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Le travail

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Problématique

  • Le travail est-il un sacrifice de soi, une aliénation de sa personne au profit du système exploitant ?

Définitions à connaître : travail, division du travail, sublimation, dialectique, lutte des classes, aliénation.

  • La malédiction de la Génèse

La souffrance liée au travail semble s'inscrire dans l'histoire humaine comme une malédiction. Elle est racontée dans le livre III de la Genèse. Parce qu'il a écouté la voix de sa femme, Adam mange le fruit défendu. Dieu le condamne alors à gagner son pain « à la sueur de son visage ».

  • Le travail est donc un châtiment divin sortant l’être humain du paradis où il n’avait pas besoin de travailler.
  • Hegel : le travail affirme et exploite l’intelligence humaine

Selon Hegel, c’est parce que l’humain peut inscrire son empreinte dans son environnement qu’il éprouve de la satisfaction à travailler. En effet, percevoir le gage de notre inventivité et de notre intelligence dans nos productions est une forme de jouissance supplantant tous les efforts consentis. L’effort dans le travail humain est très différent de la manière instinctive dont les animaux s’activent.

  • Le produit d’un travail naît donc d’une transformation consciente et progressive, de plus il nous révèle à nous-même.
  • La dialectique du maître et de l’esclave selon Hegel

Dans La Phénoménologie de l’Esprit, Hegel utilise la dialectique du maître et de l’esclave pour expliquer que l’esclave est plus libre que le maître, grâce au travail. Voilà son expérience de pensée :

Dans une exploitation des esclaves travaillent pour un maître, ces premiers savent tout faire (travailler le champ, la terre, faire la cuisine, coudre, etc.) alors que le maître, lui, ne fait que les exploiter pour obtenir ce dont il a besoin.
Un jour, un esclave se rebelle, convainc les autres qu’il faut arrêter de travailler pour le maître car ils n’ont rien en retour : dans cette situation, les esclaves deviennent maîtres, car ils savent travailler alors que le maître n’est bon qu’à donner des ordres.
Alors le maître, devenu esclave, au lieu d’user de violence – pour récupérer sa position – propose un marché : les terres que les esclaves cultivent sont les siennes, il est donc logique qu’il en bénéficie, mais puisque c’est eux qui travaillent – et qui ont le savoir-faire – il est juste de leur donner une rétribution, un salaire !

  • D’esclaves, les travailleurs deviennent salariés et du statut de maître, celui-ci devient patron.
  • Le travail humain selon Marx

Marx insiste sur le fait qu’un travail humain repose sur la conscience du travailleur à l'égard de son projet d'action et de ses actes : c’est le marxisme. Il dénonce le capitalisme parce qu'il pervertit ce rapport de l’être humain au réel et déshumanise le travail. Dans Le Capital, Marx critique la manière dont le capitalisme exploite les travailleurs et leur vole la conscience qu'ils ont de transformer le réel. Selon lui, la lutte des classes est donc le moteur de l’Histoire et son abolition est le but de l’État.
Par ailleurs le système capitaliste est marqué par une industrialisation massive des systèmes de production.

  • Par cette avancée technique, l’humain se libère des tâches les plus ingrates et devient plus efficace dans sa production – grâce aux machines. Or, ce système tayloriste est poussé tellement loin que les individus deviennent des machines.
  • F. W. Taylor et le travail à la chaîne

F. W. Taylor a inventé une production dite « à la chaîne » : un produit passe d’ouvrier à ouvrier, chacun doit effectuer une tâche, une action simple et ce jusqu’à ce que le produit soit fini. Ce système tayloriste est l’exemple le plus courant dans l’industrie de « division du travail ».
Malheureusement, même si le travail à la chaîne est plus efficace, il modifie le rapport de l’être humain au travail : dépossédant le travailleur ou la travailleuse du fruit de sa production. La personne est réduite à une main performante, habile et rapide sans conscience du résultat final. Le travail devient une abstraction sans réalité concrète, la personne est alors aliénée.

  • Les Temps modernes de Charli Chaplin montre bien l’aberration d’un tel système poussé à l’extrême où l’humain devient une machine vivante.
  • Le travail selon Freud

Freud voit dans le travail une valeur sûre de notre civilisation. Selon lui, l’humain est soumis à de puissants instincts le tournant vers sa propre satisfaction, en ignorant autrui et la collectivité (par exemple notre libido brasse une énergie naturellement asociale et perverse). Freud considère ainsi que les activités ayant construit nos civilisations, telles que l’art, le sport, le travail, ne font qu’en vérité sublimer nos instincts égoïstes.

  • Le travail est vu comme une sublimation, c’est une grande valeur à l’origine de nos sociétés, assurant leur survie sociale et morale.
  • Le travail selon Nietzsche

Nietzsche dresse ce constat dans son ouvrage Aurore en 1881 : le travail prend le temps et l'énergie des individus. Il est donc le meilleur moyen de contrôler leurs débordements de violence. C'est une sorte de police, garante de la sécurité du corps social. Par son travail, chacun est tenu en bride, et consume une grande quantité de force nerveuse qui pourrait être placée ailleurs, dans des occupations mettant en péril le corps social, ou lui apportant une émancipation plus personnelle.

  • Pour Nietzsche, le travail s’oppose au développement de soi. Il est donc un moyen pour l’État de contrôler le corps social : privant l’être humain de ses instincts asociaux et d’entraver son désir d’émancipation individuelle.
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À retenir

  • Aimer son travail est donc possible pour plusieurs raisons :
  • parce qu'il contribue à nous mettre en relation avec le réel et à nous en emparer ;
  • parce qu'il permet de se sentir utile socialement ou de développer des vertus morales ;
  • parce qu'il empêche de s'ennuyer.
  • Pour toutes ces raisons, beaucoup de personnes sont persuadées que le travail est une bénédiction. Il est aimé comme une valeur essentielle qui contribue à notre socialisation et à notre moralisation.
  • Or accorder une valeur positive au travail ne doit pas nous faire oublier son versant négatif : un travailleur ou une travailleuse est aussi une personne exploitée par la société capitaliste qui le gouverne.
    En effet, lorsque l’humain en arrive à ignorer ce qui peut lui donner satisfaction hors de son travail et qu'il se jette dans des formes triviales de loisirs et de consommation, alors le travail n'est rien d'autre qu'une aliénation. Or, une pratique qui empêche un individu de bien vivre et de s'accomplir individuellement est déshumanisante.