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La conscience

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Introduction :

Qu’est-ce que la conscience ? On « prend conscience » lorsque l’on découvre une vérité soudaine ou lorsque l’on réalise quelque chose. Étrangement, « perdre conscience » ne signifie pas « oublier », mais « s’évanouir » : on est alors « inconscient ». Cela peut aussi avoir d’autres significations :

  • être insouciant ;
  • être endormi / être évanoui ;
  • en psychanalyse, l’Inconscient est une partie non-consciente de la psyché théorisée par Freud.

Comment les philosophes ont-ils défini la conscience ? Qu’entend-on par « conscience réflexive » ? La conscience est-elle une caractéristique du vivant ou bien le propre de l’être humain ? L’expression « écouter sa conscience » semble la rendre indépendante du Moi et capable d’agir de façon autonome. La conscience aurait-elle alors un pouvoir particulier ? Et si elle n’a pas de pouvoir, à quoi peut-elle bien servir ? Dans ce cours, nous verrons que la conscience n’a pas toujours été comprise de la même manière. Nous évoquerons d’abord les premières approches que l’être humain a eu de la conscience, avant d’analyser ce qu’elle est exactement pour bien la comprendre. Nous finirons par la vision moderne que nous avons de la conscience.

Qu’est-ce que la conscience

Étymologie et définition

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Définition

Conscience :

Conscience vient du latin cum scientia. Cum signifie « avec » et scientia « savoir ». Étymologiquement, le mot signifie donc « accompagné de savoir ». La conscience n’est pas uniquement spontanée.

Le terme conscience désigne trois réalités distinctes :

  • la conscience morale (être conscient de ses actes) ;
  • la conscience comme éveil (être présent à la réalité) ;
  • la conscience comme savoir (par opposition à l’ignorance).

La conscience est avant tout conscience de soi : c’est la condition nécessaire de toute morale. Avoir conscience de soi c’est avoir conscience de ses actes et de leurs conséquences. C’est la raison pour laquelle, selon Aristote, il faut se connaitre soi-même pour être vertueux.

À quoi sert la conscience ?

La conscience est une faculté étonnante capable de mettre l’esprit qui perçoit à distance de l’objet perçu. Par exemple, en suivant ce cours, vous avez le pouvoir de savoir que vous le suivez. C’est d’ailleurs le sens de l’expression « prendre conscience » qui montre que les êtres humains sont capables de savoir qu’ils sont en train de vivre, de faire quelque chose, d’apprendre quelque chose. Nous faisons la distinction entre vivre et savoir que nous vivons. L’être humain sait conceptualiser. Pour conceptualiser, c’est-à-dire fabriquer un concept, il faut saisir une chose dans son ensemble, comme à distance.

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À retenir

L’œil qui se tient à distance et qui se regarde en train de vivre, c’est la conscience.

On dit que la conscience est réflexive, c’est-à-dire capable de réfléchir sur le monde et sur ce qu’elle est. Mais qu’est-ce que réfléchir ?

  • D’abord, c’est lorsque l’esprit remarque qu’il est en train de faire quelque chose. L’esprit est alors simultanément l’initiateur qui a décidé de faire quelque chose, l’exécutant qui fait agir le corps, et le critique qui juge et corrige en cas d’erreur.
  • Ensuite, c’est mobiliser des savoirs acquis dans le passé pour résoudre une difficulté du présent. Par exemple, un élève qui a appris les opérations de base doit réfléchir pour les appliquer à de nouveaux calculs.

La conscience est donc un « pouvoir de réflexion » dans les deux sens du terme.

  • Mais qu’en est-il de l’animal ?

La conscience est-elle spécifique à l’être humain ?

L’animal, notamment domestique, a une vie intérieure et des émotions qu’il exprime comme la joie, la peur ou l’attachement. De plus, l’animal rêve.

  • L’éthologie identifie de plus en plus d’espèces capables de réfléchir.

