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La religion

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Introduction :

Le mot religion vient du latin religare, qui signifie « relier ». La philosophie comprend et analyse donc la religion comme un lien. Un lien entre les hommes, mais aussi entre l’individu et le divin. D’une part effectivement, une religion est un ensemble de croyances et de rites qui unissent les membres d’une société. Partagée par plusieurs individus, elle crée du lien entre eux. D’autre part, la religion peut être vécue intimement. Elle lie alors chacun à une entité supérieure, une transcendance nommée Dieu.

Nous essaierons d’éclairer ces deux aspects de la religion en montrant d’abord qu’elle répond en même temps à un besoin collectif et individuel. Nous mettrons ensuite en évidence le problème de la connaissance de Dieu, et les caractéristiques de la foi.

Un besoin collectif et individuel

La religion répond à un besoin social

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À retenir

La religion répond à un besoin social. En société, l’un de ses principaux rôles est de protéger l’homme de ses semblables.

Pour preuve, le cinquième commandement de l’Ancien Testament est « tu ne tueras point ». Ce précepte religieux a une valeur morale, mais aussi une utilité sociale. Interdire le meurtre permet d’instaurer la sécurité nécessaire aux individus pour qu’ils vivent ensemble. La religion se base donc sur des impératifs moraux qui permettent de fonder des sociétés humaines, et de les maintenir. Elle discipline moralement les âmes, et préserve ainsi la stabilité sociale. Par ailleurs, le culte et la prière sont de bons moyens de rassembler les hommes autour des mêmes valeurs.

La religion est donc au fondement des sociétés. Elle en fédère les membres autour d’impératifs moraux, de valeurs et de pratiques communes. Métaphoriquement, la religion a donc un rôle de « ciment », elle soude la collectivité. Mais en plus de cela, la croyance religieuse est un besoin individuel que chacun ressent dès qu’il se questionne sur le sens de sa vie ou sur la condition humaine.

La croyance religieuse naît de la finitude humaine

La condition humaine se caractérise par sa finitude.

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Définition

Finitude :

La finitude désigne le fait que puisqu’il meurt, l’Homme est par essence terminé. Il est physiquement limité par sa propre mort, mais aussi intellectuellement par la compréhension de ses origines. En effet, l’Homme naît un jour, sans savoir pourquoi. Nous nous sommes tous déjà posé ces deux questions : « pourquoi je vis ? » et « pourquoi je meurs ? ».

Contrairement à l’animal, l’Homme a conscience de sa mort. Il est capable de réfléchir sur ses origines, et de formuler des hypothèses pour répondre à ces questions existentielles.

La religion apaise des angoisses

La mort a-t-elle du sens ?

Très tôt, vers sept ans, l’enfant prend conscience de la mort comme d’un événement inévitable et incompréhensible. L’angoisse de la mort provoque alors une réaction de défense, qui consiste à chercher un refuge pour calmer son esprit. La religion peut être ce refuge commun aux hommes. Lorsque l’on croit en Dieu, la mort trouve une explication et l’angoisse s’apaise. Les promesses religieuses adoucissent voire suppriment la terreur de mourir ou de voir ses proches mourir. Par exemple, la religion bouddhiste croit en la réincarnation. La mort ne concerne alors que le corps, et l’esprit est immortel.

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À retenir

Toutes cultures confondues, les hommes ont la même crainte de la mort, et le même besoin de trouver un refuge, un réconfort. Ils se tournent alors vers la religion.

L’existence a-t-elle du sens ?

En se tournant vers la religion, une autre angoisse disparaît : celle de nos origines : « pourquoi suis-je sur Terre ? », « pourquoi l’espèce humaine existe-t-elle ? » Nous jouons sur les divers sens du pronom interrogatif « pourquoi ». La réponse à la question « Pourquoi l’Homme existe-t-il ? » est double :

  • elle concerne les origines de l’Homme ;
  • mais aussi sa finalité, son but, son rôle sur Terre.

