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Le réalisme : donner l'illusion du vrai

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Introduction :

Le réalisme est un courant littéraire et artistique qui apparaît en France dans les années 1850 et qui entend concurrencer le romantisme, mouvement désormais dépassé par son caractère idéaliste. Ce nouveau courant prône la liberté de peindre les préoccupations de la vie réelle et contemporaine. Il est le reflet des mutations politiques, sociales et économiques qui transforment le paysage français du XIXe siècle. Ce cours permettra de voir dans quel contexte exact intervient le réalisme, qui en sont les écrivains phares et quels en sont les thèmes et les procédés. La portée du mouvement dans les autres domaines artistiques sera également étudiée ici.

Le contexte politique, économique et social

Le réalisme naît d’un siècle perturbé par les changements politiques et économiques, et d’une rupture avec l’idéalisme du romantisme.

Le XIXe siècle a en effet vu passer pas moins de sept régimes différents, de l’Empire à la IIIe République en passant par la restauration de la monarchie. La révolution de 1848 achève la monarchie de Louis-Philippe et met en place la IIe République qui ne durera que trois ans, bientôt supplantée par le Second Empire de Napoléon III. À ces transformations politiques s’associent le développement des banques, des grands magasins et l’importance croissante de l’argent. En effet, chacun cherche à s’enrichir après la chute de la monarchie, qui répartissait elle-même l’argent au sein des classes sociales.

Un besoin d’égalité se fait sentir. L’industrialisation et le travail des sciences et des techniques crée une nouvelle catégorie sociale : le prolétariat, soit le monde ouvrier. C’est cette parcelle de population que l’on va retrouver décrite le plus souvent dans les romans réalistes, ainsi que le monde paysan.

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À retenir

Les écrivains réalistes entendent en effet donner voix aux couches les moins aisées de la population, les plus revendicatrices de progrès et que pourtant l’on entend alors le moins.

Il faut ajouter que la création du réalisme va de pair avec l’invention de la photographie. En effet, les premiers auteurs réalistes ont été inspirés par cette nouvelle technique de saisie et de mise en image du réel. Il s’agit alors pour eux de reproduire le même procédé à l’écrit.

Les principaux auteurs réalistes

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À retenir

Les écrivains du réalisme veulent avant tout faire le tableau de la réalité contemporaine tout en analysant la société et ses mœurs.

Ils n’entendent pas faire une vulgaire copie du réel mais en donner l’illusion et le représenter au mieux pour faire passer un message au lecteur. Les réalistes s’opposent en ce sens à toute forme d’embellissement ou d’idéalisation. Maupassant insiste d’ailleurs sur cette distinction entre copie et illusion :

« Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession. J’en conclus donc que les réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des illusionnistes. »

Maupassant, préface de Pierre et Jean, 1888

Le précurseur du mouvement réaliste est sans conteste Stendhal, qui dès 1834, déclare dans la préface de Lucien Leuwen : « un roman doit être un miroir [des] habitudes de la société ». C’est, selon lui, la responsabilité du romancier que de représenter tous les hommes dans leur quotidien, leurs travers, dans un souci d’authenticité et de franchise.

De même, Honoré de Balzac est partisan d’une observation assidue et poussée de la société dans tous ses détails. À ses yeux les lieux du quotidien revêtent par exemple une dimension littéraire importante car ils reflètent les passions et l’âme de celui qui y vit. Aussi La Comédie Humaine, son œuvre majeure, est-elle composée de plus d’une centaine de romans et de nouvelles, tous représentatifs des diverses passions et vices humains, sans artifice ou embellissement.

