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La justice et le droit

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Problématiques

  • Qu’est-ce que réellement souffrir d’une injustice ?
  • Suffit-il de se conformer à la loi pour être juste ?
  • La justice n’est-elle pas d’abord une vertu humaine, la volonté de respecter autrui et son bien ?

Définitions à connaître : droit, justice, morale, droit positif.

  • La justice et la société selon Platon

Dans La République, de Platon, Socrate affirme que l’ordre le plus souhaitable pour l’âme humaine et au sein de la cité est un ordre juste. Une personne juste équilibre toutes les forces en elle et atteint une stabilité physique et psychologique. Dans la cité, l’ordre juste est celui où chacun a sa place et s’en trouve satisfait. La justice est donc d’abord une vertu individuelle, une qualité morale, qui s’entretient et se répercute dans l’organisation sociale.

  • Aucune cité ne peut être juste si l’individu ne cultive pas en lui la vertu du juste.

Concernant l’injustice, dans le Gorgias de Platon, Socrate débat avec Polos. Selon ce dernier, il est préférable de commettre l’injustice plutôt que la subir. Socrate lui, défend l’exact inverse disant qu’il est « préférable de subir l’injustice plutôt que la commettre ». En effet, le mal causé par l’injustice que l’on commet est bien plus profond et durable sur notre âme et sur la société, que le mal qu’on subit.

  • Glaucon et l’histoire du berger Gygès

Face à Socrate, le sophiste Glaucon est persuadé qu’aucun individu n’est juste par choix. L’être humain juste est un hypocrite qui porte un masque, et le retire à la première occasion. Pour défendre sa thèse, Glaucon raconte à Socrate l’histoire du berger Gygès, citoyen exemplaire et bon père de famille :

Un jour, Gygès trouve un anneau qui le rend invisible. Dès l’instant où il comprend qu’il ne risque plus d’être puni grâce à son invisibilité, Gygès se met à commettre sans cesse des injustices. Il vole, viole et tue. Le brave Gygès devient alors un véritable malfaiteur. Sa fidélité à la justice et son respect du bien d’autrui n’étaient qu’apparents et non un choix sincère. Glaucon en conclut que dès qu’il en a l’opportunité, l’être humain ne résiste pas au pouvoir illimité de faire comme bon lui semble.
Dans ce cas, pourquoi la plupart des êtres humains respectent-ils la justice ? Selon Glaucon, c’est seulement parce qu’ils ont peur du gendarme et de la punition que les humains respectent les lois. Ce n’est en aucun cas par vertu ou par choix.

  • La justice selon Glaucon est ainsi une contrainte sociale qui bride notre puissance d’agir dès qu’elle devient nuisible pour autrui.
  • Hobbes et l’État de nature

Selon Hobbes, l’état de nature – à savoir l’être humain tel qu’il serait sans la société – est fondamentalement mauvais. Sans la société, et donc sans le contrat social, l’être humain commet l’injustice par peur de la subir. Il justifie ainsi la monarchie absolue dans son œuvre la plus connue, le Léviathan. Selon lui, le meilleur moyen d’obtenir une paix sociale est de garantir le respect du contrat social en déléguant la totalité du pouvoir du peuple entre les mains d’un seul individu.

  • En possédant les pleins pouvoirs, il pourra juger rationnellement de ce qui est bon pour les autres puisqu’il n’aura pas peur de subir l’injustice.
  • Hannah Arendt et la « banalité du mal »

Selon Hannah Arendt, le propre du totalitarisme est de chercher à développer une pensée unique et de rendre les citoyens incapables de critiquer le gouvernement. Ainsi certains individus réalisent que ces lois heurtent notre conscience morale mais s’y soumettent par peur des sanctions. D’autres suivent le règlement sans s’interroger sur la valeur morale de leurs actions.

  • C’est ce que la philosophe allemande a appelé la « banalité du mal ».
  • Le droit positif et le droit naturel chez Sophocle

L’histoire d’Antigone, héroïne d’une tragédie écrite par Sophocle il y a plus de 2 400 ans, donne une idée de ce qu’est le droit naturel. Antigone a deux frères, Polynice et Étéocle, qui s’entretuent pour le pouvoir. Créon, roi de Thèbes, décide de faire de Polynice un exemple et lui refuse les rites funéraires car la loi prohibe toute cérémonie religieuse aux ennemis de Thèbes. Or, Antigone refuse d’obéir et accomplit les rites funéraires pour Polynice, en effet elle refuse le droit positif au nom d’un droit divin.

  • Certaines lois divines non-écrites et éternelles sont inviolables, comme le droit pour un mort d’être enterré décemment.
  • En revanche, Créon soutient que les lois humaines ne peuvent être enfreintes pour des histoires de conviction personnelle et Antigone fustige la justice de sa cité en ignorant la loi. Elle est alors condamnée à mort.

Dans cet affrontement, les deux protagonistes sont chacun dans leur bon droit. Antigone est dans son droit puisqu’elle agit au nom de la justice divine qu’aucune loi ne peut contrarier, et Créon est dans son droit également puisque, étant garant de la stabilité de Thèbes, il doit faire respecter la justice de sa cité. Il ne s’agit donc pas de prendre parti, mais de retenir les idées importantes au cœur de ce conflit :

  • Il faut distinguer le droit positif, un droit institutionnel relatif à chaque société qui évolue, des droits naturels dont tout être humain dispose dès sa naissance et qu’il mérite, qu’importe son origine ethnique, sociale ou géographique, mais aussi quels que soient son comportement et ses actes.
  • La justice selon John Rawls

Rawls défend l’égalité des chances comme moteur de la justice sociale. Ce principe de l’égalité des chances doit permettre à tous un même accès aux diverses fonctions de la société. Naître dans telle ou telle catégorie sociale, avec un faible quotient intellectuel ou un handicap n’est pas juste : l’état doit considérer les facteurs sociaux et naturels pour établir une véritable égalité des chances. Celle-ci peut mener à des inégalités si les membres les plus désavantagés de la société en retirent un avantage.

Rawls propose une expérience de pensée appelé le « voile d’ignorance » : si chacun défend leur intérêt sans prendre en compte qui ils sont, leur intérêt est alors celui de tout le monde. Selon lui, un tel débat aurait dégagé deux principes de justices qui sont le fondement de toute société équitable : une égalité des chances pour accéder à la place qu’on veut en société et une juste distribution des richesses.

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À retenir

  • Pour que justice soit faite, un juge doit prononcer une sentence en appliquant une loi. Agir par vengeance consiste à rétablir l’équilibre sans égard pour la justice.
  • Agir au nom de la justice suppose d’accepter la médiation d’un arbitre raisonnable pour régler un conflit : seule la raison du juge est impartiale. La justice donne à chacun la possibilité morale de rester digne.
  • Un juge équitable ne prend pas la loi au pied de la lettre. Il doit en appliquer l’esprit en tenant compte des circonstances et du contexte du délit.
  • L’être humain peut se détourner de la loi au nom de valeurs qu’il juge moralement plus dignes : ce qui est légalement souhaitable devient secondaire.