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Le temps des dominations coloniales

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Introduction :

La colonisation a été un phénomène européen et mondial. Elle a commencé avec les premières découvertes de Christophe Colomb à la fin du XVe siècle et s’est poursuivie jusqu’au début du XXe siècle. De nombreux pays européens ont pratiqué la conquête coloniale et la France a été très active dans ce domaine : elle s’est lancée dans la colonisation dès le XVIIe siècle et avait fondé un véritable empire colonial au XIXe siècle.

L’objet de ce cours est l’empire colonial français en 1931 : nous ferons d’abord un rappel historique de sa construction et de ses enjeux (territoriaux et économiques) avant de présenter l’opposition entre la politique colonialiste et les idéologies anticolonialistes.

L’empire colonial français

Les différentes formes de colonies

Les motivations à la colonisation ont été multiples :

  • la convoitise économique ;
  • l’expansion militaire et l’impérialisme ;
  • les conversions religieuses ;
  • ou encore le sentiment de supériorité de l’ « homme blanc ».

Cette colonisation s’est faite dans la violence dès le départ. En 1931, l’Empire français est le deuxième empire au monde derrière le Royaume-Uni avec 21 millions de km2 et 110 millions d’habitants.

Empire colonial français Empire colonial français - ©Shid0x02 - CC-BY-SA-3.0

Sous le mot « colonie » se cachent différentes réalités, il existe trois exemples de colonies dans l’empire français :

  • Les protectorats, sous le régime de l’administration indirecte, sont un système de semi-autonomie où la bourgeoisie locale était théoriquement associée à la gestion des affaires. Même si les autochtones pouvaient gérer avec une liberté relative les affaires courantes, la France se réservait les principaux ministères comme la monnaie, la défense ou la diplomatie. C’était le cas de la Tunisie et du Maroc par exemple.
  • La colonie sous administration directe, où la France dirigeait seule et exerçait exclusivement les pouvoirs. C’était le cas en Afrique occidentale française.
  • La colonie de peuplement, où les Français ont immigré en masse. L’Algérie par exemple, était un territoire de droit français où vivait un million de Français d’origine européenne pour 9 millions d’Algériens.

Afin de contrôler les populations des colonies, l’État français a mis en place le code de l’indigénat, qui fut adopté en 1881 et appliqué dans l’empire colonial en 1887. Selon ce code, les indigènes peuvent être soumis aux travaux forcés, il leur est interdit de circuler la nuit, et les populations peuvent être réquisitionnées… Il y a donc deux catégories de citoyens :

  • les citoyens français d’origine européenne d’un côté ;
  • les sujets français, qu’on appelait alors « indigènes », de l’autre.

Ce sont ces sujets français qui sont soumis au code de l’indigénat. Ils ne bénéficient pas de l’égalité juridique ou politique. Par ailleurs, la violence à l’encontre des peuples colonisés, qu’elle soit physique ou morale, était présente dans les colonies. Le code de l’indigénat a été aboli en 1946 dans tout l’empire français, sauf en Algérie.

Le processus d’acculturation

Aux inégalités juridiques et politiques s’ajoutent des inégalités sociales et culturelles. À part une frange très minoritaire de la bourgeoisie indigène, la grande majorité des peuples colonisés est dans une misère sociale et culturelle, car très peu d’enfants sont réellement scolarisés.

Loin d’inciter les indigènes à conserver leur coutumes et traditions, la France lance un processus d’acculturation des populations.

  • Beaucoup de missionnaires religieux français furent par ailleurs envoyés pour évangéliser ces populations.
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Définition

Acculturation :

L’acculturation est un phénomène d’échange de coutumes qui intervient naturellement lorsque deux cultures différentes entrent en contact.

Dans le cas d’une politique d’acculturation en revanche, une population est contrainte d’apprendre une langue, une histoire et une religion qui ne sont pas les siennes, tandis que sa culture propre est dénigrée, voire détruite.

En métropole, la colonisation s’est traduite par la création de véritables zoos humains à la fin du XIXe siècle. Les visiteurs y assistaient à la présentation des « indigènes », traités comme des curiosités.

Les intérêts économiques

Bien sûr, certains se sont offusqués de cette façon de traiter les peuples colonisés et par extension, se sont opposés à la colonisation. Pour la justifier, l’État français met souvent en avant l’argument des investissements en matière de transports ou de santé. Il y en a effectivement eu, mais pas tant par empathie que pour faciliter le commerce avec la métropole. Les voies de chemin de fer, les routes, les ports… Tout était lié à l’acheminement des matières premières extraites des colonies vers la métropole pour que l’industrie les y transforme.

  • La France n’a industrialisé les colonies que dans son propre intérêt, en se réservant le bénéfice de l’exploitation des ressources.

Les colonies étaient par ailleurs soumises au principe de l’exclusif. La France s’assurait ainsi le monopole économique des richesses créées dans ses colonies.

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Définition

Principe de l’exclusif :

C’est le principe commercial auquel l’État français soumettait ses colonies, et qui consistait pour elles en l’interdiction de faire du commerce avec un autre pays que la France.

