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Julien Sorel, observateur critique de la société de la Restauration

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Introduction :

Stendhal commence à écrire Le Rouge et le Noir en 1827, sous le règne de Charles X, deuxième et dernier roi de la Restauration. Dès 1814, la monarchie des Bourbon reprend le pouvoir. Bien que fragile, le régime de Charles X est ultra-conservateur et très répressif ; il s’effondrera avec la révolution de 1830.

Après avoir présenté la société de la Restauration telle qu’elle apparaît dans le roman, nous montrerons comment Stendhal s’est appuyé sur son personnage principal pour écrire une « chronique de 1830 ». Enfin, nous verrons qu’il fait par ce biais-là une satire de la société de la Restauration.

La société de la Restauration

Entre 1814 et 1830, la hiérarchie sociale est très importante.

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À retenir

Le roman de Stendhal nous offre un panorama complet de cette société.

Le retour des familles aristocratiques

Napoléon Waterloo Restauration La Bataille de Waterloo 18 juin 1815, Clément-Auguste Andrieux, 1852, huile sur toile, 110 × 193 cm, musée national du château de Versailles

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Rappel

Après la défaite de Waterloo et l’échec de l’empereur Napoléon, les familles aristocratiques rentrent d’exil rassurées par le retour de la monarchie.

Pourtant, elles redoutent déjà une nouvelle révolution. Leurs membres les plus conservateurs sont appelés « les ultras » (pour « ultraroyalistes »).

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À retenir

Dans le roman, la famille de La Mole est de ceux-là : elle défend une époque obsolète.

Le marquis, âgé, rêve d’instaurer un régime encore plus conservateur en imaginant une nouvelle guerre de Vendée. Quant à sa fille, Mathilde, elle vénère l’héroïsme du temps des « guerres de la Ligue ».

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Définition

Guerres de la Ligue :

Les « guerres de la Ligue » font référence aux guerres de Religion qui ont opposé les catholiques aux protestants en France au cours de la seconde moitié du XVIe siècle.

Cependant, l’aristocratie est affaiblie sous la Restauration. Elle est supplantée par la bourgeoisie d’affaires.

L’essor de la bourgeoisie

Le XIXe siècle voit l’essor de la bourgeoisie, sortie gagnante de la Révolution. Il s’agit d’une bourgeoisie d’affaires, présente dans les milieux de la finance, de l’industrie, et du commerce.
Cette classe sociale est largement représentée dans les lieux de pouvoir, les salons et dans l’administration.

Ingres bourgeois bourgeoisie essor Portrait de Louis-François Bertin, directeur du Journal des débats, Jean Auguste Dominique Ingres, 1832, huile sur toile, 116 × 95 cm, musée du Louvres

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Exemple

Dans Le Rouge et le Noir, M. Valenod est un bourgeois qui s’est enrichi grâce à la direction du dépôt de mendicité (établissement de réclusion des mendiants) de Verrières.

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À retenir

Il devient plus tard le maire de la ville, prouvant ainsi l’emprise croissante de la bourgeoisie sur la société de l’époque.

Les paysans de Verrières sont, à leur échelle, tout aussi soucieux de leurs profits. Cependant, d’une manière générale, le peuple fait les frais de l’enrichissement de la bourgeoisie en servant les intérêts de cette dernière sans en avoir la reconnaissance.

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Astuce

Remarque :

Opprimée et appauvrie, la classe populaire française du XIXe siècle sera à l’origine de nombreux soulèvements, comme pendant la révolution de Juillet ou à l’occasion de la révolte de la Commune.

La bourgeoisie n’est pas la seule classe sociale à jouir d’un certain prestige sous la Restauration : l’Église est également très influente.

La recrudescence de l’influence de l’Église

Avec la Restauration et le retour des Bourbon, l’Église retrouve son pouvoir.
Les congrégations ou confréries religieuses sont très nombreuses et se signalent notamment par leur intolérance.

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À retenir

Désormais, c’est en rentrant dans le clergé qu’il est possible de s’enrichir quand on n’a pas la chance d’être bien né.

