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La dystopie : la fin de l'utopie

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Introduction :

L’histoire contemporaine est marquée par une violence sans précédent qui a pu se déployer selon des fins industrielles (les camps du Goulag de l’URSS exploitant des prisonniers pour construire des infrastructures économiques) ainsi que par des moyens industriels (les camps d’exterminations nazis). Les totalitarismes soviétiques et nazis ont produit une représentation de l’humain plus que jamais pessimiste. Cette transformation, liée à la violence de l’histoire du XXe siècle, a mis à mal les utopies que la littérature et la philosophie avaient pu proposer, d’Utopia de Thomas More (1516) au Phalanstère de Charles Fourier (1830), qui décrivent des modèles d’idéaux politiques et sociaux. « Utopie » signifie « sans lieu », par définition, elle n’existe donc pas dans le réel. Elle se conçoit toutefois comme une perfection qui, si elle est inaccessible, peut toujours être visée pour que l’humanité progresse.

Au XXe siècle, les utopies laissent la place aux dystopies, du grec dys-, préfixe qui traduit le dysfonctionnement d’un système, et topos, le lieu. Une dystopie décrit le mécanisme d’un pouvoir totalitaire représenté au travers d’une société imaginaire où un faux bonheur est organisé et cache, aux yeux même des êtres humains, le malheur dans lequel ils sont plongés. Elle est donc une utopie apparente qui tourne au cauchemar. Le rôle de la dystopie est d’alerter contre les nuisances de l’application pratique d’une idéologie totalitariste. C’est pourquoi le genre de la dystopie relève de l’anticipation. Mais plus qu’une fausse utopie, la dystopie est une critique de l’utopie comme fondement et justification des systèmes totalitaires. Ainsi, le régime nazi s’ancrait dans une utopie suprémaciste raciale, et l’URSS reposait sur une utopie communiste.

Notre violence actuelle est-elle le signe de la fin de l’humanité ?

Dystopie et politique

Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, paru en 1932, est l’un des premiers romans d’anticipation décrivant une société dystopique. Publié dans l’entre-deux guerres, en pleine période de crise sociale, trois ans après la crise de 1929, il présente une critique acerbe du système capitaliste américain.

Aldous Huxley (1894-1963) est un écrivain, romancier et philosophe britannique, connu pour son roman Le Meilleur des mondes, mais aussi pour Les Portes de la perception, ensemble d’essais qui relatent les expériences vécues sous l’effet de la mescaline, une drogue psychédélique.

Alt texte Aldous Huxley, 1947

Le Meilleur des mondes est un titre ironique qui renvoie à l’idée de l’optimisme philosophique de Leibniz selon lequel l’univers, la société et l’humanité sont nécessairement parfaits. Selon lui, le monde est organisé harmonieusement par l’intelligence divine. Voltaire, dans son livre Candide ou l’Optimisme, avait déjà repris cette formule à titre critique : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Dans le titre de Huxley, le retrait de l’adjectif « possible » désigne dès lors un monde qui serait absolument parfait en soi. Cette utopie apparente dissimule à peine une dystopie dont l’histoire se déroule à Londres à une date imaginaire.

Dans cette société, les hommes vivent dans un État unique appelé « l’État mondial ». Ceux qui y vivent sont des individus socialement dressés. Ceux qui ne le sont pas appartiennent aux « sauvages » et sont regroupés dans des réserves. Pour ce qui est de l’éducation, l’enseignement de l’histoire a disparu, jugé inutile. En réalité, les anciennes sociétés ont été détruites à cause d’une guerre mondiale, la « guerre de 9 ans ».

Concernant la religion, les cultes chrétiens sont interdits, considérés comme trop passionnés. Les croix chrétiennes ont été coupées à leur sommet pour former un « T », qui symbolise l’être suprême, à savoir Henry Ford, et fait référence son modèle de voiture, la Ford Model T. La supplication « Dieu du Ciel ! » est remplacée par « Ford du Tacot ! » Les fidèles doivent prendre le Soma, la drogue du bonheur qui peut plonger dans l’illusion d’une béatitude paradisiaque.

bannière à retenir

À retenir

Ici, la référence à Henry Ford, un entrepreneur américain à qui on doit le modèle industriel fordiste, montre l’ancrage de la dystopie dans le réel. Bien qu’il s’agisse d’une fiction qui se situe hors du monde réel, on comprend que le véritable sujet de l’œuvre est une critique de la société contemporaine. À la différence notable d’une utopie, la dystopie ne se situe pas seulement hors du monde, elle en est le reflet.

