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Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne - Partie 2

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Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges : une problématique de l'égalité

Lien vers le cours précédent de 1re sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Introduction :

Dans Le Mythe de Sisyphe, l’écrivain Albert Camus écrit que « l’artiste au même titre que le penseur s’engage et se devient dans son œuvre ». Ici, il s’oppose à une certaine vision de l’art qui voudrait qu’il soit distinct de la philosophie. Aux intellectuels l’engagement politique, aux artistes la sentimentalité. Contre cette division arbitraire, Camus considère que l’art peut-être tout autant engagé qu’une autre forme d’expression, et il va même plus loin en affirmant qu’une œuvre peut permettre à l’artiste de devenir lui-même à travers son travail. La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges est une illustration parfaite de cette affirmation, puisqu’il s’agit d’une parodie littéraire d’un autre texte de loi, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le texte d’Olympe de Gouges vise à convaincre de la nécessité d’affirmer l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est là tout le combat de l’autrice, sa raison de vivre, et la justification de sa notoriété posthume.

La notion d’égalité est fondamentale dans la période révolutionnaire. D’ailleurs, elle est centrale dans la devise de la République française, celle qui s’impose en 1792 face à la monarchie : « Liberté, égalité, fraternité ». Ce grand principe est si général qu’il pourrait ne pas signifier grand-chose. Un texte comme celui de de Gouges participe à lui donner de la consistance en proposant des lois très concrètes qui permettront d’instaurer l’égalité des droits, civils et politiques, entre les deux sexes. Ainsi, ce texte devient un des premiers manifestes féministes de l’histoire moderne. Toutefois, de l’égalité des sexes à l’égalité de tous les êtres il n’y a qu’un pas que de Gouges n’hésite pas à franchir. Dans cette leçon, nous essaierons donc de comprendre comment, dans la Déclaration, l’urgence d’une réforme du statut de la femme ouvre la voie à l’universalisme.

De l’égalité des sexes…

Le féminisme est un courant de pensée qui vise à accorder aux femmes les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’aux hommes. Au moment où de Gouges rédige sa Déclaration, il ne s’agit pas d’un mouvement politique constitué. Cela le deviendra quelques décennies plus tard. Aujourd’hui encore, cette mouvance place au centre des débats qui font l’actualité la question de la défense du statut des femmes.

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Exemple

Dès l’article III de sa Déclaration, de Gouges définit la « nation » comme la réunion des deux sexes :
« III – Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme : nul corps, nul individu, ne put exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »

Cette conception de l’organisation de la vie des groupes humains a un impact immédiat sur les droits puisqu’il s’agit de renier tout texte qui ne s’appuierait pas sur cette égalité fondamentale, comme l’affirme l’article XVI : « La Constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la nation n’a pas coopéré à sa rédaction. » La loi est donc « la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens ». Cela peut sembler anodin, mais c’est en réalité une provocation d’envergure que réalise de Gouges, puisque peu de choses, avant elle, laissent entendre que cette égalité fut possible.

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Définition

Constitution :

Texte de loi qui régit les principes essentiels qui fondent les droits des citoyens d’un état.

Le statut légal des femmes avant 1791

L’article IV de la Déclaration n’hésite pas à considérer que l’homme exerce une « tyrannie » sur la femme. En effet, ces dernières sont placées sous l’autorité de leur père à leur naissance, puis sous l’autorité de leur mari, qu’elles ne choisissent que très rarement elles-mêmes, au moment de leur mariage. Ensuite, elles ne peuvent pas accomplir de démarches légales sans en référer à leur conjoint. Rien ne leur appartient en propre.

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Attention

Parfois, dans les familles les moins aisées, on ne peut pas donner de dot au moment du mariage de la fille cadette. Par conséquent, ces filles sont contraintes d’entrer au couvent pour devenir des bonnes sœurs.

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Définition

Dot :

Ensemble des biens que la famille de la mariée doit donner à la famille du marié au moment du mariage.

