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Le XVIIe siècle et le classicisme : contexte culturel et artistique

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Introduction :

Dans l’histoire de la littérature, la période classique débute en 1661, avec le règne dit « personnel » de Louis XIV. Ce n’est qu’à cette date que le Roi-Soleil commence à exercer réellement le pouvoir. Bien qu’officiellement roi depuis la mort de Louis XIII en 1643, il était jusque-là trop jeune pour gouverner. Louis XIV veut utiliser les arts, et en particulier la littérature, pour conférer grandeur et prestige à son règne. Il incite donc les artistes à créer des œuvres qui célèbrent, plus ou moins discrètement, le pouvoir en place. Les arts, notamment le théâtre qui connaît alors son âge d’or, deviennent des instruments de propagande politique, et des distractions pour le peuple en période de difficultés économiques.

La dimension politique de l’art classique ne doit pas faire oublier que cette période a donné naissance à de grands artistes et de grandes œuvres, longtemps considérés comme sans équivalents. C’est en ce sens qu’il faut entendre le terme « classique ». Il provient de l’adjectif latin classicus, signifiant « de première classe », autrement dit « de grande valeur ».

Le classicisme se définit donc comme un mouvement culturel et artistique, dont les œuvres ont atteint le statut de modèle, et les artistes un certain degré de perfection, inégalé ensuite. L’excellence de l’art classique est inséparable des règles de la création et du bon goût, codifiées à cette époque. Nous aborderons ces règles de la littérature classique en première partie. Puis, nous nous intéresserons dans un second temps aux deux principaux objectifs qu’elle poursuit : plaire et instruire.

Les règles de la littérature classique

Les principes du classicisme sont définis bien avant l’accession au trône de Louis XIV. Dès 1630, des auteurs et des théoriciens des Lettres s’opposent aux excès et aux fantaisies irrationnelles de la littérature baroque, qui domine la première moitié du XVIIe siècle. Ainsi, contre les débordements sans frein de l’imagination, les premiers écrivains classiques édictent des règles d’écriture et de composition des textes, afin d’inscrire l’utilisation du langage dans les limites de la raison.

Cette promotion de la rationalité passe avant tout par l’imitation des Anciens. Les auteurs classiques élèvent les écrivains grecs et latins au rang de véritables modèles. Ils sont une référence à imiter, voir même à surpasser. Or, l’idéal de ces auteurs anciens était lié à la raison, c’est-à-dire à la recherche de la mesure, de l’équilibre et de la symétrie.

Par exemple :

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À retenir

Conformément à ces auteurs grecs et latins, les poètes et dramaturges classiques considèrent que la beauté artistique ne peut résulter ni du désordre, ni d’une inspiration créatrice dépourvue de règle.

La liberté de l’imagination est condamnée au profit du travail patient et de l’application méticuleuse d’une méthode, selon des règles définies que l’artiste est contraint d’appliquer rigoureusement.

Parmi ces règles, il convient de citer la vraisemblance. L’art est une imitation de la réalité, comme l’affirmait Aristote, philosophe grec qui a énormément influencé les artistes de l’Antiquité. Une œuvre est donc d’autant plus réussie qu’elle est vraisemblable, c’est-à-dire fidèle à la nature telle que nous l’observons.

Une autre règle, qui relève davantage de la morale, concerne l’impératif de bienséance. Cette règle interdit d’aborder certains thèmes et sujets, susceptibles de heurter les sensibilités et le bon goût, comme par exemple la sexualité ou d’autres fonctions naturelles du corps humain. La vraisemblance et la bienséance s’imposent donc à toutes les œuvres de l’époque classique.

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Attention

Certains genres doivent cependant obéir à des règles qui leur sont propres.

Le théâtre, par exemple, doit absolument se plier à la règle des trois unités :

  • la pièce doit se dérouler en un seul lieu,
  • s’étendre sur une seule journée,
  • et ne comporter qu’une action unifiée.

En poésie, la versification, qui désigne l’ensemble des procédés de composition des poèmes, obéit à des codes stricts et précis. On peut citer par exemple la règle de la césure entre les deux hémistiches dans les alexandrins : la pause faite dans le vers doit se situer précisément en son milieu, soit après la sixième syllabe :

« Que toujours, dans vos vers, le sens coupant les mots
Suspende l’hémistiche, en marque le repos. »

Boileau, L’Art poétique, 1674

Les objectifs du classicisme : plaire et instruire

L’importance extrême que le classicisme attache à la raison et aux règles de composition est liée aux objectifs esthétiques des artistes. Ces derniers recherchent une beauté issue de l’équilibre et de l’harmonie, capable de susciter le plaisir et flatter le bon goût des auditeurs et des spectateurs. Tout comme les jardins du château de Versailles, dont Louis XIV avait supervisé les plans, la littérature classique se donne comme un modèle d’équilibre, d’ordre et de symétrie. Une telle quête de rigueur, de régularité et d’harmonie se ressent jusque dans l’usage de la langue propre à ce XVIIe siècle classique : une langue élégante, simple et précise.

Dans Art poétique, paru en 1674, Boileau exprime cet idéal de concision et de clarté, dans un vers devenu le symbole de la beauté classique :

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément »

La Bruyère, dans son ouvrage Caractères publié en 1688, énonce à son tour la nature décisive du mot juste, qui retranscrit le plus fidèlement possible la pensée et l’intention du discours :

« Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n’y en a qu’une qui soit la bonne : la plus simple, la plus naturelle ».

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À retenir

Le but premier des écrivains classiques n’est donc pas de créer des œuvres complexes, inaccessibles et réservées à une élite, comme aurait tendance à le faire croire la distance entre leur langage et le nôtre. En usant des mots et des phrases qui sont pour eux les plus simples et les plus clairs, les écrivains classiques veulent tout simplement plaire au public de la cour, et surtout au roi.

En 1663, dans La Critique de L’École des femmes, Molière écrit d’ailleurs :

« Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire, et si une pièce qui a attrapé son but n’a pas suivi un bon chemin ».

La Fontaine formulera la même idée dans sa préface du premier recueil des Fables, en 1668 :

« On ne considère en France que ce qui plaît. C’est la grande règle, et pour ainsi dire la seule ».

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Attention

Il ne faut pas oublier que le classicisme est un mouvement littéraire encouragé et financé par le Roi-Soleil, qui souhaite lui attribuer une fonction politique.

Par conséquent, les écrivains classiques s’attachent à divertir leurs contemporains, mais également à transmettre certains messages, au sujet de la morale notamment. Pour cela, ils énoncent les limites du bien et du mal, telles qu’admises à la cour et définies par le roi. Ainsi La Bruyère écrit dans ses Caractères :

« On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l’instruction ».

L’intention moraliste des auteurs classiques les incite donc souvent à critiquer les excès auxquels l’être humain se laisse aller, et à valoriser la mesure et l’équilibre dans les conduites quotidiennes et dans la création artistique.

Conclusion :

Le pouvoir absolu de Louis XIV, loin d’étouffer les arts, a favorisé l’émergence d’auteurs et d’œuvres, qui ont longtemps été les emblèmes de la perfection en matière de poésie, de théâtre, de musique et de peinture, et qui ont représenté les dignes héritiers de la grandeur antique. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que les jeunes écrivains se qualifient eux-mêmes de romantiques. Ainsi, ils remettront en cause le règne de la raison, imposé par le XVIIe siècle, ainsi que les contraintes imposées par la vraisemblance et la bienséance. La fin du classicisme sera alors marquée par la redécouverte de la liberté et de l’imaginaire dans la création.