Henry Ford (1863-1947) est un entrepreneur américain à l’origine du modèle industriel fordiste, qui s’inspire du taylorisme et s’appuie sur la division du travail et la conception de systèmes de production standardisés. Autrement dit, il est à l’origine du travail à la chaine dans les usines.

Alt texte Henry Ford, 1919, photographie de Hartsook

La reproduction sexuée habituelle n’existe plus. Tous les humains sont fabriqués en laboratoire, dans le Centre d’incubation et de conditionnement de « Londres Central ». Les fœtus se développent dans des flacons. Un traitement des embryons détermine leur futur statut et leur place dans la hiérarchie sociale, avec les aptitudes, les attitudes et les goûts qui vont avec. Les embryons qui sont destinés à faire partie des castes inférieures reçoivent une dose d’alcool : celle-ci vient perturber leur croissance, les rend rachitiques et produit des effets traumatiques. Cette pratique eugéniste a pour but de réguler le marché du travail et de prévoir le nombre de personnes dont la société a besoin pour assurer tel ou tel service et satisfaire tel ou tel besoin. Le « service de prédestination » s’occupe de cette gestion, notamment en définissant des quotas. Les individus destinés aux castes inférieures sont produits en série selon des procédés qu’on appellerait aujourd’hui de « clonage » et qui sont ceux de la fabrication à la chaîne des voitures Ford, selon les principes de l’organisation scientifique du travail (le modèle fordiste). Enfants, les individus reçoivent un enseignement « hypnopédique », c’est-à-dire un apprentissage par des conditionnements mentaux qui ont lieu durant leur sommeil. Le but est d’ancrer en eux une morale subconsciente garantissant leur docilité.

La société stigmatise les sujets tels que la reproduction sexuée, la maternité, la famille et le mariage. La sexualité existe comme activité, non de reproduction, mais seulement de plaisir. La durée des relations est limitée à quelques semaines, afin que des liens d’attachements n’apparaissent pas. La contraception est extrêmement développée. En ce qui concerne la vie sociale, tous les membres de la société, quel que soit leur rang, sont conditionnés pour être de bons consommateurs. La participation à la vie sociale est obligatoire et la solitude est un comportement considéré comme marginal et suspect.

Dans l’extrait suivant, John dit « Le Sauvage » est arrêté par la police après un moment de révolte. Une discussion a lieu avec Mustapha Menier, un représentant du Gouvernement Mondial. Après que John ait critiqué la société de consommation et ce qu’elle a fait de l’homme, à savoir un lâche qui s’ignore et n’a plus rien de « noble, beau et héroïque », Mustapha Menier lui répond :  

« – Mon cher jeune ami, dit Mustapha Menier, la civilisation n’a pas le moindre besoin de noblesse ou d’héroïsme. Ces choses-là sont des symptômes d’incapacité politique. Dans une société convenablement organisée comme la nôtre, personne n’a l’occasion d’être noble ou héroïque. Il faut que les conditions deviennent foncièrement instables avant qu’une telle occasion puisse se présenter. Là où il y a des guerres, là où il y a des serments de fidélité multiples et divisés, là où il y a des tentations auxquelles on doit résister, des objets d’amour pour lesquels il faut combattre ou qu’il faut défendre, là, manifestement, la noblesse et l’héroïsme ont un sens. Mais il n’y a pas de guerres, de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d’aimer exagérément qui que ce soit. Il n’y a rien qui ressemble à un serment de fidélité multiple ; vous êtes conditionné de telle sorte que vous ne pouvez vous empêcher de faire ce que vous avez à faire. Et ce que vous avez à faire est, dans l’ensemble, si agréable, on laisse leur libre jeu à un si grand nombre de vos impulsions naturelles, qu’il n’y a véritablement pas de tentations auxquelles il faille résister. Et si jamais, par quelque malchance, il se produisait d’une façon ou d’une autre quelque chose de désagréable, eh bien, il y a toujours le soma qui vous permet de prendre un congé, de vous évader de la réalité. Et il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. Autrefois, on ne pouvait accomplir ces choses-là qu’en faisant un gros effort et après des années d’entraînement moral pénible. À présent, on avale deux ou trois comprimés d’un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. Le christianisme sans larmes, voilà ce qu’est le soma. »

Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, 1932.

