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Le personnage de roman et la morale de son temps

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Introduction :

Considéré comme le premier roman psychologique, La Princesse de Clèves (1678) est le récit d'un combat intérieur contre la passion, celle de la princesse envers le duc de Nemours. Par des retours incessants sur elle-même, des introspections qui prennent souvent la forme de monologues intérieurs, la princesse analyse ce qu'elle ressent et essaie de mettre des mots sur ses sentiments. Elle découvre que la raison est impuissante face à la violence de la passion. Justement, les passions sont au cœur de la réflexion des moralistes classiques et le roman de Madame de La Fayette, bien que se déroulant au XVIe siècle, se fait le reflet de la société du XVIIe siècle, de ses valeurs, de sa morale et de ses codes sociaux.

Dans quelle mesure la moralité et la conscience du personnage principal sont-ils imprégnés du temps de l’écriture ? Tout d’abord, nous verrons que ce roman est une transition qui va du courant de la préciosité au roman d’analyse. En outre, La Princesse de Clèves, œuvre Janséniste, figure une conscience en quête de vérité et d’apaisement. 

De la préciosité au roman d'analyse

Madame de La Fayette Princesse de Clèves précieuse précieux préciosité Marie-Madeleine de La Fayette, XVIIe siècle, gravure, BnF, Paris

Lorsqu'elle écrit son roman, Madame de La Fayette n'oublie pas le conseil de l'académicien Chapelain au romancier Georges de Scudéry : « N'oubliez pas que les lecteurs des romans ne sont ni philosophes ni gens d'État, mais sont gens de cour ou femmes délicates ». C’est donc aux gens de cour qu’elle s’adresse.

Héritage de la tradition romanesque précieuse

La première moitié du XVIIe siècle est marquée par l'influence de la préciosité. Avec elle, se déploie un idéal de raffinement, de délicatesse et une idéalisation de l'amour. Madame de La Fayette, qui a fréquenté les cercles précieux, distille cette idéal amoureux dans La Princesse de Clèves.

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Exemple

La décision finale de la princesse de fuir le duc et de se retirer du monde peut être interprétée comme une peur de l'infidélité de celui-ci s'il devenait son époux.

  • Cela révèle un renoncement à voir sa passion dégradée, au nom d'une certaine idéalisation du sentiment amoureux.

Dans les romans précieux, l'amour est un voyage qui demande la plus grande prudence : il faut traverser des terres dangereuses pour l’atteindre.

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Exemple

carte de tendre carte du tendre Scudéry Clélie préciosité roman précieux précieuse La carte de Tendre, François Chauveau, 1654, gravure, Paris, BnF

Cette métaphore du voyage est omniprésente dans le Clélie (1654-1660) de Madeleine de Scudéry. Dans ce roman précieux, l’auteure invente un pays imaginaire appelé « Tendre », dont la topographie (la carte de Tendre) est un itinéraire géographique symbolique des différents stades de l'amour.

De ce point de vue-là, on retrouve dans La Princesse de Clèves des éléments emblématiques hérités de la préciosité :

  • le goût du secret ;
  • le coup de foudre provoqué par la beauté qui crée surprise et admiration ;
  • la réserve dont doit faire preuve l'homme vis-à-vis de la femme aimée.

Dans ces deux derniers éléments, on retrouve l'héritage de l’amour courtois des romans de chevalerie médiévaux.

amour courtois fin’amor codex Illustration de l’amour courtois dans le Codex Manesse, folio 54, entre 1305 et 1315, Zurich

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Exemple

Le duc dit à la princesse : « je n'ose vous parler, je n'ose même vous regarder, je ne vous approche qu'en tremblant ».
On retrouve également cette esthétique courtoise lors de l'épisode du tournoi ou dans le choix de la princesse d'afficher, à Coulommiers, une tapisserie du siège de Metz.

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À retenir

De nombreux épisodes de La Princesse de Clèves constituent des topoï du roman précieux.

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Définition

Topos :

Un topos (topoï au pluriel) est un lieu commun, un cliché.