  • Julien le sait, lui qui a l’intention de devenir prêtre pour réussir à mener son ascension sociale.

Si un simple curé ne peut espérer gagner beaucoup d’argent, à l’image de l’intègre abbé Chélan dans Le Rouge et le Noir qui est destitué pour son refus de compromission, en revanche l’abbé Pirard hérite d’une paroisse assurant un excellent revenu.

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Exemple

Le roman de Stendhal illustre l’hypocrisie de l’Église à travers l’exemple de l’abbé de Frilair, soutenu par l’influente Mme de Fervaques qui le fera évêque, ou même à travers tous les séminaires de petite extraction se réjouissant d’avoir plus tard les moyens de se nourrir grassement.

Néanmoins, au-delà de cette hiérarchie, l’opposition au régime devient de plus en plus forte.

Les libéraux

Malgré l’exil de Napoléon, les idées bonapartistes et républicaines s’expriment dans les journaux et la littérature, par la voix des libéraux. Ceux-ci sont les grands ennemis des ultras.

Libéraux journal libéral Napoléon bonapartisme bonapartiste Extrait du Constitutionnel journal libéral instrument de la propagande républicaine, édition du 21 mars 1826

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Exemple

M. de Rênal fait partie de la Congrégation, une organisation catholique opaque qui combat les ennemis du régime, dont les libéraux.

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À retenir

Julien est proche des idées des libéraux. Il lit Rousseau et Le Mémorial de Sainte-Hélène.

Napoléon Sainte-Hélène Julien Sorel Le Rouge et le Noir Napoléon à Sainte-Hélène, Franz Joseph Sandmann, vers 1820, château de Malmaison

À Paris, Julien aura l’occasion de rencontrer des libéraux, en la personne de M. de Beauvoisis notamment. Il s’apercevra qu’il est possible d’être de haute naissance sans paraître ennuyeux, comme on l’est dans le salon du marquis de La Mole, et qu’il est même permis de plaisanter.

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Astuce

Remarque :

Rappelons qu’à la parution du roman Le Rouge et le Noir, Charles X a été remplacé par un monarque aux idées libérales : Louis-Philippe.

Le lecteur peut, grâce à de nombreux détails, se faire une idée juste de la société de 1830.

Une « chronique de 1830 »

Le sous-titre du roman, « Chronique de 1830 », souligne la volonté de Stendhal de faire une étude sociologique de son époque.

Un roman réaliste

Fidèle à l’esthétique réaliste, notre roman s’inscrit dans un contexte socio-politique précis et dessine un tableau fidèle de la société sous la Restauration.
Dans le chapitre XXII du livre second, l’auteur imagine à ce sujet un dialogue avec son éditeur :

« Si vos personnages ne parlent pas politique, reprend l’éditeur, ce ne sont plus des Français de 1830, et votre livre n’est plus un miroir, comme vous en avez la prétention… ».

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Rappel

Le réalisme est un mouvement littéraire de la seconde moitié du XIXe siècle. Les auteurs réalistes cherchent à étudier les humains dans leurs milieux sociaux et à représenter le réel le plus fidèlement possible.

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Astuce

Stendhal réalise une étude des mœurs sous le règne de Charles X. Un des chapitres du livre premier s’intitule « Façons d’agir en 1830 ».

Le lecteur du roman peut se faire une idée de la vie de salon, à travers l’exemple de la famille de La Mole, et se représenter les soirées au théâtre et à l’Opéra au cours desquelles il s’agit surtout de se montrer et d’afficher sa richesse.
La vie au séminaire est également peinte avec ses mesquineries et les intérêts non-avoués des uns et des autres.

En outre, Stendhal s’applique à décrire les lieux et les décors.

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Exemple

Il en est ainsi du café de Besançon, de la demeure clinquante et vulgaire des Valenod, ou de l’appartement plein de magnificence de l’évêque d’Agde.

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À retenir

Enfin, comme dans tout roman réaliste, les références à l’argent sont nombreuses, notamment à travers les précisions concernant les salaires versés à Julien par M. de Rênal.