Colonialisme et anticolonialisme

Représentations des colonies

Un extrait édifiant de la propagande de l’époque qui accompagnait une affiche réalisée en 1930 pour le centenaire de la « libération » de l’Algérie résume les justifications de l’État français au sujet de sa politique de colonisation :

« Avant 1830, l’Algérie, province nominale de l’Empire turc, était un pays sauvage en pleine anarchie où une population de 1 million d’habitants vivait dans la plus grande misère, exploitée par des chefs cupides et barbares. Depuis cette date, la France y a planté son drapeau et, en libérant ses populations, en a fait une véritable province française florissante où 5 millions d’indigènes profitent de tous les bienfaits de la civilisation à côté des Français avec qui ils vivent dans la plus grande union affectueuse et le même amour pour leur commune patrie qui répand également sur tous sa généreuse bonté. 1930 sera donc l’anniversaire d’un grand jour pour l’Algérie qui, sous l’impulsion d’un chef éminent, le Gouverneur général Pierre Bordes, continuera dans le travail fécondateur et l’union de tous les cœurs sa marche ascendante vers son idéal de civilisation française, de paix et de fraternité. »

  • Ce discours est typique des représentations de l’empire colonial français, qui ont presque toujours été positives voire caricaturales. La France était toujours montrée sous un bon jour et ses larges bienfaits pour les « indigènes » étaient sans cesse vantés.

L’exposition coloniale de 1931

Cette propagande coloniale était en grande partie relayée par le parti colonial français qui, contrairement à ce que son nom indique, n’était pas un parti politique. C’est un ensemble de parlementaires de droite et de gauche, des intellectuels, des militaires, des géographes ou encore des hommes d’affaires, qui soutenaient et faisaient la promotion de la colonisation auprès de la population française.

Un parfait exemple de cette propagande a été l’exposition coloniale de 1931, faite pour promouvoir l’empire colonial et l’intérêt économique de la colonisation auprès des Français. Elle a eu lieu à Vincennes, sur 110 hectares, du 6 juin au 15 novembre 1931 sous la direction du maréchal Lyautey. C’était une exposition à la gloire de l’empire colonial français et de ses bienfaits pour les populations. Composée de 200 pavillons, elle a été visitée par plus de 8 millions de personnes.

  • C’est l’apothéose de la représentation de l’empire colonial français.

Contestations dans les colonies

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À retenir

Les colonies ont aussi été le lieu de contestations parfois violentes, et la Première Guerre mondiale a eu un rôle majeur dans les revendications des peuples colonisés. Il faut rappeler que ces derniers ont été mis à contribution dans les tranchées de la guerre de 1914-1918 et y ont subi de lourdes pertes.

Or, après ce véritable « impôt du sang » payé par les « indigènes », les rancœurs grandissent, car rien n’a bougé dans le système colonial. Face au refus de la France de leur accorder des droits, de nombreux peuples se rebellent contre le colonisateur et leurs révoltes sont durement réprimées.

  • Au Maroc par exemple, la guerre du Rif de 1921 à 1926 a été une période d’intense révolte menée par le chef de guerre Abd el-Krim.

Même s’il n’était question au départ que de gagner des droits, les bourgeoisies autochtones ont peu à peu organisé des mouvements indépendantistes en vue d’obtenir l’indépendance pure et simple. Parmi ces leaders indépendantistes on peut citer Ho Chi Minh au Vietnam, Bourguiba en Tunisie ou Ferhat Abbas en Algérie.

Loin des armes, la contestation se fait aussi sur le plan philosophique et culturel, avec par exemple le concept de « négritude », que théorisent le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Martiniquais Aimé Césaire.

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Définition

Négritude :

À l’opposé des visions réductrices des colons, la négritude est l’expression de la fierté de la culture et des racines noires des populations africaines et antillaises. La négritude est une notion positive qui s’oppose au qualificatif « nègre » volontiers employé jusqu’au XIXe siècle et devenu péjoratif aujourd’hui.

Idéologies et philosophies anticolonialistes

Les contestations n’étaient pas limitées aux seules colonies : elles étaient aussi présentes en métropole.

  • Le parti communiste a toujours lutté contre le colonialisme en faisant une critique marxiste des rapports de dominants à dominés. Il organise même une contre-exposition coloniale à Paris en 1931 qui, malgré de bonnes intentions, est loin de concurrencer celle du gouvernement.
  • Des intellectuels comme André Gide se mettent aussi à critiquer le système colonial quand ils découvrent les réalités du traitement des populations.
  • Certains chrétiens ne reconnaissent également pas leurs valeurs religieuses dans ce système colonial, et ce malgré sa prétendue mission civilisatrice.
  • Sur le plan économique enfin, certains économistes mettent en avant le bilan négatif des colonies : l’empire colonial coûterait plus à la nation qu’il ne rapporterait.

Il faudra attendre 1945 et des rapports de forces différents pour voir le début d’une décolonisation, parfois très violente comme au Vietnam ou en Algérie.

Conclusion :

La colonisation est un vaste sujet encore aujourd’hui. Il est très difficile d’en faire un bilan complet. Il est sûr que l’entreprise coloniale a été menée au détriment des peuples colonisés : la philosophie de la colonisation n’est pas compatible avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le pillage des ressources naturelles, l’acculturation, les zoos humains, le code de l’indigénat, entre autres, restent très présents dans l’esprit des peuples colonisés, de même que les guerres d’Indochine et d’Algérie.