Dans cette société, en apparence, tout va bien, donc. Mais la répression y est latente et la violence larvée. Le conditionnement collectif suffit à étouffer toute révolte en retirant cette idée de l’esprit humain et en limitant ses aptitudes, intellectuelles, physiques et morales.

  • L’éducation ne relève pas du développement personnel mais de l’insertion professionnelle prédéfinie.
  • La connaissance scientifique n’est en aucun cas vulgarisée (mais ses secrets sont bien soigneusement cachés).
  • La pensée critique est anesthésiée. Ainsi, pas de philosophie. Les médias (la télévision notamment) diffusent des informations et des divertissements futiles qui sont autant de tranquillisants sociaux et de formes d’endormissement des consciences. Le bavardage, comme forme non critique de l’échange verbal, est favorisé. Rien de sérieux ne doit être mis en avant : tout doit être léger et joyeux, standard humain exhibé par la publicité.

Le Meilleur des mondes révèle donc différents problèmes que l’auteur souhaite mettre en lumière : la société de consommation, l’idéal fordiste, la drogue et l’abandon des valeurs chrétiennes. À la différence du genre littéraire de l’essai qui s’appuie sur la démonstration, la dystopie s’appuie sur la monstration : l’auteur montre, par le biais d’un discours fictionnel, les défauts de la société. Ce n’est pas l’adhésion par la raison que l’auteur cherche à susciter chez le lecteur, mais une adhésion par l’émotion. La lecture de l’œuvre d’Aldous Huxley provoque volontairement un sentiment de malaise qui nous pousse à rejeter cette société supposément idéale.

Dystopie et paranoïa

En outre, beaucoup de dystopies montrent comment des systèmes totalitaires se construisent autour du délire mégalomane de certains dictateurs. Dans ce cas, la dystopie dévoile une société qui a l’air réelle et évoque de près des formes historiques du totalitarisme, notamment celle du nazisme. C’est en ce sens que le groupe Pink Floyd, a composé un album concept sur le sujet, The Wall, album musical sorti en 1979 qui a fait l’objet d’une adaptation cinématographique, un film musical, réalisé par Alan Parker, sorti en 1982.

Alt texte Logo de Pink Floyd

Pink Floyd est un groupe de rock britannique, psychédélique et progressif, fondé en 1965. Il est connu pour de nombreux albums, notamment The Dark Side of the Moon et Wish you were here.

Dans The Wall, Pink est une star du rock qui, depuis son enfance, se fabrique un mur protecteur derrière lequel il croit pouvoir se réfugier et se protéger. Ce mur est à la fois mental et social. Il construit cette barrière pour se préserver du rejet des autres qu’il subit depuis son plus jeune âge : son père est mort à la guerre et il cherche en vain un père de remplacement. Il est rêveur en classe et son instituteur l’humilie devant les autres élèves parce qu’il écrit des poèmes au lieu de suivre le cours et d’ânonner les leçons du maître. Sa mère est trop protectrice et castratrice. Plus tard, son mariage est un échec et il sombre dans la drogue. À chaque étape traumatisante de sa vie et de sa relation aux autres, une brique est ajoutée à la forteresse intérieure : encore une brique de plus dans le mur – idée qui renvoie à la fameuse chanson « Another Brick in the Wall » – dont les interstices sont comblés pour devenir un enfermement totalement hermétique qui va produire ses propres monstres et ses propres délires.

