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Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

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Introduction :

De nos jours, le roman est le genre littéraire le plus répandu. Il existe depuis l’Antiquité, période où s’établirent des récits qui ont traversé les âges, comme l’Iliade et l’Odyssée. Le besoin de raconter des histoires, que ce soit à l’oral ou à l’écrit, est constitutif de toutes les cultures. Cependant, les manières de raconter et les formes de récits ne sont ni universelles ni fixées une fois pour toutes ; elles se modifient avec les sociétés. Aussi faut-il considérer le roman comme une forme de récit parmi d’autres qui a évolué avec le temps. Si tout roman est récit, tout récit n’est pas roman. Nous allons donc commencer par définir les termes « roman » et « récit » afin de dégager les points de convergence et de divergence entre ces deux notions. Puis nous balaierons l’histoire du roman en rappelant à grands traits les moments clés de son évolution. Enfin, nous montrerons comment les choix narratifs effectués par les romanciers et le type de récit qui en découle font du roman le révélateur d’une société à un moment donné.

Roman et récit

Définitions

Avant de désigner un récit de fiction, le terme « roman » a une signification linguistique ; le roman correspond à un stade d’évolution de la langue française : il succède au gallo-romain – langue vulgaire issue du latin populaire – et précède « l’ancien français » qui donnera, après de nouvelles évolutions, le français.

  • Le roman est donc un état de la langue française telle qu’elle était parlée au Moyen Âge, du IXe au XIe siècles.

En réalité, le roman a, selon les régions, des variantes d’où naîtront toutes les langues dites « romanes » (français, espagnol, italien, roumain…). Le latin reste, pendant cette période, la langue des lettrés et des savants qui continuent de l’employer à l’écrit pour les textes officiels et religieux.

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À retenir

Afin que le grand public ait accès à la culture, il est donc nécessaire de transposer certains textes du latin au roman et de composer des œuvres directement en langue romane. Le terme « roman » s’applique dès lors à tous les textes écrits en langue romane, quel que soit leur genre.

La première œuvre littéraire française rédigée en langue romane est le poème de la Vie de Saint Alexis, composé en 1040.
La langue romane commence donc à être utilisée pour les textes de genre narratif et, petit à petit, le mot « roman » prend la place du mot « estoire » (ancêtre du mot « histoire ») jusque-là utilisé pour désigner ce genre d’écrits. Progressivement « roman » passe donc du nom de la langue employée au nom du genre littéraire le plus répandu qui emploie cette langue. Le mot gagne alors son sens moderne de récit fictionnel obéissant aux lois d’un genre ; la codification et la définition même de ce genre restent cependant difficiles car il existe, comme nous le verrons plus tard, une grande variété de romans.
Les termes « roman » et « récit » ne sont donc pas totalement interchangeables. Quels rapprochements et quelles différences peut-on établir entre ces deux termes ?

Récit et roman : les différences

Le roman, selon la définition du dictionnaire du CNRS, est une « œuvre littéraire en prose d’une certaine longueur, mêlant le réel et l’imaginaire, et qui, dans sa forme la plus traditionnelle, cherche à susciter l’intérêt, le plaisir du lecteur en racontant le destin d’un héros principal, une intrigue entre plusieurs personnages, présentés dans leur psychologie, leurs passions, leurs aventures, leur milieu social, sur un arrière-fond moral, métaphysique ».
Cette définition exclut d’emblée la poésie, ce qui traduit bien une évolution du genre puisqu’au Moyen Âge un roman pouvait être écrit en vers. Par exemple, le  Roman de la Rose, long poème écrit au XIIIe siècle par Guillaume de Lorris puis Jean de Meun, est composé de 22 000 octosyllabes. Sous la forme d’un rêve allégorique, il raconte la recherche puis la cueillette d’une rose par un jeune homme, la rose étant en fait une image pour la jeune fille. Ce roman fleuve raconte donc les différentes étapes de la séduction amoureuse.
Même de nos jours, si on établit une nette différence entre le genre du poème et le genre du roman, il n’en reste pas moins qu’un poème versifié peut aussi raconter une histoire et donc reposer sur un récit ou au moins en contenir un. C’est le cas par exemple de La Naissance d’Aphrodité, de José-Maria de Heredia, qui retrace les étapes de la naissance de la déesse de l’amour et de la volupté.

« Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
Où roulaient sans mesure et l’Espace et le Temps ;
Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes. Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
Et jamais, sous l’éther foudroyé, le Printemps
N’avait fait resplendir les soleils éclatants,
Ni l’Eté généreux mûri les moissons blondes. Farouches, ignorants des rires et des jeux,
Les Immortels siégeaient sur l’Olympe neigeux.
Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée ; L’Océan s’entr’ouvrit, et dans sa nudité
Radieuse, émergeant de l’écume embrasée,
Dans le sang d’Ouranos fleurit Aphrodité. »

Les pièces de théâtre aussi peuvent enchâsser un récit : c’est par exemple Figaro qui raconte son passé tourmenté dans l’acte V, scène 3 du Mariage de Figaro :
« Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ! Fils de je ne sais pas qui ; volé par des bandits ; élevé dans leurs mœurs, je m’en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie ; et tout le crédit d’un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! — Las d’attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail […] »

C’est pour différentes raisons que la définition du roman exclut certaines formes :

  • leur brièveté : la nouvelle est un récit court, centré sur un seul événement avec un nombre de personnages restreint (ex. : Le Horla, La Parure, Boule de Suif de Guy de Maupassant) ;
  • leur univers ou « registre » : le conte présente un univers merveilleux dans lequel le surnaturel apparaît comme normal et s’incarne dans des personnages bienveillants ou malveillants (fées, sorcières, lutins…) dont le rôle est d’aider le héros ou de lui nuire (ex. : Les Mille et Une Nuits, les contes de Charles Perrault, des frères Grimm ou de Andersen). Toutefois les premiers romans comportaient aussi des éléments merveilleux. Le conte peut être aussi philosophique et avoir pour but, tout en racontant une histoire distrayante et pleine de rebondissements, de critiquer la société et le pouvoir en place et de développer une réflexion sur l’être humain (ex : Candide, Zadig, Micromégas de Voltaire) ;
  • leur ancrage dans le réel : dans une autobiographie, l’auteur est à la fois le personnage principal et le narrateur ; il s’engage explicitement ou implicitement auprès du lecteur par ce qu’on appelle le « Pacte autobiographique » à être le plus sincère possible (ex. : Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, Histoire de ma vie de George Sand). Il ne s’agit donc plus alors de fiction. Dans des mémoires, la vie de l’auteur est racontée en lien avec les événements historiques de son temps ; les mémorialistes associent histoire personnelle et Histoire commune en montrant les interactions entre les deux (ex. : Mémoires, de Saint-Simon, Mémoires d’Outre-Tombe, de François-René de Chateaubriand ; Mémoires de guerre, de Charles de Gaulle ; Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir). La biographie quant à elle raconte la vie d’un autre : l’auteur est cette fois témoin, journaliste ou historien.
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À retenir

Les termes « récit » et « roman » ne sont donc pas interchangeables même s’il existe un grand nombre de points communs entre eux.

Récit et roman : les points communs

Traditionnellement, les textes de type narratif ont en commun :