Pour rédiger cette chronique, l’auteur utilise le regard de son personnage principal.

Julien Sorel, observateur de la société de la Restauration

Stendhal fait de Julien Sorel un témoin et un observateur de la société de la Restauration.

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À retenir

Pour que ces observations puissent se porter aux différentes strates de la société, il faut décrire une ascension sociale durant laquelle le héros arrivera à fréquenter les classes dominantes.

Celui-ci n’est jamais à sa place, ni avec la noblesse, ni avec la bourgeoisie, ni au séminaire avec ses pairs qui le rejettent pour son intelligence et sa hauteur de vue. Il ressent une profonde injustice, celle du plébéien, vis-à-vis du noble M. de Rênal et du grand pair de France M. de La Mole.

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À retenir

Il a des relations conflictuelles avec les riches chez lesquels il vit. Le thème de la domination sociale parcourt tout le roman, y compris dans les rapports amoureux.

Ainsi, Julien ne supporte pas d’être pris pour un subalterne par ses maîtresses.
Il se vexe quand Mme de Rênal lui signifie sa condition et prend ses distances avec Mathilde lorsque cette dernière semble prise de remords d’être à la merci d’un fils de charpentier.

Julien Sorel observe d’un regard critique une classe privilégiée et rêve d’une revanche sociale.

Lutte des classes et quête de reconnaissance sociale

Le besoin de reconnaissance sociale de Julien est si grand qu’il dicte sa conduite à plusieurs reprises.

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À retenir

Julien veut prouver qu’il est subordonné à ses employeurs par sa pauvreté mais non pas par sa valeur.

  • Il y a là un mélange d’orgueil et un désir de revanche sociale.

L’époque où un jeune homme issu du peuple pouvait faire carrière par ses exploits militaires étant passée, il n’a pas d’autre solution que d’arriver à faire fortune par ses qualités et de grandes actions.

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À retenir

En faisant de son récit un roman d’apprentissage, l’auteur reflète parfaitement le clivage social qui est au cœur de la société de son temps.

Néanmoins, le réalisme n’exclut pas la subjectivité : Stendhal établit une satire de la société de la Restauration à travers le regard critique de son personnage.

Une satire de la société de la Restauration

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Attention

L’auteur ne donne jamais son point de vue directement.

Cependant, il laisse apparaître un regard satirique sur sa société à travers les interventions ironiques et moqueuses du narrateur.

Une satire sociale

  • Satire de l’aristocratie
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À retenir

Le narrateur jette un regard très critique sur l’aristocratie parisienne. Les commentaires ironiques sont nombreux.

aristocratie Restauration Eugène Lami Une soirée chez le duc d’Orléans Une soirée chez le duc d’Orléans au pavillon de Marsans, Eugène Lami, 1843, aquarelle et gouache, 21 × 32,5 cm, musée Condé, Chantilly

Julien s’ennuie dans le salon du marquis de La Mole ; il s’agit pour lui de la partie la plus pénible de son travail. On y est très cruel, à l’image de Mathilde se divertissant de ses sarcasmes à l’égard des flatteurs de son père.
Dans l’aristocratie on n’a que mépris pour ceux qui ne sont pas de noble extraction. Le narrateur parle à ce sujet d’« asphyxie morale » et fait remarquer ironiquement que pourvu qu’on ne plaisante ni de Dieu, ni du roi, ni des gens en place, qu’on ne parle pas de politique ni qu’on évoque les journaux de l’opposition, on peut « librement raisonner de tout ».

  • En somme, il est mal vu de penser.

L’aristocratie se révèle également oppressive et malhonnête : Falcoz, l’ami d’enfance de Julien, a été ruiné par la Congrégation pour avoir créé un journal au sein de son imprimerie.
Enfin, la noblesse n’hésite pas à truquer des marchés et achète même la justice.

  • Satire de la bourgeoisie

Le narrateur présente la bourgeoisie de province comme un univers étriqué gouverné par des jalousies, des médisances, animé par la cupidité, la corruption et la méchanceté, où tout ce qui compte est de « rapporter du revenu ».

