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La conscience

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Introduction :

Qu’est-ce que la conscience ? On prend conscience lorsque l’on découvre une vérité soudaine, ou bien que l’on réalise quelque chose. Étrangement, « perdre conscience » ne signifie pas oublier, mais s’évanouir. On est alors « inconscient », ce qui peut aussi avoir d’autres significations :

  • être trop insouciant ;
  • ou bien cela peut désigner une partie du moi tel qu’il a été théorisé par Freud.

La conscience serait donc à la fois un état physique opposé au sommeil, voire à la mort, et un état mental réflexif opposé à l’ignorance, à l’insouciance et à la légèreté.

Comment les philosophes ont-ils défini la conscience ? Qu’entend-on par « conscience réflexive » ? La conscience est-elle une caractéristique du vivant ou bien le propre de l’Homme ? L’expression « écouter sa conscience » la rend indépendante du moi et capable d’agir de façon autonome. La conscience aurait-elle alors un pouvoir particulier ? Et si elle n’a pas de pouvoir, à quoi peut bien servir la conscience ?

Dans ce cours, nous verrons que la conscience n’a pas toujours été comprise de la même manière. Nous évoquerons d’abord les premières approches que l’Homme a eu de lui-même, avant d’analyser ce qu’est la conscience pour bien la comprendre. Nous finirons par la vision moderne de la conscience.

Premières approches de la conscience

La conscience est spontanée

La conscience, c’est l’état d’éveil qui nous permet de percevoir le monde extérieur. Elle n’existe donc pas pour un individu dans le coma. Elle est quasiment nulle lors d’un mouvement par réflexe ou lors d’un geste mécanique comme marcher, attraper un objet ou faire du vélo. La conscience est légère quand on rêvasse, et un peu plus présente lorsqu’on écoute la radio d’une oreille. Elle est pleine quand on se concentre sur un cours en classe ou sur un livre.

  • Dans ces exemples, la conscience concerne la perception des objets extérieurs ou d’un effort physique. Nous y sommes plus ou moins attentifs.

Mais la conscience est aussi liée à notre corps. Nous avons conscience d’exister matériellement, et ce d’autant plus que nous avons des besoins à satisfaire.

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À retenir

La conscience est donc un instinct dont chacun peut faire l’expérience.

Reste cependant à définir ce qu’elle est réellement.

La connaissance de soi

Dès l’Antiquité, Aristote affirme qu’il existe, et qu’il cherche à connaître ce qu’il est. Mais il ne se sent pas légitime dans la recherche de ce qu’est son moi intérieur. Cet extrait montre qu’Aristote a besoin d’un avis extérieur pour bien se connaître :

« Apprendre à se connaître est très difficile et un très grand plaisir en même temps ; mais nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes […] aveuglés que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, par l’indulgence et la passion qui nous empêchent de juger correctement. Par conséquent […] c’est en tournant nos regards vers notre ami que nous pourrions nous découvrir, puisqu’un ami est un autre soi-même. Concluons : la connaissance de soi est un plaisir qui n’est pas possible sans la présence de quelqu’un d’autre qui soit notre ami ; l’homme qui se suffit à soi-même aurait donc besoin d’amitié pour apprendre à se connaître soi-même. »

Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, Chap. XV

Pour Aristote, « un ami est un autre soi-même ». Cela veut dire que selon lui, dans l’Antiquité, les hommes d’un même groupe avaient l’impression de se ressembler à tel point qu’ils considéraient leurs intériorités comme similaires. Cette conception a évolué jusqu’à ce que l’on reconnaisse en chaque homme une originalité intérieure qu’il était le seul à pouvoir saisir complètement.

La conscience est conscience de soi

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Réflexion

La conscience au fondement de la pensée cartésienne

Au XVIe siècle, Descartes s’est interrogé sur la notion de conscience. En cherchant à savoir ce qui est vrai, il se demande si ce qu’il perçoit existe réellement ou n’est qu’une illusion. En effet, tout ce qui lui parait réel peut arriver en rêve. Ce rêve semble alors aussi vrai que la réalité :

« […] considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit, n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme, […] je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Descartes, Discours de la Méthode, 1637

La conscience est donc la base de la pensée cartésienne, comme le dit Descartes dans sa formule « cogito ergo sum » : je pense donc je suis.

Par ailleurs, la pensée est l’essence de la conscience. En effet, on ne peut pas situer la conscience dans une matérialité, car la pensée cartésienne considère cette matérialité comme incertaine.