On peut évoquer la scène du portrait dérobé, l'épisode de la lettre tombée de la poche du duc de Nemours ou encore la réécriture par les amants de la lettre adressée au vidame de Chartres.

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Astuce

Au XVIIe siècle le mot « amant » désigne une personne qui aime et est aimée.

Ces épisodes sont des topoï du roman précieux en ce qu'ils suscitent des péripéties, des malentendus et constituent des moments typiquement romanesques dont des critiques ont pu d'ailleurs discuter la vraisemblance.

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Exemple

On pourra citer, entre autres, la durée du temps de la séduction ; ou bien le prince de Clèves qui se laisse mourir de chagrin.

précieuses précieux préciosité Deux dames de la famille Lake Peter Lely Deux Dames de la famille Lake, Peter Lely, vers 1650, huile sur toile, 128 cm × 184 cm, Tate Gallery, Londres

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À retenir

Cependant, à l’inverse du roman précieux, ces épisodes romanesques ne sont pas une simple ornementation de l'intrigue : ils accentuent la confusion du personnage et prennent une dimension tragique.

Ils intensifient le conflit intérieur dans lequel la princesse se trouve.

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Exemple

Par exemple, la réécriture de la lettre avec le duc de Nemours est pour elle un « plaisir », une « joie pure » mais elle a des conséquences tragiques pour le vidame « ruiné » auprès de la reine.

  • À chaque moment de gaieté succèdent de graves répercussions sur son entourage, entretenant en elle un conflit moral.

La Princesse de Clèves ne propose pas à ses lecteurs un thème nouveau, mais il en modifie la signification : l'auteure quitte le cadre conventionnel des liaisons amoureuses pour raconter l'histoire d'une femme mariée, amoureuse d'un autre homme, que son désir adultérin plonge dans un profond désarroi.

Un nouveau type de roman : le roman d'analyse

L’héritage précieux qui imprègne les premières œuvres de Madame de La Fayette, depuis l’intrigue amoureuse de Zaïde en 1671, inscrit la vision du monde qui se dégage du destin du personnage de la princesse de Clèves dans un contexte propre à l’époque classique.

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Rappel

Le classicisme est un mouvement artistique et culturel qui s'est développé sous Louis XIV et qui se caractérise par la recherche de l'ordre, de la mesure, de la clarté, du vraisemblable et d'une certaine maîtrise de l'expression.

Avant La Princesse de Clèves, les romans sentimentaux étaient remplis de personnages, de dialogues interminables et de nombreuses aventures.

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Exemple

Par exemple, dans le roman Artamène ou le Grand Cyrus de la précieuse Madeleine de Scudéry, Timocrate raconte à un autre personnage sa rencontre avec la belle Télésile. Il s'agit d'une intrigue annexe, pourtant le propos est développé dans un style emphatique :
« Mais comme la cérémonie fut achevée, et que pour voir encore mieux toutes les dames, Mélésandre et moi fûmes allés nous mettre assez près de la porte, à parler à deux ou trois de ses amis, qui nous vinrent joindre, je vis sortir d'entre des colonnes de marbre qui soutiennent la voûte du temple, une personne que ces colonnes m'avaient sans doute cachée, tant que la cérémonie avait duré : mais une personne si admirablement belle, que j'en fus ébloui, tant elle avait d'éclat dans les yeux et dans le teint. »

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À retenir

Alors que La Princesse de Clèves rassemble les caractéristiques du classicisme :

  • l'intrigue est concentrée et simple et tient en quelques mots : une femme mariée lutte contre un amour interdit ;
  • le nombre des personnages est réduit ;
  • cette simplicité (qui contraste avec la complexité des romans précieux) établit une parenté avec la tragédie classique.

De plus, on observe un resserrement des lieux : à part quelques échappées à Coulommiers, la cour est le lieu unique de l'action. Cette unité participe de la puissance dramatique du roman. L'action se déroule également sur une durée assez brève, en un an.

