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Les Pâques à New York, Blaise Cendrars
Fiche de lecture

Contexte

Les Pâques à New York est un long poème publié à l’origine sous le titre Les Pâques aux Hommes nouveaux. Il s’agit du premier texte publié de Cendrars. Ce n’est qu’en 1919 que ce poème changera de titre pour celui que nous lui connaissons aujourd’hui.

Ce poème a influencé la poésie moderne, et il semble qu’Apollinaire ai puisé dans ces innovations poétiques pour écrire son recueil Alcools. Ces influences sont cependant difficiles à démêler, Cendrars ayant été lui-même influencé par des contes d’Apollinaire dans l’écriture des Pâques à New York.

Ce poème a été écrit d’une traite, et – semble-t-il – n’a jamais été retravaillé par la suite. Cendras l’écrit à la suite d’une nuit de Pâques passée à errer dans les rues de New York. Il y rassemble ses obsessions et ses souvenirs, la dimension autobiographique des Pâques à New York étant nettement lisible.

Ce poème est d’apparence classique, construit en strophe de deux vers rimés, souvent des alexandrins. Cendrars s’adresse directement à Dieu dans un long cri désespéré qui est aussi une tentative pour briser sa solitude. Ne trouvant pas de réponse, il finit par se tourner vers les « Hommes nouveaux ».

Blaise Cendrars

1912

Les Pâques à New York

Genre

Poèsie

Personnages

Le poète : Le poète est le personnage principal. On ne sait rien de lui, sinon qu’il est très seul, désœuvré et plein d’angoisse.

Autres personnages : D’autres personnages fugaces apparaissent aux détours des rues : travailleurs immigrés, femmes pauvres, mendiants, voleurs, ou simples passants.

Thèmes

Dieu : Dieu est le thème le plus évident de ce poème puisqu’il en est également le destinataire. Les Pâques à New York se présente comme une prière, et cette suite de versets évoque une forme biblique. De plus, Cendrars y évoque constamment différentes figures de Dieu – Dieu protecteur, justicier, Dieu des rituels religieux, Dieu des origines – et implore son aide.
Cependant, on ne peut y lire aucun éloge du divin, et la description des hommes misérables qui peuplent la ville sonne comme une accusation. Plus le poème progresse, plus Dieu apparaît non comme l’entité supérieure priée par l’Église mais comme l’interlocuteur privilégié du poète. Ce nouveau statut crée la tension qui mettra fin au poème, puisque cet interlocuteur reste silencieux et ne répond jamais au poète.

La ville : La ville, et plus exactement New York, qui est explicitement nommée et décrite, est l’autre grand thème de ce poème, comme l’indique le titre. Le poème est rythmé par les découvertes de Cendrars qui erre dans les rues, et sa présence est plus incarnée, plus vivante et plus chaleureuse que celle de Dieu. La ville est le reflet des pensées du poète, à moins qu’inversement, elle en soit la source d’inspiration : dans un cas comme dans l’autre, Cendrars et New York se reflètent mutuellement.

Les habitants : Les habitants de la ville sont précisément évoqués. On peut même dire que les êtres humains sont les seuls éléments réellement décrits dans ce poème. Cendrars énumère les différentes nationalités des immigrés venus à New York en espérant y trouver de quoi survivre. Son errance se déroulant de nuit, les hommes et les femmes qu’il croise sont soit de pauvres gens, soit des individus plus ou moins en marge de la loi. Cendrars leur accorde à tous la même tendresse et porte sur eux un regard plein de fraternité.

C’est l’occasion pour lui d’insister sur la pauvreté, la misère, voire sur l’oppression de toute cette population privée de bonheur à qui on « jette un morceau de viande noire, comme à des chiens ».

Les femmes : Les femmes sont également décrites comme les victimes de l’oppression des hommes. Ce sont les plus marquées par la misère, car elles le sont doublement, en tant que pauvres et en tant que femmes.

La solitude : La solitude et l’angoisse ressenties par le poète sont un autre motif important. Poème violent, qui oscille entre supplique et rugissement, entre tendresse et colère, il est le lieu où Cendrars rassemble non seulement ses impressions extérieures mais surtout ses émotions intérieures. Malgré les êtres nombreux qu’il croise cette nuit-là, le sentiment de solitude domine en lui : il ne s’agit pas de la solitude propice à l’écriture ou à la réflexion mais d’une solitude douloureuse et terrorisante que Cendrars compare dans les derniers versets à une maladie.

