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Les différents types de réécritures

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Introduction :

« Tout art naît d’un art antérieur » écrit André Malraux. Cela est d’autant plus vrai pour la littérature, car tout auteur est d’abord un lecteur imprégné des textes, des intrigues et des divers styles qu’il a pu rencontrer lors de ses lectures. En ce sens la littérature est un palimpseste, c’est-à-dire un parchemin sur lequel on écrit et réécrit sans cesse, façonné d’emprunts, d’imitation et de détournements. C’est justement la question de la réécriture et de ses différentes natures que nous allons aborder aujourd’hui, en distinguant bien la réécriture par insertion, de celle par imitation et par adaptation.

La réécriture par insertion

Les phénomènes de citation et d’allusion sont des modes de réécriture particuliers qui servent d’appui à l’auteur et à son texte. On parle alors non pas de réécriture de textes entiers mais de fragments.

La citation

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Définition

Citation :

C’est un extrait plus ou moins court du discours d’un locuteur quelconque, que l’on va reproduire en italique ou entre guillemets dans le texte.

On retrouve les citations de manière générale en épigraphe d’une œuvre, c’est-à-dire en exergue sur la page précédent le texte, lorsque l’auteur veut soit rendre hommage à un auteur, soit apporter par cette citation un angle d’attaque intéressant pour la compréhension de son propre ouvrage. L’épigraphe apparaît aussi parfois en début de chapitre. L’auteur joue souvent avec les significations de cette citation et tente de donner au lecteur des clefs pour mieux aborder son œuvre.

Alain Robbe-Grillet par exemple utilise en épigraphe de son roman, Les Gommes, une citation de Sophocle :

« Le temps, qui veille à tout, a donné la solution malgré toi ».

Il laisse donc son lecteur imaginer que le livre va comporter une énigme à déchiffrer.

De même, Sylvie Germain a cité en épigraphe de plusieurs des chapitres de Tobie des Marais des passages du Livre de Tobie de la Bible, montrant ainsi toute l’inspiration qu’elle avait pu puiser dans ce passage biblique qu’elle juge très romanesque.

La citation dans l’œuvre littéraire se retrouve également lorsque le narrateur fait un rapprochement entre le personnage qu’il décrit et un autre personnage de la littérature.

  • Ainsi, dire d’un personnage qui a beaucoup de conquêtes qu’il est un Don Juan, c’est faire une citation.

Enfin, la citation intervient parfois dans une œuvre comme argument d’autorité pour étayer un raisonnement. Montaigne, par exemple, dans les Essais, accompagne souvent ses réflexions de citations de philosophes antiques pour appuyer son discours. C’est le cas dans cet extrait de « De la conscience », où il cite le philosophe antique Publius Syrus pour donner plus de poids à sa critique de la torture :

« Que ne dirait-on, que ne ferait-on pour échapper à d’aussi vives douleurs ? Etiam innocentes cogit mentiri dolor. [La souffrance force à mentir même les innocents.] Il arrive que celui que le juge a torturé afin de ne pas le faire mourir innocent, il le fasse mourir et innocent et torturé. À cause de la torture des milliers de gens se sont chargés de fausses confessions. »

L’allusion

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Définition

L’allusion :

À l’inverse de la citation, elle s’appuie sur l’implicite pour évoquer un texte source ou une référence connue. Elle compte en ce sens sur la culture littéraire du lecteur.

Émile Zola par exemple fait allusion à ses propres romans dans ses textes. Il s’appuie en effet sur la connivence du lecteur pour établir la filiation et l’hérédité des vices de ses personnages. Dans L’Œuvre, il fait référence à l’un de ses personnages phares de L’Assommoir, Gervaise, une modeste blanchisseuse qui tombe dans l’alcoolisme et finit par tout perdre. Il compte sur le lecteur pour se rappeler de ce malheureux destin lorsqu’il la mentionne implicitement, d’un ton presque badin au détour d’une page :

« [La] mère, une brave femme de blanchisseuse, que son fainéant de père avait lâchée à la rue, venait d’épouser un bon ouvrier, amoureux fou de sa jolie peau de blonde. Mais, malgré leur courage, ils n’arrivaient pas à joindre les deux bouts. »

La réécriture par imitation

Le pastiche et la parodie sont quant à eux des exercices d’imitation d’un texte source. Ils se distinguent dans leur approche du texte et dans l’effet recherché.

La parodie

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Définition

Parodie :

C’est une reprise d’un texte sérieux et supposément connu par le lecteur, dans une optique comique et/ou ludique. Elle s’appuie sur le burlesque, c’est-à-dire sur le contraste entre le caractère sérieux de la situation et la bassesse du style employé pour imiter.

La transposition parodique porte le plus souvent sur le style et sur les procédés d’écriture. Elle consiste en tout cas en une dégradation et une déformation du texte initial, appelé hypotexte ou texte source, et ne peut fonctionner sans la connivence littéraire du lecteur.

Les Fables de La Fontaine, déjà réécrites à partir des Fables antiques d’Ésope, ont inspirées de nombreuses parodies, comme celle de Raymond Queneau qui déforme « La Cigale et la Fourmi », la transposant en « La Cimaise et la Fraction ». Voici les deux textes, l’hypotexte et sa réécriture :

« La Cigale, ayant chanté

Tout l’été,

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue.

Pas un seul petit morceau

De mouche ou de vermisseau.

Elle alla crier famine

Chez la Fourmi sa voisine,

La priant de lui prêter

Quelque grain pour subsister

Jusqu’à la saison nouvelle.

“Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l’août, foi d’animal,

Intérêt et principal.”

La Fourmi n’est pas prêteuse ;

C’est là son moindre défaut.

“Que faisiez-vous au temps chaud ?

Dit-elle à cette emprunteuse.

– Nuit et jour à tout venant

Je chantais, ne vous déplaise.

– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.

Et bien dansez maintenant.” »