  • Madame de La Fayette réalise un roman qui correspond à l'idéal de la tragédie tel qu'il est préconisé par Racine dans la préface de son Bérénice : « Une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments et de l'élégance de l'expression ».
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À retenir

Ici le récit est tout en simplicité, brièveté et vraisemblance. C'est la vie intérieure du personnage qui crée la cohérence du récit.

  • Le roman d'analyse est né, et il est en phase avec la pensée classique.

Le roman de Madame de La Fayette montre que l'amour n'est plus un objet idéalisé comme dans le roman précieux. Celui-ci se fondait sur l'utopie selon laquelle les passions sont bonnes par nature à condition de ne pas tomber dans les excès.

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À retenir

Dans notre roman, l'amour n'est plus seulement un discours ni la passion une valeur. Elle est soumise à l'expérience des personnages : l'amour se niche au cœur de l'intimité de l'être.

Le roman de l'intimité

Selon la conception classique du roman, le narrateur doit seulement se faire le rapporteur d'événements et conserver une neutralité. Aussi, Madame de La Fayette ne porte aucun jugement direct sur ses personnages.

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Astuce

Remarque :

Le choix esthétique des monologues est propre aux écrivains classiques et rejoint les valeurs morales de l'héroïne.

L'amour se vit dans le secret et le silence.
Certes, les bienséances l'obligent et le regard permanent des autres pousse à la dissimulation, mais c'est aussi que les yeux ont leur langage et que le regard remplace la parole.

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Exemple

Pensons, à cet égard, à la rencontre lors du bal, et au premier échange de regards de la princesse et du duc.
On peut citer également leur rendez-vous quasiment muet, pendant la maladie de Mme de Chartres, où leurs seules paroles sont de convenance.
Enfin, lors du bal du mariage princier, le texte évoque l'échange de regards entre Nemours et la princesse qui, voyant la tristesse de celui-ci, « ne le trouv[e] plus coupable, quoiqu'il ne lui eût rien dit pour se justifier ».

Les expressions du visage et les gestes trahissent également l'amour.

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Exemple

Ainsi, le visage de la princesse laisse apparaître son « trouble » quand la dauphine évoque l'amour mystérieux de Nemours.
Elle se trahit aussi lorsqu'elle se précipite vers ce dernier qui s'est blessé pendant le tournoi.

Pour la première fois dans la littérature romanesque, la passion apparaît comme une puissance dangereuse pour l'équilibre de l'être. C'est tout le poids de la morale du XVIIe siècle que l'on retrouve ici.

La princesse de Clèves, soumise aux exigences morales et sociales du XVIIe siècle

L’étiquette

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Rappel

L'étiquette désigne les règles et usages de la cour.

Madame de La Fayette connaît très bien les codes de la cour. Elle y vit, elle est la dame d'honneur et l'amie d'Henriette d'Angleterre, la belle-sœur de Louis XIV.

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À retenir

C’est donc naturellement que l’écrivaine place son personnage de roman face à la complexité des codes de l’étiquette qui impose retenue, discrétion, silence, politesse et bienséances.

Le fait que la princesse vive dans une société faisant de la femme une éternelle mineure, dépendante des choix parentaux en matière d'alliances matrimoniales, la rend encore plus exposée au danger des passions.
Les jeunes filles sont éduquées dans la soumission : l'héroïne accepte le mariage car telle est la condition féminine. Elle accepte de prendre le prince de Clèves pour mari bien qu'elle n'ait « aucune inclination pour sa personne ».

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À retenir

Mais c’est précisément l'innocence de la princesse qui va favoriser l'éclosion de la passion.

Les codes sociaux imposent le silence et le secret car la raison doit prendre le pas sur les passions.

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Exemple

Le silence que la princesse trouve à Coulommiers est le symbole de cette discrétion préconisée et s'oppose à l'agitation de la cour.

  • Mais ce silence, présenté comme une valeur, devient le terreau de la dissimulation. Il contient sa propre corruption.

La religion imprègne également les codes sociaux du XVIIe siècle.