En fait, le statut juridique des femmes est celui de mineure, à vie. Ce statut découle de certains préjugés auxquels il est difficile d’échapper. En somme, ce ne sont que les femmes veuves qui peuvent espérer obtenir un statut social digne. Dans sa vie personnelle, de Gouges va obtenir ce privilège macabre, ce qui va lui permettre de se dégager de l’engagement conjugal, pour devenir une femme de lettres, très souvent attaquée.

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Définition

Conjugal :

Est conjugal tout ce qui concerne les liens légaux qui unissent les époux entre eux.

La Révolution ne va pas contribuer à changer le statut des femmes, alors qu’elles prennent une part phénoménale à son déroulement, comme au moment des « journées d’octobre », en 1789, ou au moment de la prise des Tuileries. Le geste le plus fort est surtout symbolique : une femme, Marianne, est choisie pour représenter la République.

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Rappel

En 1789, il est très difficile de trouver du pain à un prix raisonnable pour les habitants de Paris. Les 5 et 6 octobre, un grand nombre de Parisiennes vont se rendre à Versailles pour réclamer du pain au roi et à la reine. La colère est si forte qu’elle poussera le couple royal à s’installer à Paris. Cette révolte marque le début de la Révolution française.

La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830 La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

Malgré cela, les femmes sont contraintes de forcer leur présence lors des débats à l’Assemblée, alors qu’elles ne sont pas conviées. Sous la Terreur, on va dissoudre les « clubs de femmes », jugés trop revendicateurs. En proclamant que « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », de Gouges cherche donc à faire entrer les femmes dans la Révolution.

Des femmes citoyennes ?

Bien sûr, il existe des hommes tout à fait conscients de cet état de soumission constante qui est imposé aux femmes. Par exemple, le philosophe Condorcet propose que le droit de vote leur soit attribué le plus rapidement possible. Hélas, en 1790, il est le seul à défendre cette idée dans les rangs de ses collègues députés.
Si le penseur n’hésite pas à prendre des risques en affichant ainsi ses convictions, de Gouges aussi s’engage en son nom propre. Dans sa « dédicace à la reine » elle s’adresse au monarque comme si elle était son égale, au mépris des codes de respect qui étaient alors en vigueur pour honorer une femme possédant un tel pouvoir ; elle refuse ainsi de passer pour une courtisane. Dans le « contrat social de l’homme et de la femme », c’est en tant que femme qu’elle désigne ses adversaires comme des « tartufes » ou « des bégueules ». Elle ose dénoncer l’injustice dont elle est victime, alors que c’est un magistrat qui lui a fait subir. Bref, elle montre un courage exceptionnel, digne d’une femme indépendante.

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Définition

Courtisane :

Femme qui fait partie de la cour du roi et qui est censée le flatter.

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Exemple

L’argument le plus fort qu’utilise de Gouges pour justifier l’égalité entre les hommes et les femmes consiste à faire remarquer que la gent féminine représente la moitié de la population mondiale :
« XVI – […] la Constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la nation, n’a pas coopéré à sa rédaction. »

De plus, elle rappelle qu’il existe déjà une égalité entre les sexes dès lors qu’il s’agit de travailler ou de payer des impôts. Pourquoi ne pas généraliser ce droit ? C’est à partir de ce constat qu’elle propose une série de mesures pour améliorer le sort de ses camarades :

  • droit de vote ;
  • droit au divorce ;
  • reconnaissance de paternité contrainte en cas de grossesse non désirée ;
  • protection des prostituées ;
  • autorisation du mariage des prêtres.

Édition originale des droits de la femme et de la citoyenne, 1791
Édition originale des droits de la femme et de la citoyenne, 1791

Ces propositions sont révolutionnaires parce qu’elles ne vont pas de soi à la fin du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, certaines d’entre elles sont encore discutées dans notre société et font l’objet de débats parfois vifs.

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À retenir

De Gouges inaugure une forme de combat féministe qui connaît une forte actualité, non seulement parce que certains acquis sont menacés, mais aussi parce que des droits restent à acquérir : l’égalité des salaires, la réforme de la parité au parlement, une meilleure défense des femmes battues, etc.