  • un narrateur (celui qui raconte et n’est pas nécessairement l’auteur ou un des personnages de l’histoire) ;
  • un point de vue : le point de vue adopté peut être par exemple celui d’un personnage (on parle alors de point de vue ou de focalisation interne) ;
  • un ou des personnages ;
  • un déroulement ou « progression dramatique » : la situation initiale des personnages évolue au fil d’un parcours chronologique ; cette évolution n’est pas nécessairement rapportée de manière linéaire mais peut comporter des flashback (analepses) ou des anticipations (prolepses) ;
  • un schéma narratif : le schéma narratif traditionnel peut être résumé ainsi : la situation initiale du héros est bouleversée par un élément déclencheur d’aventures (ou péripéties) qui l’entraînent vers une situation autre : la situation finale. Les autres personnages jouent le rôle d’adjuvants (d’aides) ou d’opposants dans la quête ou le but poursuivi par le héros. Ce schéma narratif traditionnel auquel obéissent les contes et romans classiques sera remis en question par certains romanciers.
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À retenir

En comparant roman et récit, on se rend compte qu’il est plus facile de définir un roman par ce qu’il n’est pas qu’en décrivant ce qu’il est dans son essence même. En effet, au fil du temps, le roman a beaucoup évolué.

Retraçons un bref historique de l’évolution du genre.

L’évolution du roman

XIe-XIIe siècles : Le roman courtois ou roman de chevalerie

À partir du XIIe siècle, des récits antiques sont adaptés et transposés en langue romane par des copistes. C’est le cas du Roman d’Alexandre qui raconte sous forme de vers de 12 syllabes la vie d’Alexandre le Grand (c’est d’après ce texte que les vers de 12 syllabes seront appelés « alexandrins ») ou du Roman de Renart, adapté par Pierre de Saint-Cloud et d’autres auteurs d’un poème écrit en latin en 1152. Le même travail est réalisé à partir des légendes bretonnes qui racontent les épisodes de la vie du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde.
Cela donne ainsi naissance au roman courtois : les héros sont des chevaliers qui se livrent à des exploits dans le but de conquérir leur dame de cœur, une femme de la noblesse. L’adjectif « courtois » ne vient pas du mot « cœur » mais du mot « cour », ce qui renvoie à la naissance aristocratique de la dame convoitée.
Le héros courtois met l’aventure au service de l’amour. Ces récits ont aussi une dimension merveilleuse : le surnaturel y occupe une place importante (des animaux qui parlent par exemple). Le Roman de la Rose, cité plus haut, est un exemple de roman courtois. L’auteur le plus réputé dans ce domaine est Chrétien de Troyes (Érec et Énide, Cligès, Yvain ou le chevalier au lion, Lancelot ou le Chevalier de la charrette, Perceval ou le conte du Graal). Il donne une épaisseur psychologique à ses personnages, ce qui en fait l’inventeur du genre romanesque. Tristan et Yseut est aussi une œuvre emblématique de cette veine et de cette époque : Béroul, vers 1170, fixe cette histoire transmise jusqu’alors à l’oral par des ménestrels.

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À retenir

Avec ces romans, les récits traditionnels anonymes, échangés jusqu’alors oralement, sont fixés par écrit et signés du nom d’un auteur. Au XIIIe siècle, les vers laissent la place à la prose.

XVIe siècle : Rabelais

Le cycle romanesque de Pantagruel est publié entre 1532 et 1562 (Rabelais est mort en 1553) ; il est constitué de 5 volumes : Pantagruel, Gargantua, Le Tiers Livre, le Quart Livre, le Cinquième Livre. L’ouvrage tient autant du roman parodique que du manifeste humaniste. Inspiré par les histoires populaires de géants, Rabelais met en scène le même type de personnages et d’aventures : géants doués d’un appétit et d’une force considérables, personnages paillards et buveurs (Panurge), aventures (croisière, tempête et naufrage) qui parodient l’épopée mais le rire, parfois gras, s’accompagne de préoccupations et de sujets plus sérieux : l’éducation, la guerre, les superstitions religieuses…

XVIIe siècle : le roman précieux, le roman libertin /philosophique

  • Le roman précieux :

Le roman fleuve L’Astrée, d’Honoré d’Urfé (1607-1619), qui raconte l’histoire d’amour entre Astrée et Céladon, est une déclinaison du roman courtois du Moyen Âge : la femme aimée est inaccessible, l’amour est idéalisé. Mais l’inspiration est aussi antique : l’histoire se situe au Ve siècle et les personnages évoluent dans un cadre pastoral (les deux héros sont des bergers) ; ils sont malgré tout raffinés et élégants comme des gens de cour et ils passent leur temps à se raconter des histoires galantes, à converser sur le thème de l’amour et à composer des vers.