Le poids de la religion et de la morale

Madame de La Fayette brosse le portrait d'une société dominée par les préceptes catholiques qui imposent leur morale à l'individu.

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À retenir

La morale du XVIIe siècle prône la bienséance et l'exemplarité. Réputation et vertu sont les maîtres-mots de cette morale : il faut avant tout garder la maîtrise de soi-même et maintenir des apparences vertueuses.

Cette morale est notamment incarnée par la mère de l'héroïne, Mme de Chartres. Celle-ci a consacré sa vie à l'éducation de sa fille, en particulier à sa formation morale. Elle l'a mise en garde contre l'amour, l'infidélité des hommes et les conséquences déshonorantes de l'amour illégitime. Elle souligne souvent l'importance de la vertu et du devoir. Le terme « piété » est employé à deux reprises à son sujet, et à juste titre, puisque Mme de Chartres guide sa vie et celle de sa fille selon les préceptes de la religion.

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Astuce

Remarque :

Notez que cette morale est plus particulièrement contraignante pour les femmes. En effet, Nemours a la réputation d'être un libertin, il est « incapable de devenir amoureux », pourtant sa conduite ne nuit pas à sa réputation.

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À retenir

La morale impose des sacrifices et de lourds renoncements à la princesse de Clèves : après la mort de son mari, elle choisit sa vertu et son devoir alors même qu'elle pourrait épouser le duc de Nemours.

La cour, le règne des apparences et du mensonge

L'hypocrisie règne en maître à la cour : c'est un milieu raffiné mais corrompu qui pousse à la dissimulation. Ainsi, Madame de La Fayette s’attache à montrer les rivalités, les ambitions et les bassesses des uns et des autres.

L'auteure propose dans son roman cinq récits enchâssés censés constituer des histoires exemplaires. Ces récits, en accord avec l'histoire principale, mettent en garde contre la dissimulation et l'hypocrisie en usage à la cour. « Ce qui paraît n'est presque jamais la vérité » écrit l'auteure.

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Exemple

On peut prendre pour exemple l'histoire, racontée par le prince de Clèves à sa femme, de la double liaison de Mme de Tournon, femme qui paraissait pourtant vertueuse à la princesse : « ces paroles firent rougir Mme de Clèves, et elle y trouva un certain rapport avec l’état où elle était qui la surprit et qui lui donna un trouble dont elle fut longtemps à se remettre. »

La princesse vit à la cour. Le poids de la morale y favorise le mensonge. « Sans avoir un dessein formé de le lui cacher », la princesse de Clèves dissimule à sa mère son intérêt pour Nemours.
Elle se rend coupable de plusieurs mensonges, tel le prétexte donné à sa mère pour ne pas aller au bal, en convenant avec elle d'une maladie imaginaire. Plus tard, elle ment aussi à son époux pour justifier le fait qu'elle se retire à la campagne et ce, à plusieurs reprises, prétextant la « vertu » et la « bienséance ».

Cette nécessité de masquer la vérité ne permet pas d'accéder à la lucidité. C'est par une religion intérieure, un examen d'elle-même que la princesse de Clèves va tendre vers la vérité.
Paradoxalement, le poids de la morale favorise les cris du cœur, la libération de la parole et des sentiments.