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Réflexion

Le dualisme corps-esprit

Mais chez Descartes, la pensée s’accompagne d’un corps. C’est le dualisme corps-esprit. Il remarque que dans notre monde, la prise de conscience de notre existence s’accompagne toujours d’une prise de conscience du monde qui nous entoure. Il note que ce monde est plus difficile à comprendre que la pensée, car il est incertain et peut être une illusion.

Néanmoins, sans parler de comprendre le monde qui nous entoure, nous faisons tous les jours l’expérience du réel et de sa matérialité. La conscience, c’est-à-dire notre pensée, donne naissance à la conscience de nous-même, c’est-à-dire de notre corps, et du monde qui nous entoure.

Comprendre ce qu’est la conscience

Définition de la conscience

Conscience vient du latin cum scientia. Cum signifie « avec » et scientia « savoir ». L’étymologie du mot signifie donc « accompagné de savoir ». La conscience n’est pas uniquement spontanée.

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À retenir

La conscience ne se résume pas à percevoir les choses, elle les perçoit tout en sachant qu’elle les perçoit.

La conscience est donc une faculté étonnante capable de mettre l’esprit qui perçoit à distance de l’objet perçu. Par exemple en suivant ce cours, vous avez le pouvoir de savoir que vous le suivez. C’est d’ailleurs le sens de l’expression « prendre conscience » qui montre que les Hommes sont capables de savoir qu’ils sont en train de vivre, de faire quelque chose, d’apprendre quelque chose. Nous faisons la distinction entre vivre, et savoir que nous vivons.

Les êtres humains savent conceptualiser. Pour conceptualiser, c’est-à-dire fabriquer un concept, il faut saisir une chose dans son ensemble, comme à distance.

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À retenir

L’œil qui se tient à distance et qui se regarde en train de vivre, c’est la conscience.

On dit que la conscience est réflexive, c’est-à-dire capable de réfléchir sur le monde et sur ce qu’elle est. Mais qu’est-ce que réfléchir ?

  • Réfléchir, c’est d’abord lorsque l’esprit remarque qu’il est en train de faire quelque chose. L’esprit est alors simultanément l’initiateur qui a décidé de faire quelque chose, l’exécutant qui fait agir le corps, et le critique qui juge et corrige en cas d’erreur.
  • Mais réfléchir, c’est aussi mobiliser des savoirs acquis dans le passé pour résoudre une difficulté du présent. Par exemple, un élève qui a appris les opérations de base doit réfléchir pour les appliquer à de nouveaux calculs.

La conscience est donc ce pouvoir de réflexion dans les deux sens du terme.

  • Mais qu’en est-il de l’animal ?​

Les animaux ont-ils une conscience ?

Pour comprendre ce qu’est la conscience, on peut étudier des êtres vivants qui n’en ont pas : les animaux. En philosophie, l’animal sent des choses mais n’est pas en mesure de savoir qu’il les sent, contrairement à l’Homme. Les chercheurs en éthologie étudient le comportement animal. Ils admettent que certains animaux peuvent utiliser leur intelligence pour résoudre une difficulté.

Ils reconnaissent aussi que l’animal, notamment domestique, a une vie intérieure et des émotions qu’il exprime comme la joie, la peur ou l’attachement. De plus, l’animal rêve.

  • L’éthologie identifie donc de plus en plus d’espèces capables de réfléchir.

Cependant, tous les animaux n’ont pas cette conscience réflexive pour savoir qu’ils sentent. De plus, l’animal le plus intelligent agira toujours selon l’intelligence propre à son espèce. Il ne sera pas capable de morale.

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À retenir

La conscience réflexive est donc le propre de l’esprit humain.

Elle permet à l’Homme d’évaluer son comportement avec fierté, honte ou d’autres jugements qui relèvent de la morale.

La conscience est donc spontanée. Elle perçoit ce qui lui arrive. Il s’agit de « l’effet que cela fait » de ressentir une douleur, d’entendre de la musique, de faire du vélo…

La conscience est réflexive puisque nous sommes certains d’être un sujet pensant. Nous savons inspecter nos pensées et les utiliser pour résoudre une difficulté présente. L’animal n’a pas cette certitude d’être un sujet pensant.

La vision moderne de la conscience

La phénoménologie

Au XIXe siècle, la phénoménologie met en avant un autre aspect de la conscience humaine.

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Définition

Phénoménologie :

La phénoménologie étudie les phénomènes et leur apparition. Le philosophe Husserl en est l’initiateur, mais Hegel et Kant ont aussi été phénoménologues. La phénoménologie pure est la branche qui s’intéresse à la conscience.