… à l’égalité de tous les êtres

Si de Gouges écrit, c’est pour combattre. Pour elle, l’inégalité entre les hommes et les femmes est instituée par des hommes qui l’ont voulu. Il s’agit donc de désigner ces responsables et de proposer d’autres façons de voir le monde.
En ce sens, son combat majeur, celui de la défense des droits des femmes, s’inscrit dans un combat beaucoup plus large, qui suppose que la société doit être fondée sur l’égalité sociale. Elle part de l’idée que la situation sociale du dominant ou du dominé n’est que le fruit du hasard, et que, par conséquent, il faut permettre à chacun et à chacune de réussir selon ses aspirations personnelles. Pour le dramaturge Beaumarchais aussi, le fait d’être riche ou pauvre ne dépend que de la naissance et pas de la justice. Il y a donc là un dysfonctionnement à régler.
Ainsi, pour de Gouges il n’est pas question de défendre uniquement les femmes. Il existe d’autres causes qui méritent d’être défendues. Cette convergence des luttes est aujourd’hui appelée l’intersectionnalité.

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Définition

Intersectionnalité :

Idée selon laquelle plusieurs types de discriminations s’entrecroisent dans la société et touchent parfois les mêmes personnes.

La dénonciation de l’esclavage

De Gouges défend farouchement les droits des personnes noires. Cette minorité est discriminée et mise à l’écart de la société, surtout depuis que l’esclavage est rendu possible en France. Cet asservissement est un moyen de produire davantage pour les propriétaires blancs et cela représente une ressource financière considérable. Sauf de très rares exceptions, les noirs n’ont aucun droit, ils sont considérés par le Code noir comme des « biens mobiliers », c’est-à-dire qu’ils peuvent être vendus d’un maître à l’autre comme s’ils étaient un objet, ou du bétail.

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Définition

Discriminer :

Fait d’entretenir une différence entre plusieurs éléments. Le terme de « discrimination » est un qualificatif péjoratif pour désigner les différences de traitement, dans une société, entre les individus qui ont le plus de droits et ceux qui en ont le moins.

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Définition

Code noir :

Promulgué en 1685, ce code définit les devoirs des esclaves et régit leur cadre de vie.

En 1748, Montesquieu dénonce l’esclavage qu’il trouve inhumain et ridicule, dans un ouvrage, De l’esprit des lois, qui cherche justement à réfléchir sur le bien-fondé des règles qui régissent notre vie en société. Bien plus tard, en 1784, alors qu’elle s’essaie à l’écriture théâtrale, de Gouges écrira une pièce, Zamore et Mirza, qui prend ouvertement la défense des noirs.

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Exemple

Dans la dernière réplique de sa pièce, de Gouges appelle de ses vœux, par la parole de son personnage Monsieur de Saint-Frémont, un état sage qui protégerait chacun de ses citoyens :
« ― Esclaves, écoutez-moi ; si jamais on change votre destinée, ne perdez point de vue l’amour du bien public, qui jusqu’à présent vous fut étranger. Sachez que l’homme, dans sa liberté, a besoin encore d’être soumis à des lois sages et humaines, et sans vous porter à des excès répréhensibles, espérez tout d’un Gouvernement éclairé et bienfaisant. Allons, mes amis, mes enfants qu’une fête générale soit l’heureux présage de cette douce liberté. »

Dans cette pièce, qui précède de sept ans la Déclaration, on devine déjà que de Gouges souhaite imaginer des lois qui régiraient la société. Ses articles ne servent pas seulement à réfléchir à l’égalité entre les êtres, mais aussi à penser la possibilité de libérer les esclaves, qui sont considérés comme les frères des blancs. On retrouve là la devise républicaine, qui structure toute la Déclaration.

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Exemple

Dans « le contrat social de l’homme et de la femme », l’esclavage est montré comme une pratique contre nature : « Les colons prétendent régner en despotes sur des hommes dont ils sont les pères et les frères ; et méconnaissent les droits de la nature, ils en poursuivent la source jusque dans la plus petite teinte de leur sang. »

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À retenir

L’esclavage va être aboli une première fois par la Convention nationale en 1794. Les institutions de Napoléon Ier le rétabliront en 1802, et il faudra attendre 1848 pour qu’il soit définitivement aboli en France.