Flaubert est lui aussi un écrivain du réalisme. On le connaît notamment pour son roman Madame Bovary qui sera condamné en 1857 pour son « réalisme grossier et offensant pour la pudeur » selon la citation d’Ernest Pinard, lors du procès de l’écrivain. Flaubert voulait en réalité faire de son œuvre un tableau des dangers du romantisme du début du siècle. En effet l’héroïne Emma Bovary a été nourrie par les romans sentimentaux et les idéaux du romantisme durant toute sa jeunesse. C’est par conséquent pleine de rêves et d’espoirs qu’elle se marie avec Charles Bovary, imaginant vivre à son tour une histoire digne de ses lectures idéalistes. Mais la routine et l’ennui la rattrapent peu à peu et précipitent son destin tragique.

Guy de Maupassant a lui aussi théorisé le réalisme, toujours dans la préface de Pierre et Jean, écrit en 1888. Selon lui :

« Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. »

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À retenir

Le réalisme, au sens de Maupassant, ne consiste pas en un calque de la réalité mais en une vision avec davantage de relief et de sens, capable de saisir le lecteur.

Il entend là donner au réel un caractère plus vrai que la vérité. Il illustre ses théories plus particulièrement dans ses nouvelles où le cadre spatial est inspiré de lieux réels (Normandie, Paris…) et où les personnages font partie d’une classe sociale précise : le milieu paysan dans Aux Champs, ou la bourgeoisie modeste du couple Loisel dans La Parure. Il fait le plus souvent preuve d’un réalisme pessimiste, voire cruel, envers ses personnages, victimes de leurs passions et de leurs travers.

Les thèmes privilégiés par le mouvement réaliste

Les genres réalistes les plus concernés sont sans nul doute le roman et la nouvelle, qui reviennent à l’époque au goût du jour. Le récit était effectivement considéré jusque-là comme une forme peu noble de la littérature. Elle apparaît pourtant propice à exprimer au plus près la « reproduction exacte, complète, sincère du milieu social » dont parle Duranty dans un article paru dans le journal Réalisme en 1856.

Les thèmes du réalisme portent le plus souvent sur la quête de reconnaissance et d’ascension sociale incarnée par exemple par des personnages comme Georges Duroy dans Bel-Ami de Maupassant, dont la démarche et l’attitude trahissent une ambition malsaine :

« […] il avançait brutalement dans la rue pleine de monde, heurtant les épaules, poussant les gens pour ne point se déranger de sa route. Il inclinait légèrement sur l’oreille son chapeau à haute forme assez défraîchi, et battait le pavé de son talon. Il avait l’air de toujours défier quelqu’un, les passants, les maisons, la ville entière […] »

Maupassant, incipit de Bel-Ami, 1885

Eugène de Rastignac, personnage balzacien du Père Goriot est lui aussi caractérisé par son caractère ambitieux, comme on peut le lire dans son portrait au début du roman :

« […] il finit par concevoir la superposition des couches humaines qui composent la société. S’il a commencé par admirer les voitures au défilé des Champs-Élysées par un beau soleil, il arrive bientôt à les envier. […] Ses illusions d’enfance, ses idées de province avaient disparu. […] l’avenir incertain de cette nombreuse famille qui reposait sur lui […] décupl[a] son désir de parvenir et lui donn[a] soif des distinctions. »

Balzac, Le Père Goriot, 1835

Ces personnages témoignent bien de la rupture d’avec le mouvement romantique, qui, lui, présentait le plus souvent des jeunes héros aspirant non pas à la réussite sociale mais à de grandes histoires d’amour.

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À retenir

Le réalisme a également pour sujet de prédilection la représentation des classes sociales les plus pauvres, comme le monde ouvrier et le monde rural.

On retrouve une peinture précise de ce dernier dans les œuvres de George Sand comme La Petite Fadette ou La Mare au diable, mais aussi dans les nouvelles de Maupassant.

Les intrigues réalistes sont parfois tirées de faits divers. C’est le cas du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir et de Madame Bovary de Flaubert.

L’influence du milieu sur le protagoniste est également un thème de prédilection réaliste que l’on va retrouver le plus souvent chez Honoré de Balzac, pour qui le personnage reflète très exactement le milieu dans lequel il évolue et dont il est dépendant. La pension de la mère Vauquer dans Le Père Goriot renvoie bien à ce principe :

« Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis ; elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d’église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s’est blottie la spéculation et dont madame Vauquer respire l’air chaudement fétide sans en être écœurée. »

La pension et son hôtesse sont donc presque fondues l’une en l’autre tant la mère Vauquer a construit son établissement à son image.