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Réflexion

La conscience selon Husserl

Husserl affirme que « toute conscience est conscience de quelque chose ». Nous avons conscience d’une chose extérieure puisque nous projetons sur cette chose des significations et des affects, que Husserl appelle des « intentions ». Pour Husserl, nous pouvons uniquement saisir ce qui nous entoure en y appliquant notre intentionnalité. Nous avons donc constamment conscience de la présence de ce qui nous entoure.

Dans l’intentionnalité husserlienne, nous voyons l’objet perçu parce que notre conscience s’élance vers lui avec une intention préalable. Si nous n’avons pas conscience de l’objet regardé, c’est qu’il n’évoque rien pour nous, que nous n’avons aucune intention à son égard, et nous ne le voyons même pas.

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À retenir

Selon Husserl, le réel n’existe que dans notre esprit.

Ainsi, on peut rester très longtemps à côté d’une personne sans en prendre conscience car elle n’éveille en nous aucune intentionnalité et ne nous inspire rien. Ensuite, nous n’avons aucun souvenir, ou alors très vague, de l’avoir vue. Il nous arrive aussi de ne pas reconnaître immédiatement quelqu’un que nous connaissons pourtant bien, si nous le rencontrons dans un contexte qui n’est pas le sien. La raison est que nous n’avions pas l’intention de le voir là.

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À retenir

La conscience fait exister le monde et les autres, en leur donnant des interprétations qui ont du sens pour nous. Cette idée est révolutionnaire car elle implique que le monde et les objets ne préexistent pas à la conscience.

La conscience nous permet d’exister

Voici un extrait d’un texte clé de Hegel, un autre phénoménologue :

« Les choses de la nature n’existent qu’immédiatement et d’une seule façon, tandis que l’homme, parce qu’il est esprit, a une double existence ; il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais d’autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même et n’est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi. […] Deuxièmement, l’homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu’il est poussé à se trouver lui-même, à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s’offre à lui extérieurement. Il y parvient en changeant les choses extérieures qu’il marque du sceau de son intériorité […]. Ce besoin de modifier les choses extérieures est déjà inscrit dans les premiers penchants de l’enfant : le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l’eau, admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité ».

Hegel, introduction à l’Esthétique, 1828-1829

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Réflexion

La conscience selon Hegel

Pour Hegel, la conscience de l’Homme lui permet d’avoir une double existence :

  • l’Homme est « en soi » : le corps vivant existe au même titre que ce que l’on trouve dans la nature ;
  • l’Homme existe « pour soi » : l’être qui existe est doué de conscience.

Dans la conception de Hegel, nous retrouvons la notion de dualisme corps-esprit conçue par Descartes. Mais Hegel va plus loin. L’Homme, doué de conscience, existe « pour soi ». Il est ouvert au monde et à lui-même de plein de façons et non pas simplement, comme chez Descartes.

  • En effet, l’Homme change en permanence.

Comme l’objet, l’Homme naît avec des caractéristiques physiques, intellectuelles, culturelles et sociales. Ces caractéristiques peuvent être énumérées comme les qualités d’un objet. Mais à la différence de l’objet, l’Homme ne peut pas être réduit à ces données objectives. Par la conscience, qui lui permet de se regarder et de se juger, l’Homme peut refuser ou accepter ce qu’il est. Il peut évoluer et se transformer continuellement.

  • Nous pouvons donc affirmer que par la conscience, l’Homme existe.

L’étymologie ex sistere signifie « se tenir hors de soi ». Contrairement à l’objet, l’Homme se projette sans cesse dans le temps. Il évoque des souvenirs passés et fait des projets futurs. Et surtout, l’Homme s’accomplit à travers ses réalisations spirituelles et matérielles.

Conclusion :

Nous avons vu les différents sens philosophiques du terme conscience. Il est important de comprendre que la notion de conscience a beaucoup évolué au fil du temps. Cette évolution reflète celle de la pensée humaine. Aujourd’hui, on considère généralement que la conscience est définie par sa réflexivité et son intentionnalité. De plus, la conscience rend l’Homme particulier. Elle lui permet d’exister au monde et de s’exprimer dans des réalisations matérielles et spirituelles. En effet, c’est en transformant le monde que l’Homme prend conscience de lui-même.

L’Homme se transforme d’abord lui-même par l’éducation. Il transforme la nature par le travail, et transforme la société et ses institutions par l’action politique. Enfin, l’Homme transforme le réel par l’art. Le travail, l’art ou la politique sont autant de pratiques de l’Homme qui manifestent l’activité de sa conscience. Cette activité prend des formes multiples et traduit la liberté humaine. L’Homme se distingue de l’animal grâce à sa conscience, qui lui permet d’exister en soi et pour soi. Ce mode d’existence lui confère une liberté, qu’il exerce dans l’ensemble des pratiques définissant la culture humaine.