Cependant, tous les animaux n’ont pas la conscience réflexive de savoir qu’ils sentent et ressentent. Même l’animal le plus intelligent agira toujours selon l’intelligence propre à son espèce : il ne sera pas capable de morale.

  • La conscience réflexive est donc le propre de l’esprit humain.

Elle permet à l’être humain d’évaluer son comportement avec fierté, honte ou avec les autres jugements relevant de la morale.

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À retenir

  • La conscience est donc spontanée : elle perçoit ce qui lui arrive. Il s’agit de « l’effet que cela fait » de ressentir une douleur, d’entendre de la musique, de faire du vélo, etc.
  • La conscience est réflexive puisque nous sommes certains d’être un sujet pensant. Nous savons inspecter nos pensées et les utiliser pour résoudre une difficulté présente. L’animal n’a pas cette certitude d’être un sujet pensant.

La conscience au travers des siècles

Aristote : La connaissance de soi

Le terme « conscience » n’est apparu qu’aux alentours du XVIIe siècle, pour autant dès l’Antiquité Aristote parlait déjà de « connaissance de soi ». Mais alors d’où vient ce terme et comment est-il apparu ? Dès l’Antiquité, et bien que le concept de conscience n’existe pas encore, Aristote propose une première approche de la connaissance de soi. Selon lui, seul un ami qui est « un autre soi-même » peut aider à comprendre qui on est.

« Apprendre à se connaître est très difficile et un très et un très grand plaisir en même temps ; mais nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes […] aveuglés que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empêchent de juger correctement. Par conséquent […] c’est en tournant nos regards vers notre ami que nous pourrions nous découvrir, puisqu’un ami est un autre soi-même. Concluons : la connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami ; l’être humain qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même. »

Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, Chap. XV

Pour Aristote, l’« indulgence et la passion » faussent l’image que nous avons de nous-même. Ainsi je peux plus aisément juger un autre que moi-même. C’est pourquoi pour me connaitre, c’est d’abord connaitre autrui (et qui puis-je connaitre mieux que mon ami ?). Cependant la connaissance de soi est chez Aristote un concept assez éloigné du concept de conscience tel qu’on l’utilise aujourd’hui : avoir conscience de son propre corps, avoir conscience de ses pensées, etc. Il faut attendre Descartes et son cogito pour avoir une première ébauche du concept de conscience.

Descartes : la conscience de soi

La conscience au fondement de la pensée cartésienne

Au XVIIe siècle, Descartes fait une des expériences de pensée les plus connues en philosophie : l’expérience du doute. Dans cette expérience qu’on retrouve dans son Discours de la méthode, il se demande jusqu’où peut-on remettre en question la réalité.

« […] considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il n’y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit, n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Être marquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme, […] je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Descartes, Discours de la Méthode, 1637

Aussi loin qu’on pousse le doute, il subsiste toujours une vérité dont on ne peut douter : je doute, donc je pense. Or, si je pense alors je suis, autrement dit j’existe. C’est pourquoi Descartes dit « cogito ergo sum », qui signifie : je pense donc je suis.

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Exemple

Je peux douter de ce que je vois parce que mes sens peuvent me tromper, je peux douter de ce que je pense parce qu’un malin géni (un être surpuissant) pourrait manipuler mes pensées, je peux même douter de l’existence de mon propre corps parce qu’il peut être le fruit de mon imagination, mais je ne peux pas douter du fait que je pense.

C’est sans doute l’une des expériences de pensée les plus saisissantes de l’histoire de la philosophie. Elle a d’ailleurs été reprise dans la culture populaire, notamment dans le film Matrix sorti en 1999. Dans ce film, réalisé par les sœurs Wachowski, le monde est dominé par les machines. Ces machines utilisent des corps humains comme source d’énergie et pour maintenir leurs esprits éveillés elles créent une réalité alternative construite de toutes pièces. Il s’agit d’un gigantesque logiciel qui reproduit notre monde à l’identique : la matrice. Dans la matrice, le corps qu’on croit être le nôtre n’est pas vraiment notre corps : c’est simplement le résultat d’une illusion créée par des machines. Mais si notre corps peut être une illusion, cela signifie qu’on peut penser sans avoir de corps : alors peut-être est-ce notre esprit qui nous fait imaginer qu’on a un corps ?