Aux questions fondamentales citées plus tôt, plusieurs réponses existent. Schématiquement, celles de la science et celles de la religion sont opposées. Pour la science, le big bang est à l’origine du monde. Avant ce « premier moment », elle reconnaît ne rien pouvoir dire de sûr. Il est impossible de savoir si un phénomène naturel ou bien un hasard est à l’origine de la création de l’univers. Pour la religion, Dieu est à l’origine de la création du monde, et elle donne une explication totale, à laquelle nous sommes libres de croire ou non. Quoiqu’il en soit, la science comme la religion parlent de cosmogonie.

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Définition

Cosmogonie :

La cosmogonie a deux significations :

  • c’est la science qui étudie la formation des objets de l’univers comme les planètes, les étoiles, les nébuleuses, les systèmes solaires ;
  • et c’est le nom donné aux histoires et aux légendes qui concernent les débuts du monde et son peuplement par Dieu.

Si l’on n’adhère à aucune des réponses possibles, l’incertitude demeure et avec elle l’angoisse. L’angoisse naît lorsque l’on ne parvient pas à trouver de réponse, que rien ne semble pouvoir expliquer ce que l’on vit ou ce que l’on ressent. Deux possibilités se présentent alors :

  • accepter qu’il n’y ait pas de réponse et gérer au mieux son angoisse,
  • ou préférer la réponse religieuse.

La religion vient au secours de l’esprit tourmenté, et propose cette réponse : l’origine du monde et de l’Homme sont dans la volonté de Dieu. Il a toujours été là, et le sera toujours.

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À retenir

Croire en un esprit tout puissant qui détient la clé de l’origine de l’univers et qui nous accueillera à notre mort permet de nous rassurer.

Ainsi, les angoisses de l’Homme disparaissent car Dieu possède les réponses à ses questions. Et même s’il n’est pas bavard, son silence garantit son écoute. C’est d’ailleurs parce que Dieu écoute que beaucoup de religions pratiquent la prière. C’est notamment le cas des trois grandes religions monothéistes. Comme la religion, la prière est une relation privilégiée de l’individu avec Dieu, mais aussi l’occasion de rapprochements entre les individus, puisque les croyants se rassemblent au même endroit pour prier.

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Réflexion

Freud et la religion

Au XIXe siècle, la psychanalyse se montre critique envers le besoin religieux de l’Homme.

« Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. »

Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, 1932

Selon cette affirmation, l’adulte demande à Dieu ce qu’il demandait à ses parents lorsqu’il était enfant, c’est-à dire être aimé et protégé. Le psychanalyste considère qu’un adulte qui croit en Dieu est encore un enfant en détresse. Pour Freud, nous pourrions nous passer de Dieu à condition d’apprendre à nous sécuriser seuls, sans convoquer une force bienveillante et puissante. Ainsi, la religion aiderait au mieux à gérer les angoisses liées à la finitude humaine.

Elle répondrait aux grands besoins de l’humanité, c’est-à-dire un besoin affectif de protection, et un besoin intellectuel de compréhension de soi-même et du monde.

Pour résumer, nous avons vu que la religion possède une fonction sociale et un rôle consolateur. Mais ses fonctions ne s’arrêtent pas là. Beaucoup d’hommes croient en l’existence de Dieu, éprouvent une foi inébranlable et font de cette expérience une richesse et un élan spirituel hors du commun. C’est pourquoi la philosophie s’intéresse au problème de la connaissance de Dieu et de la foi religieuse.

  • Quelles preuves les philosophes apportent-ils de l’existence de Dieu ?

Le problème de la connaissance de Dieu

Pour le savoir, nous devons déterminer si le lien qui unit l’homme à Dieu est affectif ou intellectuel.

L’existence du divin : une question de sentiment ou de raison ?

Dieu s’éprouve

Peut-on constater l’existence de Dieu ? D’ordinaire, nos sens suffisent pour constater l’existence de la plupart des choses. Mais Dieu n’est pas une entité matérielle. Par conséquent, constater visuellement son existence est impossible. Pourtant, certains hommes de bonne foi et sains d’esprit prétendent l’entendre ou avoir assisté à des interventions divines.

