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Le libre arbitre

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Problématiques

  • Le libre arbitre est-il réel ou illusoire ?
  • La critique du libre arbitre signe-t-elle l’effondrement de la morale et de la justice ?
  • Saint Augustin et le libre arbitre

Le théologien explique que Dieu n’est pas responsable du mal. Selon lui, l’Homme est seul fautif car : « Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché ».

Augustin fait l’hypothèse de l’existence d’un libre arbitre afin de dédouaner Dieu de la responsabilité du mal sur Terre. Le libre arbitre nous vient donc de Dieu. Si nous nous en servons pour faire le mal, Dieu n’est pas responsable car nous avons le choix. Le libre arbitre est un don divin qui offre à l’Homme la capacité de choisir entre le bien et le mal.

  • Descartes et le libre arbitre

Au XVIe siècle, Descartes affirme qu’un acte est libre dès qu’il résulte d’un choix de notre volonté. L'exercice de la volonté qui consiste à faire ou non quelque chose, c’est le libre arbitre. Il s'agit en fait d'un pouvoir, celui de se déterminer indépendamment de toute contrainte extérieure, mais aussi d’être la cause de nos actes.

  • Fernando Savater, Éthique à l’usage de mon fils

Le penseur espagnol commente l’exemple mythologique d’Hector, un héros troyen qui doit combattre le puissant Achille. Hector a-t-il le choix de combattre ? Son choix est déterminé à l’avance par de multiples causes :

  • sa culture et son éducation lui ont inculqué qu'il faut combattre les ennemis de Troie ;
  • ses valeurs comme le sens de l'honneur et du devoir l'incitent à défendre ses concitoyens et sa cité sans se poser de question ;
  • son caractère impétueux et bouillonnant l'incite à rivaliser d'ego avec Achille.

Autrement dit, nous pouvons penser qu’Hector n’a pas vraiment le choix d’aller combattre, et qu’il est déterminé à le faire. Nous pouvons penser qu'il n’est pas libre, mais contraint par la force des déterminismes, comme les dominos de l'exemple sont déterminés à tomber. Pourtant, nous continuons de l’admirer car nous considérons qu’il pourrait choisir d’ignorer ces influences et de refuser le combat, malgré tous les conditionnements qui pèsent sur sa volonté. D’ailleurs, son frère Pâris fuit le combat la première fois qu’il rencontre Ménélas, le roi de Sparte. Pourtant, Pâris a reçu la même éducation que son frère, il est conditionné par les mêmes valeurs. Hector est donc libre parce qu’il peut faire un choix, envers et contre toutes les influences qui pèsent sur ce choix.

  • Ce qu’implique le libre arbitre pour Thomas d’Aquin

Le théologien Thomas d’Aquin affirme que sans libre-arbitre « les conseils, les exhortations, les préceptes, les interdictions, les récompenses et les châtiments seraient vains ».

Son raisonnement est plein de bon sens. En effet, si l’Homme n’était pas libre et n’avait pas le choix de résister aux nombreuses influences qui pèsent sur lui, alors comme l’animal, il ne serait pas responsable de ses actes. Il ne pourrait pas être puni d’avoir mal agi.

  • Spinoza et la superstition du libre arbitre

Selon Spinoza, tout événement est déterminé par les causes qui le précèdent. Dans l’exemple des dominos, une loi physique s'applique.

La loi de la causalité est la loi selon laquelle un effet a nécessairement une cause. Il ne peut en être autrement pour tous les phénomènes existants. Spinoza se demande alors pourquoi la volonté serait une exception à cette règle. Pour lui, l’idée que la volonté exerce un libre arbitre sans être poussée par autre chose est impossible et relève du miracle. Un miracle est ce qui contredit les lois de la physique. Se croyant doté d’un libre arbitre, l’Homme se prend pour un être miraculeux, un petit dieu qui interrompt la causalité et se pose comme créateur tout puissant de son acte.

Pour Spinoza, le libre arbitre relève donc de la croyance religieuse. C’est une superstition.

  • Spinoza et l’innocence de l’Homme

Spinoza distingue le plan moral et le plan juridique.

D’un point de vue moral, il considère que l’Homme est innocent car il n’a pas la possibilité de choisir entre un bon ou un mauvais usage de son libre arbitre. En effet, dans sa conception, le libre arbitre n’existe pas. La volonté humaine est en prise directe avec les déterminismes qui pèsent sur un acte. Hector est déterminé à être courageux et à se battre contre Achille. Un criminel est déterminé à être criminel. Et il est excusable car Spinoza affirme « qui devient enragé par la morsure d’un chien doit être excusé ».

Du point de vue juridique néanmoins, « on a le droit de l’étrangler », conclut le philosophe. Cette métaphore explique qu’un individu nuisible aux autres est responsable pénalement, et doit être mis hors d’état de nuire afin de protéger la société. Accabler moralement cet individu est cependant inutile. Nous devrions plutôt faire preuve de compassion à son égard, car son impossibilité d’être autre chose qu’un criminel le condamne à être mis en marge de la société.

La thèse de Spinoza rend l’Homme responsable devant la loi, même s’il est victime de ce qui le détermine.

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À retenir

  • La tradition philosophique croit en l’existence du libre arbitre. Il s’agit d’une volonté consciente qui permet à l’Homme d’opérer des choix libres, c’est-à-dire en faisant abstraction des influences qui pèsent sur ses actes.
  • Comme le prouve le raisonnement de Spinoza, l'existence du libre-arbitre est contestable.
  • Néanmoins, les hommes continuent de croire au libre arbitre pour des raisons d’ordre moral et juridique. Si nous n’avions pas la possibilité d’agir librement, nous ne pourrions pas être tenus pour responsables de nos actes. Aucun acte ne serait plus condamnable, et la vie en collectivité deviendrait impossible.