Les procédés de l’écriture réaliste

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À retenir

L’écriture réaliste s’appuie particulièrement sur la description précise et documentée des lieux et des personnages du récit. Elle informe le lecteur mais peut également revêtir une valeur symbolique.

Dans Madame Bovary de Flaubert par exemple, Charles Bovary est représenté au début du roman avec une casquette informe, symbole de la banalité et de la bassesse qu’il représente aux yeux de sa femme :

« C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait. »

Le vocabulaire y est aussi très précis et travaillé, selon les milieux dans lesquels se passe l’intrigue. L’écriture par ailleurs se veut la plus objective possible et emploie donc systématiquement la troisième personne. L’auteur n’émet pas de jugement direct mais a pour ambition d’exposer simplement sa vision comme le disait Champfleury dans Le Figaro en 1856 : « Le romancier ne juge pas, ne condamne pas, n’absout pas [c’est-à-dire ne pardonne pas]. Il expose les faits. »

Un mouvement qui contamine tous les arts

Le réalisme a une résonance particulière en littérature mais s’étend plus largement à tous les arts.

En peinture par exemple, le réalisme suggère une représentation de la réalité visible et tangible du quotidien. Aussi les tableaux réalistes représentent-ils le monde rural dans sa banalité comme L’Angélus de Millet ou Les Glaneuses du même artiste.

Alt L’Angélus, Jean-François Millet, 1857-1859 L’Angélus, Jean-François Millet, 1857-1859

Alt Les Glaneuses, Jean-François Millet, 1857 Les Glaneuses, Jean-François Millet, 1857

Courbet est également un peintre réaliste.

Alt Un enterrement à Ornans, Gustave Courbet, 1849-1850 Un enterrement à Ornans, Gustave Courbet, 1849-1850

Gustave Courbet déclare à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1861 à Anvers « le réalisme est par essence l’art démocratique » ; autrement dit, la peinture réaliste représente le peuple dans sa diversité et n’est plus réservée à une élite sociale. Son tableau Un enterrement à Ornans, peint entre 1849 et 1850, défraye alors la chronique pour le réalisme cru de cette scène d’enterrement, sans référence religieuse, qui met en valeur non pas une élite sociale comme à l’accoutumée mais toutes les classes de la population sans distinction et sur le même plan.

Vénus d’Urbin, Titien, 1538 Vénus d’Urbin, Titien, 1538

Olympia, Édouard Manet, 1863 Olympia, Édouard Manet, 1863

Édouard Manet, quant à lui, choisit de montrer le réalisme du corps féminin dans sa banalité, sans idéalisation aucune. Il reprend ainsi la figure de Vénus déjà peinte par Titien, Ingres ou encore Cabanel au cours des siècles et en donne sa version réaliste, intitulée Olympia et peinte en 1863.

Si l’on compare la Vénus d’Urbin de Titien peinte en 1538 à l’Olympia de Manet on comprend que la Vénus de Manet n’est qu’un modèle détourné et réaliste de la Vénus d’origine, sublimée et embellie.

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À retenir

Le peintre, à travers la mise en valeur de détails anatomiques ordinaires et un jeu sur les contrastes de lumière, entend pousser plus loin le caractère provocateur du réalisme, en montrant le corps sans artifice.

Conclusion :

Le réalisme est donc un mouvement qui a bouleversé les modes de représentation du XIXe siècle. S’opposant à toute idéalisation et embellissement, il a pour ambition d’exposer le réel dans sa banalité mais aussi dans ses tares et travers, dans un souci d’authenticité et de vérité. Cette perspective se retrouvera par ailleurs de manière plus poussée dans le courant naturaliste qui est la progression naturelle du réalisme.