Analyse d’un célèbre monologue

« Elle avait ignoré jusqu'alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie ; elle n'avait pensé qu'à se défendre d'aimer monsieur de Nemours, et elle n'avait point encore commencé à craindre qu'il en aimât une autre. Quoique les soupçons que lui avait donnés cette lettre fussent effacés, ils ne laissèrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d'être trompée, et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie qu'elle n'avait jamais eues. Elle fut étonnée de n'avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu'un homme comme monsieur de Nemours, qui avait toujours fait paraître tant de légèreté parmi les femmes, fût capable d'un attachement sincère et durable. Elle trouva qu'il était presque impossible qu'elle pût être contente de sa passion. "Mais quand je le pourrais être, disait-elle, qu'en veux-je faire ? Veux-je la souffrir ? Veux-je y répondre ? Veux-je m'engager dans une galanterie ? Veux-je manquer à monsieur de Clèves ? Veux-je me manquer à moi-même ? Et veux-je enfin m'exposer aux cruels repentirs et aux mortelles douleurs que donne l'amour ? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi. Toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensai hier tout ce que je pense aujourd'hui, et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier. Il faut m'arracher de la présence de monsieur de Nemours ; il faut m'en aller à la campagne, quelque bizarre que puisse paraître mon voyage ; et si monsieur de Clèves s'opiniâtre à l'empêcher ou à en vouloir savoir les raisons, peut-être lui ferai-je le mal, et à moi-même aussi, de les lui apprendre." Elle demeura dans cette résolution, et passa tout le soir chez elle, sans aller savoir de madame la dauphine ce qui était arrivé de la fausse lettre du vidame. »

princesse de Clèves Image extraite du film La Princesse de Clèves, 1961

La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette (1678)

Un examen de conscience

Au XVIIe siècle, le catholicisme est marqué par le courant janséniste. Les jansénistes s'opposent aux jésuites. Ils ont une conception pessimiste de l'être humain, estimant que celui-ci est déterminé par le péché et l'impossibilité d'atteindre la vérité, le bonheur et la liberté.

  • Madame de La Fayette est influencée par le jansénisme.
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Attention

La religion n'est pas mentionnée dans le roman (hormis une légère allusion dans les dernières lignes du récit). Toutefois, la princesse de Clèves représente les vertus chrétiennes d'un jansénisme rigoureux.

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À retenir

Les retours sur elle-même de la princesse prennent la forme d’un jansénisme intérieur se manifestant dans de nombreux monologues.

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Astuce

Ces monologues peuvent être rapprochés de « l'examen de conscience » conseillé par les hommes d'Église au XVIIe siècle. Les étapes sont les mêmes : le rappel des actions, la conscience de la transgression puis le remords et la résolution.

Le monologue ci-dessus apparaît à un moment où l'héroïne s'est laissée aveugler par la passion et cherche à se reprendre.
Il débute au discours indirect qui indique au lecteur que la princesse tient les rênes de sa conscience (le discours indirect libre est plus rare).

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Exemple

Une formule comme « elle fut étonnée de n’avoir point encore pensé », est un bel exemple de discours indirect faisant cas de bouleversement intérieurs.

La passion n'entraîne que des maux tels que la « jalousie », « l'aigreur » dont découlent la honte, la crainte et une culpabilité empreinte d’une dimension toute chrétienne.
On notera des termes forts afin d’exprimer la lutte de la princesse contre les passions qui l’assaillent, des passions qui sont un péché dont on se « défend ».

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À retenir

Avec ce roman, Madame de La Fayette a ouvert la voie au roman psychologique : la passion de la princesse est vécue de l’intérieur ; en cela, le personnage devient la conscience centrale du récit.

Cette volonté de pleine conscience et de lucidité est l'idéal des moralistes. Le roman glisse d’un impératif religieux vers une dimension plus philosophique.
Les analyses auxquelles la princesse s’astreint doivent lui permettre de retrouver la liberté que sa passion lui retire. Ce monologue est donc indispensable si elle veut rester maîtresse de sa conduite.

Parfois, lorsque l'émotion est trop forte et que l'héroïne ne se maîtrise plus, le discours direct est utilisé. On note ici ce basculement avec l’indice typographique que constituent les guillemets et le passage à la première personne du singulier.
On relèvera plus spécifiquement l’anaphore « Veux-je », sept occurrences, qui permettent à la princesse de s’interroger, et de questionner son rapport à sa volonté.

L'homme est le jouet de ses passions

Ces passions questionnent, notamment par les sentiments contradictoires qu’elles suscitent mais surtout par leur violence. La princesse utilise ici toute une terminologie propre à l’expression de la passion tragique afin de décrire ses états d’âme : ainsi évoque-t-elle les « cruels repentirs » et les « mortelles douleurs que donne l’amour » ; mais se voit surtout dépassée, « surmontée », comme le sont les héroïnes tragiques, « malgré [elle] ».

