démocraties Populaires. Elle concerne aussi la Grèce et l’Iran, mais aussi l’État d’Israël proclamé en mai 1948, que Staline espère attirer dans le camp de l’Est.

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Définition

Démocratie populaire :

La « démocratie populaire » est fondée sur la mainmise du Parti Communiste et la planification de l’économie. C’est un modèle politique inspiré et imposé par l’URSS, supposé amorcer la transition vers la société communiste. Elle s’oppose au modèle de la démocratie libérale, considérée comme bourgeoise et oligarchique.

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Attention

La Yougoslavie est un cas à part. Occupé par les Allemands à partir de 1941, le royaume de Yougoslavie voit se développer deux mouvements de résistance, un nationaliste (les tchetniks) et un communiste (les partisans). Tito, chef des partisans, réussit en 1945 à libérer le pays sans l’aide des Alliés. La Yougoslavie devient ainsi un État communiste mais qui garde son indépendance par rapport à Moscou, ce qui aboutit à la rupture des relations soviéto-yougoslaves en 1948.

En Asie de l’Est, le plus gros enjeu est la Chine, où les nationalistes soutenus par les États-Unis affrontent depuis les années 1920 les communistes de Mao Zedong.

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À retenir

Ces derniers l’emportent et proclament la République Populaire de Chine le 1er octobre 1949.

IMG03-L’Asie de l’Est en 1949

La doctrine Truman du containment

Le 12 mars 1947, le président américain Harry Truman (1945-1953) prononce un discours à Princeton où il expose ce qu’on appelle dès lors la Doctrine Truman. Les États-Unis d’Amérique déclarent assumer le leadership d’un monde fondé sur la démocratie, la liberté et la prospérité et visent à pratiquer l’endiguement (containment) du communisme.

Cette conception sert à partir de là de base idéologique aux États-Unis pour aider les gouvernements qui luttent contre l’influence et les mouvements communistes. Cela passe par une aide financière importante et par la constitution d’un réseau d’alliances visant à encercler l’URSS.

En juin 1947, le programme de reconstruction de l’Europe (European Recovery Program), surnommé Plan Marshall d’après le secrétaire d’État (équivalent américain du ministre des Affaires étrangères) qui le met en œuvre, est proposé par les États-Unis à tous les pays d’Europe mais accepté seulement par les États hors influence soviétique. Il consiste en un ensemble de prêts et de dons pour 16 milliards de dollars de l’époque, et doit accélérer la reconstruction des économies européennes pour combattre l’influence communiste et garantir l’accès des Américains au marché ouest-européen.

La doctrine Jdanov

Le 22 septembre 1947 est fondé le Kominform, un organe centralisé qui permet à l’URSS de contrôler plus étroitement les partis communistes européens. Le représentant soviétique Andreï Jdanov y expose la Doctrine Jdanov : les communistes se donnent pour mission de lutter contre l’impérialisme américain.

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Citation

Extraits du discours du 22 septembre 1947 :
« Les États-Unis sont la principale force dirigeante du camp impérialiste. L’Angleterre et la France sont unis aux États-Unis […] Le camp impérialiste est également soutenu par les États possesseurs de colonies, comme la Belgique et la Hollande, et par des pays au régime réactionnaire antidémocratique, comme la Grèce et la Turquie, ainsi que par des pays dépendants politiquement et économiquement des États-Unis tels le Proche-Orient et l’Amérique du Sud […].
Les forces anti-impérialistes et fascistes forment l’autre camp. L’URSS et les pays de la démocratie nouvelle en sont le fondement. Les pays qui ont rompu avec l’impérialisme et qui se sont résolument engagés dans la voie du progrès démocratique tels la Roumanie, la Hongrie, la Finlande, en font partie. »

La formation de deux blocs antagonistes

Pensant chacune agir uniquement pour leur sécurité nationale respectives, les deux superpuissances ont ainsi officialisé leur opposition politique et idéologique. Les autres pays deviennent des satellites dans cet affrontement, ce qui crée un monde polarisé par deux blocs qui s’affrontent indirectement.

La poussée soviétique

Le camp soviétique cherche à consolider ses avancées en Europe. En 1948, Staline souhaite réagir face à la fusion des zones d’occupation occidentales et protester contre la création du Deutsche Mark. Il réclame le rattachement de la totalité de Berlin, divisée elle aussi en quatre zones d’occupation, à la zone soviétique. Pendant près d’un an, du 24 juin 1948 au 12 mai 1949, il fait bloquer les communications terrestres de Berlin-Ouest, forçant les États-Unis à mettre en place un gigantesque pont aérien pour ravitailler la ville (275 000 avions font parvenir 2,5 millions de tonnes de marchandises aux 2,5 millions d’habitants de Berlin-Ouest).

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À retenir

L’échec du blocus marque la fin de la première crise de Berlin et accélère la partition de l’Allemagne en deux États aux modèles politiques et économiques opposés :

  • les Occidentaux créent le 8 mai 1949 la République fédérale d’Allemagne (RFA) ;
  • les Soviétiques fondent le 7 octobre 1949 la République démocratique allemande (RDA).

Les rapports avec le camp occidental sont ainsi devenus nettement plus hostiles, comme en témoigne l’exclusion des communistes des gouvernements d’Europe occidentale. Cependant, la plupart des dirigeants souhaitent éviter un affrontement direct entre les deux armées les plus puissantes du monde, d’autant que l’URSS se dote de l’arme nucléaire dès 1949.

Le Pacte atlantique et la formation des réseaux d’alliance

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À retenir

La stratégie du containment est réalisée par la mise en place d’un réseau d’alliances destiné à encercler l’URSS.

Ces alliances passent par des traités régionaux. Par exemple, en avril 1949 est signé le Traité de l’Atlantique Nord (dit aussi Pacte Atlantique), qui met en place une alliance militaire défensive entre les États-Unis et les pays d’Europe de l’Ouest qui y adhèrent. On y trouve notamment la France, le Royaume-Uni et l’Italie (mais pas la RFA, qui n’y adhère qu’en 1955). Est créée également l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui rassemble des troupes des différents membres sous un commandement intégré.
En réaction, l’URSS rassemble ses alliés dans le Pacte de Varsovie, signé en 1955. En plus d’assurer la défense collective du bloc de l’Est, ce traité permet à l’URSS d’intervenir dans les démocraties populaires pour protéger le régime communiste.

IMG04-Les alliances de la Guerre Froide. Dans le camp américain, l’OTAN est l’alliance la plus fiable et la plus durable.

Conclusion :

La Seconde Guerre mondiale a donc fait émerger les États-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques comme seules puissances mondiales. Fondés sur des idéologies antagonistes, ces États pensent que leur affrontement est inévitable et s’y préparent à travers la constitution de sphères d’influence. C’est ainsi qu’émerge un monde bipolaire, où les Grands s’affrontent indirectement à la périphérie des blocs.