  • C’est ce qu’on appelle le dualisme corps-esprit.
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Réflexion

Le dualisme corps-esprit :

Plus que la certitude de ma propre existence, l’expérience du doute montre, selon Descartes, le dualisme corps-esprit. Cela signifie que le corps et l’esprit sont nécessairement deux choses séparables et donc séparées. En effet si je peux penser sans avoir de corps (dans le cas où mon corps serait une illusion créée par mon esprit ou un être surpuissant), alors il est possible d’avoir un esprit mais pas de corps. Selon Descartes le corps est comparable à un automate dirigé par l’esprit.

La conscience chez Descartes est donc d’abord conscience de soi.

  • Cependant chez Hegel, plus qu’une conscience de soi l’être humain possède une conscience pour soi.

Hegel : la conscience pour soi

« Les choses de la nature n’existent qu’immédiatement et d’une seule façon, tandis que l’être humain, parce qu’il est esprit, a une double existence ; il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais d’autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même et n’est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi. […] Deuxièmement, l’être humain se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu’il est poussé à se trouver lui-même, à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s’offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures qu’il marque du sceau de son intériorité […]. Ce besoin de modifier les choses extérieures est déjà inscrit dans les premiers penchants de l’enfant : le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l’eau, admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité. »

Hegel, introduction à l’Esthétique, 1828-1829

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Réflexion

La conscience selon Hegel

Pour Hegel, la conscience des êtres humains leur permet d’avoir une double existence :

  • l’être humain est « en soi » : le corps vivant existe au même titre que ce que l’on trouve dans la nature ;
  • l’être humain existe « pour soi » : l’être qui existe est doué de conscience de soi.

Dans la conception hégélienne, nous retrouvons la notion de dualisme corps-esprit conçue par Descartes : mais Hegel va plus loin. Comme l’a démontré Descartes, l’être humain existe en soi et non par une cause extérieure : il pense, donc il est. Selon Hegel l’être humain, doué d’une conscience de soi, existe aussi « pour soi ».

  • Il modifie le monde et se reconnait dans ses actions, comme l’enfant qui en jetant une pierre dans l’eau contemple le résultat de son action.

L’être humain change en permanence

Comme l’animal ou la plante, l’être humain naît avec des caractéristiques physiques. Celles-ci peuvent être énumérées comme les qualités d’un objet, mais à la différence de l’objet ou de l’animal, l’être humain ne peut pas être réduit à ces données objectives. Par la conscience, qui lui permet de se regarder et de se juger, l’être humain peut refuser ou accepter ce qu’il est. Il peut évoluer et se transformer continuellement.

  • Nous pouvons donc affirmer que c’est par la conscience que l’être humain existe.

Chez Husserl, philosophe autrichien, la conscience est avant tout conscience de quelque chose d’extérieur à elle. Cette particularité qu’a la conscience d’être dirigée vers un objet est ce qu’Husserl appelle l’intentionnalité.

Husserl : la conscience comme intentionnalité

Au XIXe siècle, la phénoménologie met en avant un autre aspect de la conscience humaine.

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Définition

Phénoménologie :

La phénoménologie est une discipline philosophique qui étudie les phénomènes et leur apparition. C’est le philosophe Husserl qui en fut l’initiateur à la fin du XIXe siècle. Ce n’est cependant pas le premier à avoir parlé des phénomènes, puisque Kant (fin XVIIIe siècle) dans ses critiques puis Hegel (début XIXe siècle) dans sa Phénoménologie de l’Esprit les étudiaient déjà avant Husserl.

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Réflexion

Kant (XVIIIe siècle) : Le phénomène

Selon Kant, le phénomène se caractérise comme la « seule chose connaissable » à la différence de ce qu’il appelle le noumène qui est la « chose en soi ». Selon lui, on ne peut connaitre le monde qui nous entoure qu’au travers de notre entendement qui est intrinsèquement limité.