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Rappel

Mu·e·s par des sentiments interdits dont l’intensité l’emporte, héros et héroïnes tragiques suivent une trajectoire fatale et la lutte est vaine.

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À retenir

La passion sème le trouble à l'intérieur de l'être : celui-ci ne se reconnaît plus et transgresse ses propres valeurs.

Mme de Clèves constate qu'elle ne se comprend pas et que l'analyse de soi a des limites, de même que la volonté. Ainsi se dit-elle :

« Toutes mes résolutions sont inutiles ; je pensais hier tout ce que je pense aujourd'hui et je fais aujourd'hui tout le contraire de ce que je résolus hier. »

Enfin, la princesse anticipe douloureusement sur l'avenir en imaginant que le duc de Nemours la trompera. Autrement dit, la passion retire le repos de l'âme. Elle conclut d’ailleurs par une formule passive très forte : « je suis vaincue ».

Alt texte Portrait de Jacques de Savoie, duc de Nemours, anonyme, XVIe siècle, musée Condé, Chantilly

Ces monologues aboutissent le plus souvent à un retour de la lucidité. Madame de La Fayette n'estime que les sentiments clarifiés par une langue travaillée.

Le choix du renoncement et du repos

Tout au long du roman, se livre chez la princesse une lutte acharnée entre le cœur et la raison. Cependant, celle-ci finit par déboucher sur un renoncement : le monologue étudié condense ce cheminement de l’esprit.

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À retenir

L'observation de soi-même est l'unique recours pour quelqu'un qui recherche la vérité , car la vie de cour n’est que vaine apparence : comme le montre la réflexion de la princesse à propos de Nemours « qui avait toujours fait paraître tant de légèreté ».

D’où la décision de l’héroïne de quitter la cour et de partir pour « la campagne ». Elle suit en cela la morale des jansénistes selon lesquels seul le retrait du monde peut apporter le salut. C’est pourquoi cette idée s’apparente à une « résolution » mettant en évidence le triomphe de la raison sur la passion et posant les prémices de ce que seront ses décisions à venir.

Même après la mort du prince, elle choisira la « raison » et la « vertu ». Elle avouera à Nemours son amour, tout en lui disant qu'elle s'impose le choix du « devoir » pour son « repos ». Ce dernier terme est à interpréter dans le sens religieux de repos de l'âme. La princesse rentrera dans un couvent. Son silence sera définitif.

Mme de Clèves est absente des dernières lignes du roman. Aussi la fin reste-t-elle ambiguë : s'agit-il d'une défaite ou d'une victoire ? Il semble qu'à travers le comportement de l’héroïne l'auteure ait voulu démentir l'idée d'une hypocrisie généralisée. Mme de Clèves a en quelque sorte contredit les pronostics de sa mère, démenti ses mises en garde pessimistes. Il y a un sursaut possible et un repos.

Conclusion :

Le personnage de la princesse de Clèves a évolué avec le genre romanesque. Sous l'influence d'un catholicisme réaffirmé, le roman d'aventures laisse la place au roman d'analyse dans lequel l'amour ne fait plus l'objet d'un discours idéalisé mais d’une réflexion. La princesse appartient au siècle de son écriture par sa volonté de lucidité, par la lutte qu'elle mène entre le cœur et la raison. On retrouve cette tension, ce combat, chez les moralistes du XVIIe siècle, dans les tragédies de Racine en particulier. Le personnage de la princesse est modelé par la vision du monde de son auteur, une vision janséniste, selon laquelle la passion est une puissance dangereuse dont on peut se prémunir. Pour la première fois en littérature, l’univers des passions et leurs limites sont scrutés avec une attention plus intense et beaucoup de précisions. Cette naissance du roman moderne amène à la découverte d’un individu complexe fait de contradictions et d’incertitudes.