  • Le roman libertin (ou philosophique) :

L’Autre Monde, comprenant L’Histoire comique des États et Empires de la Lune et L’Histoire comique des États et Empires du Soleil est un roman de Cyrano de Bergerac : le héros voyage dans les empires célestes de la lune et du soleil ; il y rencontre des peuples avec lesquels il converse et dont il observe les mœurs, ce qui lui permet de porter un regard renouvelé sur les mœurs des hommes. L’objectif est d’inviter le lecteur à réfléchir et à relativiser ce qu’il pense normal en adoptant le point de vue d’autrui – c’est ce que fera un siècle plus tard Montesquieu dans les Lettres Persanes. Cyrano montre que l’homme n’est pas la mesure de toute chose et qu’il faut s’affranchir des préjugés de tout ordre : sexuel, religieux… Il se rattache ainsi à un courant de pensée : l’humanisme (voir Montaigne et les Essais) et au libertinage. Le roman est un moyen d’associer imaginaire, fantaisie, futurisme et réflexion morale.

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Définition

Libertinage :
Les libertins sont des écrivains qui annoncent la philosophie du XVIIIe siècle en voulant s’affranchir du poids des religions. Ils sont libertins dans le sens où ils prennent des libertés et se libèrent de la bien-pensance de leur temps, ce qui leur vaut une farouche opposition de l’église catholique.

  • Le roman psychologique :

Madame de Lafayette, en composant le court roman La Princesse de Clèves (1678), représente un maillon important dans l’évolution du roman et dans la conception du héros romanesque. En effet, bien que ce roman ait pour thème central le sentiment amoureux et l’amour impossible, il s’éloigne du roman précieux : même si les personnages sont idéalisés dans leur apparence physique et évoluent dans un cadre caractérisé par sa beauté et son luxe, ils sont montrés dans leur faiblesse, leurs failles, leurs contradictions. Leur psychologie, finement analysée, en fait des humains finalement ordinaires, aux prises avec les règles morales organisant la société de leur temps. Le texte a ainsi une dimension historique.

XVIIIe siècle : Le roman picaresque, le « conte » philosophique, le roman libertin

  • Le roman picaresque :

Né en Espagne au XVIe siècle, le roman picaresque raconte les aventures et mésaventures d’un « picaro ».

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Définition

Picaro :
Personnage de basse extraction sociale qui doit user de toutes ses ressources pour survivre, parfois même le vol, la fourberie, la mendicité. Le picaro est en effet toujours tenté par les actions malhonnêtes.

Il se raconte sous la forme d’une fausse autobiographie. Ses tribulations le mettent en contact avec différentes couches de la société qu’il décrit selon son point de vue. Cette littérature a été imitée dans d’autres pays d’Europe comme la France avec Gil Blas de Santillane, de Lesage (1715-1735). Diderot s’inspire en partie de ce type de roman quand il crée le personnage de Jacques le fataliste (Jacques le fataliste et son maître). Le récit picaresque est vif, foisonnant. Il use également de la construction à tiroirs (le récit d’une aventure est interrompu par le récit d’une autre aventure).