Ce mur finit par étouffer Pink dans sa solitude et son malheur, jusqu’à la démence, une sorte de paranoïa qui, au-delà de la pathologie individuelle, constitue le symbole du sentiment de persécution que nous subissons tous dans notre système. En psychiatrie, la paranoïa est un trouble mental dont les symptômes sont des difficultés relationnelles, un enfermement sur soi et un délire de persécution dans lequel les autres sont vus comme des menaces d’agression. Cette pathologie peut s’accompagner d’une tendance à la mégalomanie en réaction aux comportements de protection, ce qui est le cas chez Pink : enfant esseulé, il devient une star à l’âge adulte et, dans un ultime délire qui relève très probablement de l’hallucination, il opère une mutation physique : la star de rock se transforme en dictateur.

Dans le film, trois chansons successives représentent l’apparition de cette dystopie mentale qui prend des allures de dystopie politique dans laquelle un dictateur veut imposer son régime totalitaire. Le processus de prise de pouvoir décrit dans ces trois chansons est comparable aux trois étapes qui ont mené Hitler au pouvoir.

Dans la première chanson, « In the Flesh? », juste après la mutation de la rock star en dictateur, Pink se rend à un meeting politique dont il est la vedette, tout comme il était la vedette de ses concerts. Il est désormais vêtu d’habits noirs, serrés de cuir à la taille, les cheveux tirés en arrière. Dans ce rassemblement politique, le ton est tout de suite donné : discours enragé au micro, couleurs rouges et noires, grands drapeaux tombant du plafond haut avec un sigle représentant deux marteaux qui se croisent, allusion à la croix gammée nazie. Pink salue la foule en croisant ses deux avant-bras, poings croisés, et la foule l’imite. La foule, aliénée à la cause de Pink, est en délire. Au milieu des signes de puissances, on aperçoit des feux dans de grandes coupes et des chiens de garde dans les allées. Une fanfare de cuivres et de percussions ainsi que des chœurs ponctuent le discours du dictateur. Le décor et l’ambiance de ce grand rassemblement rappellent clairement une autre dystopie qui a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique, à savoir 1984 de George Orwell, adapté en film par Michael Radford.

La deuxième chanson, « Run like hell », décrit la volonté de faire disparaître les personnes qui appartiennent à une « catégorie indésirable » : le paranoïaque veut détruire tous ceux qu’il croit être la source de son délire de persécution. Pink sort du meeting. Le public s’est transformé : les visages humains ont été remplacés par des masque anonymes et impassibles, sous l’effet du discours de Pink. Les individus sont devenus interchangeables. On ne leur demande qu’une seule chose : obéir. Les masques sont les mêmes que ceux des enfants au moment où apparaît, dans le film, la chanson « Another brick in the wall », lorsque Pink est encore écolier : les élèves masqués et à la démarche raide marchent sur un tapis qui les mène à une machine à broyer et les transforme en viande hachée.

« Run like hell » rappelle la terreur de la Nuit de cristal, pogrom nazi où des juifs allemands ont été assassinés, et des synagogues et des commerces juifs ont été détruits en novembre 1938. Dans The Wall, les personnes noires et les personnes juives connaissent le même sort.

Enfin, la troisième chanson « Waiting for the worms » décrit le point culminant de la folie et du délire de persécution de Pink : le persécuté mentalement persécute physiquement. En voici le texte et sa traduction :

Eins, zwei, drei, alle
Oh, you cannot reach me now
Oh, no matter how you try
Goodbye, cruel world, it’s over

Walk on by

Sitting in a bunker here behind my wall
Waiting for the worms1 to come
In perfect isolation here behind my wall
Waiting for the worms to come

Waiting to cut out the deadwood2
Waiting to clean up the city
Waiting to follow the worms
Waiting to put on a black shirt3
Waiting to weed out the weaklings
Waiting to smash in their windows
And kick in their doors4

Waiting for the final solution5
To strengthen the strain
Waiting to follow the worms
Waiting to turn on the showers
And fire the ovens6
Waiting for the queens and the coons
And the reds and the Jews7
Waiting to follow the worms

Would you like to see Britannia
Rule again, my friend? All you have to do is follow the worms
Would you like to send our colored cousins
Home again, my friend?
All you need to do is follow the worms