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Exemple

Prenons l’exemple de Lourdes. Cette ville de pèlerinage est connue pour ses miracles. Néanmoins, 69 seulement sont à ce jour officiels. Tous les miraculés attestent avoir été guéris par Dieu sans explication scientifique logique.

Toutes les pratiques religieuses privilégient la relation émotionnelle avec le divin. Pour renforcer l’émotion, le folklore religieux est essentiel. En effet, tout ce qui frappe nos sens a une puissance d’évocation très élevée : les statues que nous voyons, l’encens que nous sentons ou les prières et les chants religieux que nous entendons. La plupart des hommes, mêmes athées, peuvent éprouver une émotion religieuse comme un éblouissement face à l’esthétisme d’un temple ou un émoi lors d’un mariage religieux.

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Réflexion

La religion selon Pascal

Pascal, penseur du XVIIe siècle, défend l’idée selon laquelle l’expérience religieuse est avant tout émotionnelle. C’est une chose que l’homme éprouve. Mais comment parvenir à éprouver le sentiment religieux et la présence divine ?

Pascal répond que l’Homme doit avoir le courage de cesser de s’agiter et de se divertir dans toutes sortes d’activités, qui lui donnent l’illusion d’être comblé et de ne manquer de rien. Il doit accéder au silence intérieur, et accepter l’inactivité. Son manque et son vide existentiels apparaîtront alors douloureusement mais avec eux, paradoxalement, apparaîtra aussi la certitude de Dieu.

Car ce qui manque à l’Homme, c’est la perfection et la plénitude. Il les recherche toute sa vie, à travers ce qui le divertit. Or, être parfait et comblé sont des caractéristiques du divin. Donc l’homme qui accepte de ressentir le manque comprend que celui-ci est laissé comme une trace de Dieu en lui. Pascal affirme qu’en ressentant intensément ce manque, l’Homme se tourne vers Dieu, le reconnaît et aspire à le retrouver.

  • Le lien au divin ne relève donc pas du tout d’un acte intellectuel. La connaissance de Dieu ne se prouve pas, elle s’éprouve.

Dieu se prouve

Cependant, d’autres philosophes ne se contentent pas d’une certitude basée sur l’expérience de nos sens ou de notre for intérieur. Descartes ou Leibniz ont par exemple élaboré des preuves intellectuelles, des démonstrations de l’existence de Dieu qu’ils jugent objectives et acceptables par tout homme.

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Réflexion

La religion selon Descartes : l’argument ontologique

La démonstration mathématique prouvant l’existence de Dieu élaborée par Descartes au XVIIe siècle repose sur l’argument dit « ontologique », qui considère que Dieu possède toutes les perfections. L’existence est une perfection. Donc Dieu existe. Le raisonnement de Descartes est le suivant : un être parfait possède toutes les qualités, donc Dieu, qui est un être parfait, possède l’existence. En effet, nier l’existence reviendrait à retirer à Dieu une qualité et à lui attribuer une imperfection. De façon logique, il est donc contradictoire de reconnaître que Dieu est un être parfait et d’affirmer qu’il n’existe pas.

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Réflexion

La religion selon Leibniz : l’argument cosmologique

La deuxième démonstration assez convaincante de l’existence de Dieu a été popularisée par Leibniz au XVIIe siècle. Il s’agit de l’argument dit « cosmologique », qui se résume en une phrase :

  • « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Pour comprendre, revenons à l’une des questions existentielles de départ : pourquoi j’existe ? Leibniz généralise cette question et se demande globalement pourquoi quelque chose, une réalité, l’univers, la Terre et ses habitants existent.

Il se demande : pourquoi l’existence au lieu du rien ? Pourquoi l’existence au lieu de la non-existence ? La non-existence aurait été beaucoup plus simple. Par conséquent, l’existence, complexe à l’extrême, repose sur une intentionnalité, que les hommes ont appelée Dieu.