  • Le roman/conte philosophique :

Le XVIIIe siècle est le siècle des Lumières et de l’Encyclopédie ; ces préoccupations savantes et philosophiques se retrouvent dans la création littéraire de l’époque, tous genres narratifs compris : Voltaire compose des récits courts appelés contes philosophiques, sorte d’oxymore associant la fantaisie d’un récit pouvant parfois paraître naïf et la réflexion ; Montesquieu (voir plus haut) interroge les Français sur leurs mœurs en créant deux personnages de persans, Usbek et Rica, qui voyagent en France et découvrent sa société. Il choisit la forme du roman épistolaire (roman par lettres) dont la narration multiplie les points de vue (autant de points de vue que d’auteurs des lettres). Cette même forme se retrouve dans Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

  • Le roman libertin :

Le libertinage est ici synonyme de mœurs amoureuses et de séduction. Les romans libertins les plus célèbres sont Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, Les Bijoux indiscrets de Diderot, L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, de l’abbé Prévost.

  • La fausse autobiographie ou le roman mémoires :

Il raconte la vie d’un personnage imaginaire à la première personne. L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, de l’abbé Prévost appartient aussi à ce genre de roman. On peut citer aussi : La Vie de Marianne et Le Paysan parvenu, deMarivaux. Ces romans peuvent être qualifiés de « romans d’apprentissage » ou de « formation » car ils racontent sur une période de sa vie plus ou moins longue l’évolution et la progression sociale d’un personnage jeune qui découvre le monde.

XIXe siècle : L’âge d’or du roman

Avec le réalisme (Balzac,Flaubert) et le naturalisme (Zola), le roman trouve son apogée au XIXe siècle. Lorsqu’on parle de roman, c’est souvent à ce type de roman qu’on se réfère.

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À retenir

Le terme de « réalisme » apparaît en 1826 pour désigner des œuvres (littéraires, picturales) dont les auteurs veulent reproduire le réel.

« Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route » écritStendhal, formule marquante par laquelle le romancier traduit le projet de faire de la littérature romanesque un reflet fidèle de la réalité. Dans La Comédie humaine, titre générique de l’ensemble de ses romans, Balzac s’attache à montrer la société dans la diversité de ses classes sociales et de ses types humains, sans fard ni idéalisation.

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À retenir

Zola pousse le projet encore plus loin avec le naturalisme, en voulant ajouter au réalisme une dimension scientifique : il souhaite étudier l’influence sur les individus de leur hérédité et de leur milieu social. Il veut montrer que la physiologie a des répercussions sur la psychologie.

Il s’appuie sur les théories du Dr Lucas (auteur d’un Traité de l’hérédité naturelle) et de Claude Bernard (biologiste). Ses romans, réunis en une série baptisée : Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire brossent une vaste fresque sociale.

XXe et XXIe siècles : l’explosion du genre

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À retenir

C’est au XXe siècle que le genre romanesque s’ouvre à toutes formes d’expérimentations ; le genre se cherche, se libère, devient un laboratoire d’écriture où les techniques romanesques éprouvées depuis des siècles sont remises en question. Tout peut devenir roman, tout peut être objet de roman.

Des auteurs singuliers et inclassables marquent leur époque : Marcel Proust et La Recherche du temps perdu (de 1913 à 1927) ;Colette et ses romans célébrant la nature et la sensualité comme Le Blé en herbe (1923) ; Raymond Queneau et ses inventions langagières dans Zazie dans le métro (1959)…

La philosophie trouve dans le roman un moyen de s’illustrer même si elle ne se limite pas à ce genre littéraire. C’est par exemple l’existentialisme de Jean-Paul Sartre : cette philosophie, en affirmant le primat de l’existence, s’oppose à l’essentialisme (philosophie qui affirme que l’être est déterminé et que son existence est l’expression de cette détermination). L’existentialisme athée développe l’idée que l’homme, parce qu’il est privé de dieu, est libre ; c’est à lui de construire ses références, son éthique ; c’est à lui, par ses choix, ses actes, de construire le sens de son existence.
Le roman La Nausée (1938) décrit ce sentiment d’angoisse et de vertige existentiel devant la conscience que rien ne justifie l’existence humaine et que c’est à l’homme qu’il revient de lui donner un sens et une justification. Cette liberté implique la responsabilité.
Proche de l’existentialisme, Albert Camus use lui aussi du genre romanesque pour illustrer le concept de « l’absurde » : « l’absurde » est le sentiment né de la conscience que la mort est inéluctable et que de ce fait, le sens de l’existence se dérobe. Meursault, le héros du roman L’Étranger (1942), reste comme en dehors de sa propre vie à laquelle il ne trouve pas de sens. Le seul moyen de lutter contre ce vide existentiel est l’action au service des autres, l’engagement, la solidarité : c’est ce qu’a compris le docteur Rieux, personnage central de La Peste (1947).