François-Auguste Biard, L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, 1849 François-Auguste Biard, L’Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, 1849

Vers l’universalisme ?

Le principe philosophique que défend de Gouges derrière cet engagement pour les femmes et les esclaves est celui de l’universalisme. Cela revient à croire, dans l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, que les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité peuvent embrasser le monde entier et concerner tous les humains. Pour de Gouges, le féminisme est une autre de ces valeurs fédératrices autour desquelles il est possible de se réunir. En effet, demander de nouveaux droits aux femmes serait aussi un moyen de dépasser la discrimination qui sépare les riches et les pauvres.

Selon de Gouges, les femmes évoluant dans les hautes sphères de la société sont poussées à la dépravation, et leur pouvoir n’est que de façade. Les femmes des milieux les plus populaires seraient exploitées, et quand elles auraient des compétences égales, elles ne pourraient pas être embauchées dans l’administration. Dans le postambule, l’autrice se demande : « Mais celle qui est née d’une famille pauvre, avec du mérite et des vertus, quel est son lot ? La pauvreté et l’opprobre. » Il faudrait donc imaginer une nouvelle femme, puissante et indépendante.

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Définition

Dépravation :

Comportement dénué de sens moral, en particulier dans la vie sexuelle.

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Exemple

Dans le postambule, de Gouges dit bien la laideur de la condition féminine dans toutes les classes sociales :
« Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes. »

Cet extrait indique ce qui, pour de Gouges, serait la clé pour que l’avènement de cette femme nouvelle advienne : l’éducation. Voilà donc une valeur universelle qui transcende les différentes natures des combats politiques, puisqu’une population éduquée serait une population prête à défendre la justice.
Au siècle des Lumières, cette universalité par le savoir et la connaissance est défendu par le vaste projet de l’Encyclopédie, lancé par Diderot et d’Alembert. Il s’agit de regrouper la totalité des connaissances humaines dans une série d’ouvrages qui témoignent du génie humain.

« Nous croyons que la démocratie de la république des lettres doit s’étendre à tout […] » écrit d’Alembert. L’idée d’universalité se retrouve dans cette proclamation démocratique.

Frontispice de l’Encyclopédie, gravure de 1772 Frontispice de l’Encyclopédie, gravure de 1772

Le frontispice de l’Encyclopédie est une allégorie : chaque personnage représente une vertu que l’humanité devrait défendre. On y voit la Raison et la Philosophie arracher son voile à la Vérité, tandis que la Théologie reçoit la lumière divine. Mais la Mémoire, l’Histoire, le Temps, la Géométrie, l’Astronomie, la Physique, la Science, l’Optique, la Botanique, la Chimie, l’Agriculture et tous les Arts sont aussi présents.

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Définition

Allégorie :

Représentation d’une idée abstraite par une image figurative.

Conclusion :

Le militantisme d’Olympe de Gouges, que l’on retient surtout parce qu’il fait d’elle une pionnière du féminisme et parce qu’il permet de reconnaître la place sociale et politique de la femme, est remarquable parce qu’il n’est pas une simple colère partisane. Au-delà des droits élémentaires que la Déclaration réclame, se devine un ensemble de principes universels qui tendent à harmoniser la façon dont vivent les êtres humains les uns avec les autres. Ainsi le combat féministe est-il aussi un combat en faveur des esclaves, des plus démunis, et qui prône une réforme de l’organisation du clergé, de la noblesse et de l’éducation à l’échelle de la nation. En cela, la Déclaration est le modèle d’expression des revendications philosophiques et juridiques des combats sociaux qui jalonnent les dix-neuvième et vingtième siècles : défense des ouvriers, réduction du temps de travail, interdiction du travail des enfants, etc.

Cependant l’égalité semble être une problématique qui se relance sans cesse. Aujourd’hui encore, les enjeux concernant l’écologie, le féminisme ou la pauvreté conduisent une très large partie de la population à réclamer davantage de droits. Dans un tel contexte, il paraît légitime de se demander si l’égalité sociale et politique est condamnée à rester un idéal ou si elle finira par advenir enfin.