Nous devons certes reconnaître que le système solaire est né suite à un big bang. Mais pourquoi ce big bang s’est-il produit ? Une raison initiale à l’origine du monde est forcément nécessaire. Elle échappe à toute rationalité puisqu’elle n’est causée par rien, mais est la cause de tout. Cette raison absolue, cette intelligence originelle qui a décidé du quelque chose plutôt que du rien, est ce que nous pouvons nommer Dieu. Le texte de la Genèse le résume ainsi : « Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. » Mais que nous soyons persuadés de l’existence de Dieu ou que nous tentions de la démontrer, le rapport du croyant au divin est une expérience irrationnelle appelée la foi.

La foi, une alternative à la raison

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Réflexion

La religion selon Kierkegaard

Søren Kierkegaard, un penseur danois du XIXe siècle, analyse le rapport de l’Homme à la foi religieuse. Dans son ouvrage Crainte et Tremblement, il relate l’histoire d’Abraham et de son fils Isaac que Dieu réclame en sacrifice. Sans réfléchir, Abraham part sacrifier son fils sur le mont Morija. Kierkegaard explique :

« C’est par la foi qu’Abraham quitta le pays de ses pères et fut étranger en terre promise. Il laissa une chose, sa raison terrestre, et en prit une autre, la foi ».

Søren Kierkegaard, Crainte et tremblement, 1843

Que signifie « laisser sa raison terrestre » ? Cela ne veut pas dire qu’Abraham est fou au sens où il aurait perdu la raison. Abandonner ou laisser sa raison signifie qu’à aucun moment sur le chemin qui le mène au lieu du sacrifice, Abraham n’a douté de Dieu. Il ne s’est posé aucune question. S’il avait raisonné, Abraham se serait dit « Mais si Dieu est bon, pourquoi me demande-t-il de sacrifier mon fils ? ». Il se serait questionné sur l’existence réelle d’un Dieu qui donne un fils et le reprend. Peut-être même aurait-il plutôt offert un bélier à la place d’Isaac. Quel père sacrifierait son fils raisonnablement ?

Si Abraham était parti sacrifier Isaac avec sa raison, il aurait fini par douter de l’appel de Dieu. Mais douter est l’exact opposé de la foi. En doutant, Abraham aurait perdu la foi, et aurait perdu Dieu. Cependant, jusqu’au dernier moment, Abraham n’a pas douté. Pourquoi alors une telle détermination ? En abandonnant sa raison terrestre, Abraham supprime toute possibilité de troubler sa foi.

  • Pour le croyant, la foi religieuse est donc une alternative à la raison.

La foi est une sorte de certitude. Mais elle n’est pas prouvée, contrairement aux certitudes classiques. Abraham sait avec certitude que son fils sera sauvé, mais aucune preuve rationnelle ne lui permet de le savoir. Il peut seulement croire avec autant de puissance que s’il était certain que Dieu allait épargner Isaac. La foi d’Abraham est restée inébranlable. Et Isaac a été épargné par Dieu.

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À retenir

La foi apporte donc une certitude et une détermination aussi puissantes que celles apportées par la raison et la réflexion.

Conclusion :

La religion est un refuge pour l’Homme, et un garde fou pour la société. L’Homme a besoin de croire qu’il existe une transcendance créatrice et protectrice. Qu’elle soit le fruit de notre imagination, ou une réalité que peuvent appréhender le cœur ou la raison, cette transcendance permet à l’homme d’accéder à la foi. La foi est une alternative à la réflexion et au savoir rationnel. Elle permet à l’Homme d’inscrire des espoirs en lui-même et en l’humanité, et non dans la raison et la technologie.

Opposer radicalement la foi et la raison est toutefois abusif. Beaucoup de personnes, par ailleurs très raisonnables et à jour des dernières avancées technologiques, croient en l’existence de Dieu, quelle que soit la forme qu’elles lui donnent, et certaines pratiquent une religion.