Les vicissitudes de la première moitié du siècle entraînent certains romanciers à s’engager dans leurs textes, parfois même sur le terrain des conflits. On parle alors de roman engagé. André Malraux témoigne de cette nécessité dans ses premiers romans, Les Conquérants et La Condition humaine. La montée des totalitarismes en Europe inquiète des auteurs comme André Gide, Jean Giraudoux, et surtout des poètes, comme Paul Éluard. En juillet 1936, Malraux prend les armes aux côtés des Républicains contre le dictateur Franco ; sur les lieux mêmes du combat, il écrit L’Espoir et en réalise l’adaptation cinématographique. Cet exploit le fait apparaître comme le symbole de l’écrivain engagé.

Parallèlement à cette ouverture du roman à des philosophies nouvelles et à des préoccupations liées à l’actualité politique, un courant majeur du roman voit le jour : le Nouveau Roman. Cette appellation ne fait pas référence à la thématique des œuvres mais à leur forme ou à leur esthétique.
Les écrivains du Nouveau Roman s’opposent aux romans réalistes du XIXe siècle ainsi qu’aux romans engagés. Ce courant littéraire apparaît dans les années 1950, pendant les « Trente Glorieuses ». Il trouve son nom dans un essai rédigé par Alain Robbe-Grillet, sorte de manifeste de cette nouvelle veine romanesque : Pour un nouveau roman (1963).

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Définition

Trente Glorieuses :
Cette période succédant à la Seconde Guerre mondiale est caractérisée par une croissance économique sans égal et une augmentation importante du niveau de vie d’un grand nombre d’européens.

Comme on a pu le voir, il existe une grande variété de romans. Ce genre narratif qui a pris le dessus sur les autres a beaucoup évolué dans ses thématiques et ses formes. Cette évolution va de pair avec une évolution de la narration.

L’évolution de la narration dans le roman

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À retenir

La narration regroupe tous les moyens mis en œuvre et tous les choix opérés par l’écrivain pour mener à bien un récit. Le choix du narrateur, de la personne utilisée (récit à la première ou troisième personne du singulier), le choix des temps employés relèvent de la « narration ». Or, ces choix sont représentatifs d’une certaine vision du monde ; ils témoignent d’évolutions sociales et morales que les auteurs observent et vivent eux-mêmes.

Le choix du narrateur

Dans les récits autobiographiques ou qui se présentent comme des mémoires, le narrateur se confond avec le héros et il se raconte à la première personne du singulier.
C’est au XVIIe siècle que le roman mémoires fleurit ; la narration à la première personne du singulier perdure au siècle suivant dans des récits romantiques comme Atala de François-René de Chateaubriand ou Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset (1836). Ce dernier roman est en partie autobiographique, comme le prouve une lettre adressée par Musset à George Sand avec laquelle il a rompu en 1835 : « Je m’en vais faire un roman. J’ai bien envie d’écrire notre histoire. Il me semble que cela me guérirait et m’élèverait le cœur ». Le texte mêle fiction, autobiographie (l’histoire d’amour entre Musset et Sand) et description de l’âme romantique par l’analyse du « mal du siècle » propre à cette génération d’artistes. Si le « je » trouve grâce aux yeux des romanciers du XVIIIe siècle et à ceux des romantiques, on peut y lire une réaction au rationalisme du siècle des Lumières qui place la raison et la science au-dessus de tout : le « je » de la narration témoigne de la volonté d’accorder la primauté à l’individu et aux passions du cœur humain.