Un, deux, trois, tous
Désormais, vous ne pouvez plus m’atteindre
Vous pouvez toujours essayer
Adieu, monde cruel, c’est terminé

Poursuis ta route

Assis dans un bunker, là, derrière mon mur
J’attends que les vers1 arrivent
Complètement isolé, derrière mon mur
J’attends que les vers arrivent

J’attends de couper le bois mort2
J’attends de nettoyer la ville
J’attends de suivre les vers
J’attends de revêtir une chemise noire3
J’attends d’éliminer les faibles
J’attends de briser leurs fenêtres
Et d’enfoncer leurs portes4

J’attends la solution finale5
Pour faire grimper la tension
J’attends de suivre les vers
J’attends d’ouvrir les douches
Et de chauffer les fours6
J’attends les homosexuels et les nègres
Et les rouges et les Juifs7
J’attends de suivre les vers

Aimerais-tu voir la Grande-Bretagne
Régner à nouveau, mon ami ?
Tout ce que tu as à faire, c’est de suivre les vers
Aimerais-tu renvoyer nos cousins de couleur
Chez eux, mon ami ?
Tout ce que tu as à faire, c’est de suivre les vers

1 En anglais, « worms » signifie à la fois « vers de terre » et « minables », « bons à rien ».
2 En anglais, l’expression « cut out the deadwood » désigne à la fois l’action de couper le bois mort d’un arbre et le fait de se débarrasser des improductifs, des indésirables.
3 La chemise noir fait référence à l’uniforme SS.
4 Il s’agit ici d’une référence à la Nuit de cristal.
5 Le terme « solution finale » fait référence au génocide perpétré par les nazis.
6 Les douches et les fours font référence aux chambres à gaz et aux fours crématoires des camps d’extermination nazis.
7 Les homosexuels, les « nègres », les rouges et les Juifs font référence aux victimes du nazisme.

L’action du dictateur est engagée, le processus est irréversiblement enclenché : « Tu ne peux plus m’atteindre maintenant / Peu importe à quel point tu essayes ».

  • Le totalitarisme apparaît au grand jour et va s’imposer au monde.

L’action, à ce moment du film, illustre un principe politique que Machiavel avait déjà énoncé au XVIe siècle dans son livre Le Prince : le pouvoir s’appuie sur l’adulation et la crainte.

Les « vers » (« the worms ») de la chanson représentent tous ceux que le dictateur veut écraser : bons à rien, boulets de la société, homosexuels, communistes (les « rouges ») et juifs.

Le cynisme du texte réside dans la phrase « Adieu monde cruel », le monde cruel étant ici la société démocratique que Pink veut remplacer par son « monde meilleur », son « meilleur des mondes », sa dictature.

L’expression « nettoyer la ville » indique clairement une volonté de « purge » : il s’agit d’éliminer tous ceux qui gênent. La référence à la Shoah est explicite : « Attendant la solution finale / Attendant d’ouvrir les douches / Et de chauffer les fours ».

L’un des effets déroutants de cette représentation est l’association de ces références nazies à l’Angleterre (« Aimerais-tu voir la grande Bretagne / Régner à nouveau, mon ami ? », signe que les horreurs du totalitarisme auraient pu venir d’un autre pays que l’Allemagne.

Le caractère terrorisant des scènes est renforcé par l’insertion de passages de dessins d’animation de Gerald Scarfe montrant notamment les marteaux du signe dictatorial qui se croisent pour marcher au pas, sous la forme de géants qui nous écrasent.

Conclusion :

Ainsi, le genre de la dystopie s’est développée historiquement pour décrire les mécanismes du totalitarisme et en particulier ceux qui se manifestent à partir du XXe siècle. La dystopie a pour fonction, à l’origine, de révéler les limites de l’utopie conçue comme projet de société, comme ce fut le cas dans le régime nazie notamment. Mais sa principale fonction est de caricaturer certains traits de la société moderne par le biais de romans fictionnels d’anticipation afin d’en mettre en lumière les défauts et les déviances possibles. Outre le système politique, elle peut alors aborder de nombreux thèmes : les drogues de synthèse, le rôle des nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, la bioéthique, etc.