Par exemple, lorsque je vois une chaise je n’en vois pas toutes ses caractéristiques moléculaires : mes sens sont limités.
Lorsque j’entends une vague s’écraser, je n’entends pas une à une toutes les gouttelettes mais un bruit indistinct : mon entendement n’a pas la capacité de distinguer tous les sons.
Ainsi on ne peut rien dire de la chose elle-même. Cependant on peut en étudier le phénomène, c’est-à-dire la chose telle qu’elle nous apparait. Toujours selon Kant, il y a une limite essentielle à notre entendement : les phénomènes – qui sont trop grands ou trop puissants – sont insaisissables par notre entendement. Ainsi, lorsque nous sommes confrontés à ces limites, cela provoque en nous ce que Kant appelle le sentiment du sublime. Il distingue deux types de sublime :

  • le sublime mathématique qui est ce que l’on ressent fasse à un phénomène qu’on ne peut appréhender dans sa totalité (par exemple l’océan, l’univers, etc.) ;
  • le sublime dynamique qui est ce que l’on ressent face à un phénomène qui nous dépasse par sa force (par exemple l’orage, la tempête, etc.).

Husserl : la phénoménologie

Si Husserl est considéré comme le père fondateur de la phénoménologie, c’est parce qu’il est le premier à en faire un courant philosophique à part entière. Il critique la séparation qu’établit Kant entre les phénomènes et les noumènes (les choses en soi) car, pour lui, tout est phénomène. Selon Husserl « toute conscience est conscience de quelque chose ». Nous avons conscience d’une chose extérieure parce que nous avons l’intention de la regarder, c’est pourquoi nous projetons sur cette chose des significations et des affects, que Husserl appelle des « intentions ».

  • L’intentionnalité est donc une caractéristique essentielle de notre conscience.

Seule l’épochê, concept emprunté à l’Antiquité et qui désigne « la suspension du jugement » chez les philosophes sceptiques grecs, est à même de nous détacher de l’intentionnalité de la conscience nous permettant de voir le monde tel qu’il apparait. Dans les faits, il s’agit pour Husserl d’arriver par la méditation à accéder aux phénomènes dans leur mode d’apparition le plus pur, sans qu’ils soient empreints d’une quelconque intention.

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À retenir

  • Selon Husserl, le réel n’existe que par notre esprit. La conscience fait exister le monde et les autres, et ce monde est toujours empreint d’une certaine intentionnalité. Cette idée est révolutionnaire car elle implique que le monde et les objets ne préexistent pas à la conscience.
  • Étymologiquement exsistere signifie « se tenir hors de soi ». Contrairement à l’objet, l’être humain se projette sans cesse dans le temps. Il évoque des souvenirs passés et fait des projets futurs. Cependant il peut, grâce à l’épochê, suspendre son jugement pour avoir accès aux phénomènes nus, dénués de toute intentionnalité.

Conclusion :

Il est important de comprendre, notamment grâce aux différents sens philosophiques du terme « conscience », que cette notion a beaucoup évolué au fil du temps. Cette évolution reflète celle de la pensée humaine. Aujourd’hui, on considère généralement que la conscience est définie par sa réflexivité et son intentionnalité. De plus, la conscience rend l’être humain particulier. Elle lui permet d’exister au monde et de s’exprimer dans des réalisations matérielles et spirituelles. C’est en transformant le monde que l’être humain prend conscience de lui-même. L’être humain se transforme d’abord lui-même par l’éducation, il transforme la nature par le travail, et transforme la société et ses institutions par l’action politique. Enfin, l’être humain transforme le réel par l’art. Le travail, l’art ou la politique sont autant de pratiques humaines manifestant l’activité de la conscience de l’être humain. C’est grâce à sa conscience que l’être humain se distingue de l’animal, elle lui permet d’exister en soi et pour soi. Ce mode d’existence lui confère une liberté, qu’il exerce dans l’ensemble des pratiques définissant la culture humaine.