Le choix du roman par lettres où le « je » se démultiplie puisque les lettres composant le roman sont écrites par plusieurs personnages révèle aussi un intérêt pour la subjectivité et la relativité : un même événement n’est pas vécu de la même manière par tous. Par exemple, dans Les Liaisons dangereuses, les lettres XXI et XXII se font écho en évoquant la même scène de charité (le vicomte de Valmont fait acte de générosité à l’égard d’une famille pauvre dans le but d’être vu et admiré par la présidente de Tourvel, femme sensible et dévote qu’il aspire à séduire) : la première des deux lettres raconte la scène du point de vue du vicomte, la deuxième du point de vue de la présidente. Ce type de narration avec multiplication des points de vue (points de vue internes) révèle un intérêt non pour une réalité factuelle mais pour la manière dont les faits sont perçus et interprétés par une conscience humaine.

Le choix du point de vue

Le point de vue omniscient souvent utilisé dans les romans du XIXe siècle correspond à un certain positionnement de l’auteur, dieu omniscient qui dirige et contrôle son monde ; dans le roman naturaliste (Zola), il traduit une confiance dans le savoir : tout s’explique et c’est en étudiant la généalogie d’un personnage, son héritage génétique et social, sa psychologie, qu’on peut le dépeindre dans sa vérité et dans sa totalité et expliquer son comportement et son destin. Le narrateur doit donc être capable de tout dire.
En revanche, la multiplicité des points de vue du Nouveau Roman est une manifestation de l’« ère du soupçon », étudié par Nathalie Sarraute dans un essai sur le roman ainsi intitulé paru en 1956. L’auteur y affirme le rejet des nouveaux romanciers pour le roman traditionnel, dont le roman du XIXe siècle est le modèle. Dans un monde encore marqué par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et des camps de concentration, les notions d’« humain » et de « héros » sont interrogées, la psychologie humaine apparaît comme difficilement cernable, source de plus de questionnements que de certitudes, le sens de l’histoire est remis en question, le réel semble difficile à cerner.
Cet effacement des repères traditionnels se traduit dans le roman par le refus des techniques d’écriture les plus répandues : les personnages classiques, « typés » (l’ambitieux par exemple des romans de Balzac comme Rastignac) sont rejetés au profit de personnages banals, anonymes ou parfois seulement nommés par une initiale et donc loin du héros traditionnel aux contours parfaitement délimités ; l’analyse psychologique classique qui définit ces types de personnage est écartée, le sont aussi le savoir omniscient et toute prise de position de l’écrivain. Le romancier n’en sait pas plus que le lecteur, il essaie lui aussi de décrypter, de comprendre ce qui se passe chez les personnages. Les intrigues sont quasiment inexistantes, ou banales : si on veut résumer La Modification (1957) de Michel Butor, on peut dire que c’est l’histoire d’un homme qui prend le train pour rejoindre sa maîtresse ; objectivement, il ne se passe rien d’autre. Enfin, les objets prennent une place grandissante, comme dans Les Gommes (1953) d’Alain Robbe-Grillet.

Conclusion :

Le roman se distingue de toutes les autres formes de récits par sa longue histoire riche en changements et évolutions diverses : passage de l’oralité à l’écrit, multiplication des sous-genres, ouverture à des thématiques diverses, renouvellement des esthétiques et de la narration. Même si le terme « roman » semble compris d’emblée par tous, définir précisément ce qu’est un roman n’est donc pas tâche facile. S’il va de soi qu’il s’agit d’un récit, il est plus simple de le définir par le genre de récits qu’il n’est pas que par son essence même, objet de mutations qui en rendent les contours imprécis. Au grand nombre de romans publiés, les rentrées littéraires révèlent la pérennité et la modernité de ce genre littéraire qui reste de nos jours le plus accessible au grand public.