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À retenir

Son ironie est mordante vis-à-vis de la vulgarité des parvenus (personne qui s’est élevé à une condition sociale supérieure mais sans en acquérir la culture).

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Exemple

Par exemple, la richesse ostentatoire des Valenod ne suscite que mépris chez Julien. Ces gens-là vont même, manque de goût suprême, jusqu’à donner le prix des choses qu’ils possèdent !

  • Satire de l’Église

L’Église, sa hiérarchie surtout, est critiquée par le narrateur.

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Exemple

Le grand vicaire de Frilair répète ses bénédictions devant un miroir tel un comédien, l’évêque d’Agde manipule Mathilde afin d’avoir l’appui de Mme de Fervaques qui est la nièce de celui « par qui l’on est évêque en France ». Sans oublier l’abbé Castanède, sous-directeur du séminaire, « pour qui aucun crime n’est trop noir ».

Quand elle retrouve Julien dans sa cellule de prison, Mme de Rênal accuse la religion de lui avoir fait commettre une « horreur » par l’intermédiaire de son directeur de conscience. En effet, c’est ce dernier qui lui a dicté la lettre dénonçant Julien.

  • Satire des paysans

En outre, à travers le personnage du père Sorel qui n’hésite pas à réclamer à son fils les frais de son éducation, juste avant l’exécution de ce dernier, le narrateur se moque de la mentalité cupide et rusée des paysans de Verrières.

Il semble que ces différentes classes sociales, aussi éloignées soient-elles du point de vue de leur pouvoir et de leurs valeurs, présentent des caractéristiques communes qui forment l’objet de la satire.

Des caractéristiques communes

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À retenir

L’arrivisme fait l’objet d’une satire violente de la part du narrateur.

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Définition

Arrivisme :

Conduite qui découle d’une ambition démesurée. Elle est souvent caractérisée par un manque total de scrupules et un opportunisme marqué.

La satire concerne les différents milieux sociaux présents dans le roman.

  • Le bourgeois Valenod est prêt à tous les coups bas pour réussir, notamment trahir son camp pour prendre la place de M. de Rênal à la mairie.
  • L’opportuniste Tanbeau se place chez les de La Mole pour obtenir un poste de secrétaire auprès du marquis.
  • Même les « libéraux riches » présents au dîner chez les Valenod se convertissent subitement pour faire obtenir une bourse à leurs enfants.
  • Enfin, en monnayant les services de son fils auprès de M. de Rênal et en utilisant le chantage, le charpentier Sorel ne pense qu’à son profit.
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Astuce

Remarquons que l’Église n’est pas à l’abri de cette satire : l’abbé Castanède utilise Julien Sorel pour desservir son ennemi l’abbé Pirard.
Les séminaristes, présentés comme « des gloutons qui ne songent qu’à l’omelette au lard qu’ils dévoreront au dîner » n’aspirent qu’à obtenir une cure qui leur permettra de jouir d’une bonne nourriture et de bons revenus.

Le narrateur semble nous dire que l’argent gouverne les comportements à tous les niveaux de la société. Même Julien Sorel participe à ce système puisque son ambition est de « faire fortune » et incarne, en ce sens, l’archétype même de l’arriviste.

Le Rouge et le Noir Julien Sorel Stendhal Restauration Valllenod parvenu arrivisme

Conclusion :

Dans Le Rouge et le Noir, l’ironie du narrateur est cinglante vis-à-vis de la société de la Restauration. Elle traduit le point de vue de Stendhal qui déplore son fonctionnement inégalitaire.
Le lecteur devine que celui-ci partage le discours final de Julien, adressé aux jurés, dans lequel il parle au nom de « cette classe de jeunes gens qui, nés dans un ordre inférieur, et en quelque sorte opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société ». Sa sympathie pour son personnage et le rôle d’observateur qu’il lui donne sont le reflet de ses idées. On pourrait alors légitimement se demander dans quelle mesure la satire sociale, ostensible dans ce roman, a été reçue au sortir de la Restauration.