Résumé

Ouverture

Le poème s’ouvre sur une adresse à Dieu : « Seigneur » est le premier mot et sera souvent repris dans une longue anaphore, toujours en début de vers.

Cendrars fait surgir la figure d’un moine dont il décrit le travail et les prières.
Il compare sa situation à celle du moine, en évoquant sa propre attente de Dieu, qu’il n’a jamais trouvé.

Début de l’errance dans la ville

Le poète se met ensuite à marcher au hasard dans la ville, accompagné par la pensée de Dieu. Il évoque le visage de Dieu et les miracles produits par les reliques. Il avoue n’avoir jamais assisté à ces miracles :
« Peut-être que la foi me manque, Seigneur, et la bonté
Pour voir ce rayonnement de votre Beauté. »

Commence alors une prière ou une supplique pour que son angoisse disparaisse, mais déjà apparaît un début d’accusation :
« Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous,
Peut-être à cause d’un autre. Peut-être à cause de Vous. »

La pauvreté dans la ville

Cendrars décrit les travailleurs immigrés et leur pauvreté, il appelle la pitié sur eux.

Il évoque également la figure des femmes opprimées par les hommes.

Puis, il parle des « bons voleurs / des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs » avec une certaine tendresse.

D’autres personnages des rues surgissent, musiciens et mendiants.

Nuit profonde

La nuit s’approfondit :
« Les rues se font désertes et deviennent plus noires. »

Le poète a peur dans la nuit, il a l’impression d’être suivi.

Il s’arrête dans un café, qui est en fait une petite boutique chinoise, et boit un thé. Il pense au peintre d’estampes Ho-Kousaï et imagine le visage du Christ peint par un peintre Chinois.

Souvenir des rites religieux

Cendrars évoque les rites religieux passés et disparus dans une longue énumération :
« Je pense aux cloches tues : – où sont les cloches anciennes ?
Où sont les litanies et les douces antiennes ? »

La fin de la nuit

C’est l’aube. La ville se réveille et bruisse :
« La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées ».

La ville s’agite, les hommes se réveillent et la foule envahit les rues.
Le soleil paraît :
« Le soleil, c’est votre Face souillée par les crachats. »

Le retour du poète

Le poète rentre chez lui :
« Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne…
Ma chambre est nue comme un tombeau… »

Il est plus seul que jamais :
« Je suis trop seul. J’ai froid. Je vous appelle… »

Conclusion : le renoncement à Dieu

Puis, ses pensées prennent d’autres directions. Le poème se termine par le renoncement à Dieu :
« Je pense, Seigneur, à mes heures malheureuses…
Je pense, Seigneur, à mes heures en allées…

Je ne pense plus à vous. Je ne pense plus à vous. »

Citation

« Seigneur, c’est aujourd’hui le jour de votre Nom,
J’ai lu dans un vieux livre la geste de votre Passion, »

« Je descends à grands pas vers le bas de la ville,
Le dos voûté, le cœur ridé, l’esprit fébrile. »

« Faites, Seigneur, que mon visage appuyé dans les mains
Y laisse tomber le masque d’angoisse qui m’étreint.

Faites, Seigneur, que mes deux mains appuyées sur ma bouche
N’y lèchent pas l’écume d’un désespoir farouche.

Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous,
Peut-être à cause d’un autre. Peut-être à cause de Vous. »

« Hélas ! Seigneur, Vous ne serez plus là, après Pâques !
Seigneur, ayez pitié des Juifs dans les baraques. »

« Seigneur, je suis dans le quartier des bons voleurs,
Des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs. »

« La rue est dans la nuit comme une déchirure,
Pleine d’or et de sang, de feu et d’épluchures. »

« J’ai peur, – et je suis triste, Seigneur, d’être si triste. »

« Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne…
Ma chambre est nue comme un tombeau…

Seigneur, je suis tout seul et j’ai la fièvre…
Mon lit est froid comme un cercueil… »